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Nasrallah : la Syrie a gagné la guerre, Israël mène une bataille imaginaire


par lecridespeuples

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah, Sayed Hassan Nasrallah, le 13 mai 2020, à l’occasion de la commémoration du martyre du Commandant Mostapha Badreddine dit ‘Zulfiqar’, tué en Syrie en mai 2016.

Source : https://video.moqawama.org/details.php?cid=1&linkid=2112

Traduction : lecridespeuples.fr

Résumé :

La Syrie a d’ores et déjà gagné la guerre, même s’il reste quelques batailles mineures à mener
Les ennemis de la Syrie redoublent d’efforts au niveau de la guerre diplomatique, économique et psychologique
Il n’y a aucune dissension entre les alliés de Damas, ni de lutte d’influence entre l’Iran et la Russie
Les annonces quant à la mise à l’écart de Bachar al-Assad ne sont que de la propagande
Il n’y a pas de forces armées iraniennes en Syrie, mais simplement des cadres et conseillers militaires
Après avoir tout misé sur les terroristes, Israël constate sa défaite et redoute le redressement de la Syrie et la menace qu’elle fera peser sur l’occupation du Golan et l’existence même de l’entité sioniste
La prétendue campagne israélienne contre la présence iranienne en Syrie n’est que de la poudre aux yeux visant à rassurer l’opinion israélienne et à offrir une couverture aux attaques contre la puissance balistique syrienne
Israël présente comme une victoire un simple redéploiement des forces dû aux victoires successives sur la presque totalité du territoire syrien, et une diminution des mouvements aériens entre l’Iran et la Syrie due au coronavirus
L’Iran, le Hezbollah et les autres mouvements de Résistance ne quitteront jamais la Syrie
Les incursions israéliennes en Syrie sont causées par l’inquiétude, la peur et l’aventurisme, mais elles peuvent conduire à une escalade incontrôlée et à une guerre régionale

Vidéo : https://www.dailymotion.com/video/x7u0p3y

Cette vidéo ne contient que la deuxième partie de la retranscription ci-dessous, consacrée aux frappes israéliennes en Syrie

Transcription :

[…] Aujourd’hui, nous pouvons dire que la Syrie a remporté cette guerre. Dans les batailles précédentes, lorsque de grands accomplissements étaient réalisés, comme par exemple après la libération de Homs, de Damas, du Sud et même d’Alep, il a été dit que la Syrie avait remporté la guerre, et des analystes et spécialistes des questions stratégiques déclaraient que non : la Syrie avait remporté une (ou plusieurs) batailles, mais n’avait pas (encore) remporté la guerre. Car la guerre est un ensemble de batailles : on peut remporter une bataille, en perdre une autre, en gagner une troisième, perdre la quatrième, mais tout cela ne signifie pas (forcément) que toute la guerre est gagnée, ni que toute la guerre est perdue.

Aujourd’hui, en toute simplicité, et via une estimation objective et véritable (de la situation), quiconque va en Syrie et y circule —à l’exception des médias arabes (et occidentaux) politisés—, quiconque va en Syrie, dans ses provinces, dans ses villes, dans ses villages et bourgs, dans toutes les régions actuellement aux mains de l’Etat, quiconque observe la situation d’ensemble en Syrie peut affirmer en toute simplicité que la Syrie a gagné la guerre, bien qu’il reste certaines batailles en cours. On ne doit pas dire que la Syrie a remporté une, deux ou trois batailles, et en a perdu une ou deux autres, et que la guerre est encore en cours, sans qu’il soit clair si la Syrie va la gagner ou pas, non. L’estimation stratégique juste et précise est que les dirigeants syriens, l’armée syrienne, l’Etat syrien et la plus grande partie du peuple syrien qui a tenu bon dans cette lutte ont gagné cette guerre.

Certes, il leur reste quelques batailles à mener, militaires ou politiques, qui requièrent de la persévérance et une continuité des actions, qu’il s’agisse d’Idlib, de l’Est de l’Euphrate ou de certaines zones au Nord de la Syrie, mais ce n’est qu’un aspect partiel, limité et circonscrit (de la Syrie). La Syrie a triomphé des projets de partition, la Syrie a gagné cette guerre, et il suffit de dire que les objectifs de cette guerre mondiale (contre la Syrie) pour laquelle ont été dépensés, d’après leur propre aveu, des centaines de milliards de dollars arabes —le dollar est américain, mais ce sont les (pays) arabes qui ont mis la main à la poche ; si cet argent avait été dépensé pour le bien des peuples arabes de notre région, les auraient extirpés de l’ignorance, de la pauvreté, de la misère, de l’analphabétisme, des maladies, et lesdits pays financeurs (Arabie Saoudite, etc.) ne feraient pas face à une incapacité financière face aux conséquences économiques de la pandémie Covid-19—, des milliers de tonnes d’armes et de munitions, des dizaines de milliers de terroristes et de takfiris qui ont été amenés des quatre coins du monde, des dizaines de conférences internationales, etc., etc., etc. Ils ont tout déployé, tout mis en œuvre, absolument tout, pour réaliser leur objectif en Syrie : les slogans sectaires ou politiques, l’incitation (à la haine raciale ou religieuse), tout ce que le front de l’Arrogance (impérialisme) et ses instruments ont pu mobiliser en fait de ressources et d’idéologie, tout ce qu’ils ont pu faire contre la Syrie, ils l’ont fait. Et la Syrie, par la persévérance de ses dirigeants, de son armée, de son peuple et de l’Etat, et grâce à la présence et à la persévérance de ses alliés à ses côtés, est parvenue à remporter cette guerre.

Et c’est pourquoi aujourd’hui, lorsque nous parlons de notre dirigeant martyr, Sayed Mustapha Badreddine, et de nos autres martyrs en Syrie, nous ressentons, en plus des conséquences pour leur vie dans l’au-delà et de leur position (éminente) auprès de Dieu le Très-Haut et l’Exalté en tant que martyrs, nous avons le sentiment que leur sang a porté ses fruits et permis d’atteindre ces résultats, et que l’objectif pour lequel ils sont allés combattre et pour lequel ils ont sacrifié leur sang, leur repos et leur vie, et pour lequel ils ont fait des efforts inlassables nuit et jour, cet objectif s’est réalisé et il est sous nos yeux aujourd’hui.

Je vais maintenant évoquer certains points (concernant la Syrie). Le premier point est que naturellement, ce que (les ennemis de la Syrie) ont été incapables de réaliser militairement, ils s’efforcent depuis les dernières années de l’obtenir politiquement, à travers les pressions politiques sur les dirigeants syriens, sur les alliés de la Syrie, sur l’Iran, sur la Russie, sur ceux qui se tiennent aux côtés de la Syrie, à travers les relations internationales, à travers le Conseil de Sécurité de l’ONU, à travers l’intimidation, les menaces et les promesses alléchantes, afin que les alliés de Damas abandonnent la Syrie. Mais tout cela a échoué jusqu’à présent. Et nous savons bien que parfois, la bataille politique est tout aussi intense que la lutte armée. Et parfois, ses dangers sont même plus grands encore, et demandent toute notre vigilance et notre attention. La Syrie est encore plongée dans la guerre politique et fait face aux pressions politiques qui, jusqu’à présent, ont échoué à réaliser le moindre de leurs objectifs.

Naturellement, et je passe au deuxième point, après l’échec de la guerre militaire et l’impuissance et l’inefficacité de la guerre politique et des pressions politiques à réaliser le moindre objectif, le front des arrogants et des despotes américains et de leurs alliés recourt à d’autres moyens, à savoir la guerre psychologique d’une part, et les sanctions et le blocus d’autre part. En ce qui concerne la guerre psychologique, un front très large est ouvert depuis des années contre la Syrie, et dernièrement, on constate une intensification de la guerre psychologique, dont je vais évoquer certains aspects dans un instant. Et de même, les sanctions et l’état de siège contre la Syrie s’accentuent, et ils misent sur les conséquences économiques (qu’ils espèrent insoutenables pour la Syrie et ses alliés). Le coronavirus est venu s’ajouter à ces pressions, mais cette pandémie n’est pas spécifique à la Syrie : les pressions du coronavirus pèsent sur le monde entier. Aujourd’hui, ceux qui assiègent l’Iran, la Syrie, le Venezuela et d’autres pays encore, Gaza, le Yémen, etc., commencent eux-mêmes à subir les conséquences économiques du coronavirus. Nous avons tous vu la catastrophe qui frappe les Etats-Unis, les pays d’Europe occidentale, ainsi que certains pays de notre région (Arabie Saoudite, etc.). Quoi qu’il en soit, c’est également un moyen d’attaquer la Syrie, à savoir les pressions économiques, les sanctions, l’état de siège contre la Syrie.

En ce qui concerne les sanctions et le blocus, nous plaçons nos espoirs sur l’endurance des dirigeants, de l’Etat et du peuple syrien, tout comme ils ont persévéré face à la guerre militaire et à la guerre politique. Ce qui nous donne espoir est que la Syrie est un pays doté de capital humain et de possibilités colossales, le peuple syrien est plein de vivacité, les richesses et moyens innés de la Syrie sont vastes et majeurs. Avant la crise, la Syrie n’était pas un pays endetté ou faible, ce n’était pas non plus un pays débordant de richesses mais son économie était tout à fait viable. Dans certains pays arabes, des millions de personnes vivent dans les cimetières, mais aucune famille ne vivait dans un cimetière en Syrie. Quoi qu’il en soit, dans la bataille économique, la bataille des moyens de subsistance, la bataille financière, nous avons bon espoir en l’endurance et l’initiative de la Syrie, de même que pour la bataille psychologique.

En ce qui concerne la bataille psychologique, je souhaite donner un exemple, avant d’aborder mon dernier point concernant la Syrie. Une partie de la bataille psychologique concerne la situation des alliés, et on entend souvent dire que les alliés de Damas ont commencé à abandonner la Syrie. (A en croire ces rumeurs), l’Iran serait accaparée par sa situation interne et s’apprêterait à abandonner la Syrie. La Russie, du fait des pressions, de sa situation interne, de telles pressions ou tels problèmes ou je ne sais quelles autres foutaises, abandonnerait la Syrie. Tous ces propos n’expriment que des rêves et des espoirs que nous entendons depuis des années, et certains ont été diffusés comme s’il s’agissait d’informations, etc., mais ce n’étaient que des aspirations.

Parmi les éléments de langage de la guerre psychologique, citons encore le propos récurrent qu’on retrouve dans les médias du Golfe et certains médias occidentaux —les médias occidentaux sont plus réticents à diffuser ces rapports, car ils essaient de préserver ce qui leur reste de crédibilité— au sujet d’une lutte d’influence irano-russe en Syrie. Il n’y a aucune once de vérité là-dedans. J’avais dit au début de mon discours que j’allais reparler de l’Iran. Dans les deux points qu’il me reste aborder (au sujet de la Syrie), je vais évoquer en toute clarté certains points sensibles qui concernent la République Islamique d’Iran.

Ni la République Islamique d’Iran, ni le Hezbollah, ni les factions de la Résistance de différents pays —Irak, Afghanistan, Pakistan, etc. ; oui, des mouvements de résistance sont venus depuis ces pays et ont combattu en Syrie aux côtés de l’Armée arabe syrienne, du peuple syrien et des forces populaires syriennes, et y sont toujours présents… La République Islamique d’Iran ne mène de lutte d’influence contre personne en Syrie. Ni contre la Russie —indépendamment de ce que mène la Russie—, ni contre quiconque. La position de la République Islamique en Syrie était claire depuis le début : il s’agissait d’empêcher la chute de la Syrie sous le contrôle américano-israélien, et sous le contrôle des instruments de l’Arrogance (impérialisme) ennemie. Tel était l’objectif de l’Iran, et rien d’autre. La République Islamique ne recherche aucune influence en Syrie, elle n’a aucune visée et aucune convoitise en Syrie, et n’aspire nullement à s’ingérer dans les affaires internes de la Syrie. L’ingérence iranienne en Syrie n’a jamais existé, n’existe pas et n’existera jamais quant aux questions internes syriennes, qu’il s’agisse de la forme du régime, du gouvernement, des lois, de l’État… L’Iran ne fera jamais rien de ce que font certains autres États (en particulier l’Occident impérialiste et néo-colonialiste), en aucun cas. Tout ce qui comptait et compte toujours pour la République Islamique d’Iran, c’est que la Syrie reste dans sa positon (pro-)arabe, (pro-)islamique, (pro-)Résistance, qu’elle préserve son identité, son indépendance, sa souveraineté, son unité, que la Syrie reste une forteresse noble et digne, persévérante, ne se soumette pas à l’hégémonie américaine et sioniste, et ne transige pas sur ses droits (sur le Golan). Voilà tout ce que souhaite l’Iran en Syrie, ni plus ni moins. Et cela n’entre dans aucune lutte d’influence avec qui que ce soit.

Certes, pour être tout à fait franc et sincère, il peut y avoir des divergences entre les alliés quant à la définition de certaines priorités militaires ou de terrain, de questions politiques, au niveau des négociations, etc. Mais cela ne conduit aucunement à une lutte d’influence, car les décisions de la République Islamique sont catégoriques en ce qui concerne la position aux côtés des dirigeants syriens (qui ont le dernier mot sur toutes les questions), l’Iran se conformant à ce qu’ils déterminent et acceptent. La République Islamique a une position de soutien envers l’endurance, la persistance, le maintien et l’indépendance de la Syrie, et sa résilience face aux projets d’hégémonie et de contrôle sur elle, et de liquidation de l’Axe de la Résistance dans la région. A cet égard, je tiens donc à rassurer les masses & soutiens de la Résistance dans le monde arabo-islamique : en Syrie, il n’y a aucune lutte d’influence entre l’Iran et la Russie, de sorte que nous pourrions dire que le front des alliés et soutiens de Damas serait en proie à des luttes intestines ou serait en situation de retrait. Ce n’est absolument pas vrai.

L’autre point dont je voulais également parler au sujet de la Syrie et de l’Iran en Syrie, et de l’ennemi israélien en Syrie, est les agressions israéliennes et le projet israélien en Syrie. Surtout durant les dernières semaines, le Ministre de la Guerre israélien sioniste (Naftali Bennett) essaie de se vanter et de présenter (de fausses victoires) aux masses israéliennes, en leur mentant et en les égarant, et également à l’opinion publique dans le monde arabo-musulman —et il y a également des médias arabes qui propagent ces mensonges et ces falsifications— afin de mettre en avant des victoires et des accomplissements imaginaires d’Israël en Syrie aux dépens de la Syrie, de la République Islamique d’Iran et de l’Axe de la Résistance. Je veux en parler quelque peu, et ce sera peut-être la première fois que je le fais de manière si franche et si détaillée, même si ce sera synthétique.

Durant les premières années (de la guerre en Syrie), à partir de 2011, Israël a misé sur les groupes (terroristes) armés. Les relations des groupes armés —surtout au sud de la Syrie— avec Israël sont absolument indéniables : échange d’informations, financement, ravitaillement, soins médicaux, aide et soutien en tout genre, jusqu’au transit, tout cela est bien connu et évident. Israël était présent avec force dans la guerre en Syrie depuis 2011, et a misé énormément sur ceux qui combattent le régime en Syrie. Israël avait tout un ensemble d’objectifs, dont le plus élevé était la chute du régime et la liquidation de l’administration actuelle (de Bachar al-Assad). Mais il y avait plusieurs autres objectifs moindres. Lorsque cette guerre contre la Syrie a échoué, et que les sionistes ont compris que leurs instruments et le cheval sur lequel ils avaient misé avaient échoué en Syrie, et qu’ils avaient perdu la guerre… Ils mènent encore des batailles en Syrie, mais ils ont perdu la guerre, comme je viens de l’expliquer. La preuve en est que tout le sud syrien, dont l’immense partie était sous contrôle des groupes armés, qui coopéraient avec Israël, était assistés par Israël et étaient les alliés d’Israël à la fois ouvertement et secrètement, sont partis, et certains ont quitté la Syrie via l’entité sioniste. Nous n’oublions pas leurs autobus nocturnes. Les Israéliens ont donc compris que leur objectif (d’abattre le régime) avait échoué. Ils ont donc visé un nouvel objectif, à savoir lutter contre un nouveau danger qui leur apparaît, de nouveaux dangers qui vont émaner de la situation et de la victoire en Syrie. Que sont ces nouveaux dangers ? Certains résident dans les forces arabes syriennes mêmes, dans l’armée syrienne et dans les capacités militaires syriennes, surtout ce qui concerne la capacité balistique et la fabrication de missiles de précision. Et c’est pourquoi nous voyons qu’Israël attaque tout ce qui est lié à la fabrication de missiles en Syrie, car il considère que la capacité balistique et la fabrication de missiles constituent une (énorme) force pour la Syrie, et évidemment aussi pour l’Axe de la Résistance. Israël considère donc la Syrie comme une future menace, la Syrie qui a tenu bon durant toutes ces années face à une guerre universelle menée contre elle : si Damas reprend ses forces et retrouve sa santé, et développe ses capacités militaires, humaines et matérielles, cela donnera à la Syrie la prévalence dans la région et dans la lutte arabo-israélienne. Israël considère donc la Syrie comme une menace, une menace future : la Syrie n’est peut-être pas une menace actuelle, car elle reste accaparée par sa situation intérieure et les quelques batailles qui restent à mener. De même, Israël considère la présence de l’Iran et des factions de la Résistance en Syrie comme une menace. Israël est inquiète en ce qui concerne la Syrie, Israël a peur. Israël est terrorisé quant à ce que l’avenir lui réserve en Syrie. Telle est la description fidèle de la situation.

Regardez donc la manière dont s’expriment les responsables israéliens sur la question du Golan, affirmant qu’au sud de la Syrie, par exemple, le Hezbollah possède une certaine présence et une certaine activité, et s’efforce de créer une structure (de Résistance), avec l’aide, le silence ou la complicité des autorités syriennes, coopèrant avec des jeunes (combattants) syriens dans le but de récupérer le Golan et d’attaquer l’occupation israélienne dans le Golan. Et tout cela alors qu’il ne s’est encore rien passé d’important. Mais cette simple hypothèse, ce simple fait a créé une atmosphère de terreur au sein de l’entité sioniste, et la pousse parfois à des mesures d’escalade qui peuvent l’entraîner à des conséquences imprévues et dramatiques (une guerre régionale ouverte). Cela indique qu’Israël se comporte vis-à-vis de la Syrie depuis une position d’inquiétude, de peur et de terreur face aux conséquences de la grande victoire en Syrie. Il faut bien avoir cela à l’esprit en premier lieu.

Israël a donc annoncé un objectif en Syrie. Il ne peut pas déclarer qu’il frappe la Syrie et l’armée syrienne, même si c’est ce qu’il fait concrètement. Israël a donc annoncé un objectif lié à la présence iranienne en Syrie, et à la présence du Hezbollah, même s’il insiste surtout sur la présence iranienne. Ils ont donc lancé une campagne sous le slogan « Nous voulons expulser l’Iran de Syrie. » Et la stupidité en la matière est telle qu’elle a poussé le ministre de la guerre israélien, Naftali Bennett, à aller jusqu’à fixer un calendrier, promettant qu’avant la fin de l’année 2020, il aurait mis fin à la présence iranienne en Syrie. Mémorisez donc bien ce délai et comptez les mois qui nous restent avant la fin de l’année pour voir ce qu’il adviendra quant à la promesse de cet imbécile de ministre.

Israël a donc œuvré à la réalisation de cet objectif. Qu’ont-ils fait, à part l’incitation internationale, régionale et intérieure, et la tentative de présenter la présence iranienne en Syrie —que je vais décrire de manière précise— comme étant passée d’un facteur d’aide à un fardeau pour la Syrie, ce qui est un mensonge grossier ? Ils ont commencé par des frappes aériennes et des opérations aériennes qui frappent de temps en temps des moyens de transport, des entrepôts ou certaines localisations en Syrie. Cela se produit depuis des années, et je n’en ai jamais parlé (en détail). Qu’est-ce qui est nouveau ? C’est qu’Israël se fourvoie, dupe son peuple et trompe l’opinion mondiale dans notre région (et dans le monde) —et nous menons toujours cette bataille pour la conscientisation de l’opinion publique en révélant la vérité— en essayant de présenter certains détails comme les preuves de sa victoire en Syrie et le début de la défaite de l’Axe de la Résistance ou de la République Islamique d’Iran, le début de la sortie et du retrait (de Syrie). Quels sont les indices et preuves qu’Israël met en avant ? Depuis plusieurs semaines, certains responsables, médias et analystes israéliens propagent ces déclarations, même si d’autres analystes israéliens déclarent que ces propos sont inexacts et ne constituent que de la poudre aux yeux —et ce sont eux qui ont raison.

Israël a parlé de plusieurs points (avancés comme preuves d’un retrait iranien de Syrie) :

1/ les effectifs : les « forces (armées) iraniennes », pour reprendre leur expression, auraient fortement diminué en Syrie ;

2/ certaines bases qui auraient été évacuées, restituées (aux autorités syriennes) ou délaissées ;

3/ la concentration des efforts sur l’Est de la Syrie et la présence dans la région d’al-Boukamal, de Deir Ezzor, etc.

La conclusion de tout cela, (à en croire l’ennemi sioniste), est que le résultat des opérations de renseignement, des actions militaires et des bombardements aériens réalisés par Israël, ont très largement rempli leurs objectifs : l’Iran sortirait de Syrie, les Iraniens seraient en plein retrait, le Hezbollah reculerait, et cet abruti (de Bennett) croit avoir réalisé un exploit historique qu’il crie sur tous les toits, annonçant la réalisation de cet objectif avant la fin de 2020. Regardez donc de quelle manière il propage ces mensonges et dupe l’opinion. Laissez-moi donc vous présenter la situation réelle.

Premièrement, en ce qui concerne la situation sur le terrain, Israël ne cesse de parler de la présence de « forces (armées) iraniennes », mais en Syrie, il n’y a que des conseillers et experts militaires iraniens, depuis 2011. Je tiens à dire qu’ils étaient présents même avant 2011 aux côtés de l’Armée arabe syrienne et aux côtés de la Résistance au Liban (Hezbollah), et après 2011, ils sont restés, et du fait des événements, leur nombre a augmenté. Mais il n’y a pas de forces militaires iraniennes en Syrie. Lorsqu’on parle de forces militaires iraniennes, on parle d’un ou plusieurs bataillons, d’une ou plusieurs unités, de légions, etc. C’est à cela qu’on fait allusion lorsqu’on parle de forces armées. Il y a un certain nombre de conseillers et d’experts militaires en Syrie, dont le nombre a augmenté avec les événements (depuis 2011). Ils ont eu et ont toujours un rôle très important :

1/ apporter soutien et conseil aux forces armées syriennes ;

2/ gérer des groupes de forces populaires résistantes syriennes, arabes et islamiques qu’ils entraînent, arment et dirigent dans les différentes batailles en cours ;

3/ coordonner les opérations avec les mouvements de Résistance, dont le Hezbollah ;

4/ coordonner les opérations de soutien logistique fourni par le ministère de la défense iranien au ministère de la défense syrien.

Ces conseillers iraniens ne sont pas des forces (armées) iraniennes. Il ne s’agit pas d’une présence armée iranienne. Vous voyez, les Israéliens ont annoncé un objectif inexistant, illusoire, imaginaire, semblable à l’objectif des administrations américaines successives d’empêcher l’Iran de fabriquer l’arme nucléaire, alors que les Iraniens n’ont pas l’arme nucléaire et ne veulent pas obtenir l’arme nucléaire.

En Syrie, Israël mène une bataille imaginaire, à savoir empêcher les forces iraniennes d’être présentes en Syrie. En Syrie, il n’y a que des conseillers militaires et des experts militaires iraniens. Malgré toutes les difficultés, la situation en Syrie ne requiert nullement la venue de forces (armées) iraniennes en Syrie. Pour être franc et honnête, à un moment, une vraie discussion a eu lieu à ce sujet avec les dirigeants iraniens, et à un moment, pendant quelques mois, certaines forces armées iraniennes sont venues à Alep, pendant 2 ou 3 mois. Mais à part ce cas exceptionnel, il n’y a jamais eu de forces iraniennes en Syrie, et je dis et répète qu’il n’y a que des conseillers, en nombre requis par la situation : il peut y en avoir plus ou moins selon les besoins du terrain, et beaucoup d’entre eux sont tombés martyrs —certains pourraient avancer cet argument comme une preuve d’une présence armée ; mais c’est parce que ces conseillers se trouvaient en première ligne aux côtés de l’armée arabe syrienne et des factions de la Résistance, combattant et participant aux batailles, à la manière de l’école de leur commandant des Forces al-Quds, le martyr Qassem Soleimani, que Dieu le Très-Haut l’agrée. Telle est donc la description réelle et précise de la situation.

Deuxièmement, naturellement, au fur et à mesure que les batailles étaient remportées, que ce soit pour les Iraniens ou les factions de la Résistance, et parfois même pour l’armée syrienne, lorsque dans une région, la bataille ou la menace prenaient fin, il n’y avait plus aucune raison de maintenir une présence des combattants ou des bases militaires, ni la formation sur les axes de combat et les lignes de fronts. A un certain moment, les combats avaient lieu (simultanément) à Homs, dans le rif de Damas, à Damas, à l’Est de Homs, dans la banlieue d’Alep et à Alep même, à Idlib, dans le sud de la Syrie, dans la Badiya, à al-Boukamal, à Deir Ezzor, etc. Il était donc naturel d’avoir une présence (des forces armées) dans toutes ces régions. Alors que sur le littoral, il n’y avait pas de batailles, et il n’y avait donc pas de raisons d’avoir cette présence. Lorsque la province de Homs a été libérée, cette présence a cessé. Lorsque les batailles à Damas et dans le rif de Hamas ont pris fin, ainsi que dans le sud de la Syrie, à Palmyre et dans la Badiya. Si l’armée syrienne, dont c’est le pays, voulait maintenir une certaine présence dans certaines casernes, pour prendre les précautions requises (pour faire face à une éventuelle résurgence des terroristes), cela faisait sens ; mais quant aux forces auxiliaires, qu’il s’agisse des Iraniens, du Hezbollah ou des autres factions de la Résistance, il est tout à fait naturel qu’elles aient quitté cette région, n’y maintenant que le minimum d’effectifs, de combattants et de moyens en guise de précaution. Il n’y aurait eu aucune raison de maintenir les mêmes effectifs, les mêmes bases, etc.

Depuis deux ans environ, quand cette victoire est clairement apparue, surtout après la libération de la Badiya et l’ouverture de la voie d’Alep, et la fin de la bataille à Damas, dans le rif de Damas et dans le sud, les forces se sont concentrées (dans les derniers lieux d’activité des terroristes). La présence de nombreux conseillers iraniens n’était plus requise, et ils sont donc retournés en Iran. De même pour nombre de combattants et de cadres du Hezbollah en Syrie, dont la présence n’était plus utile, et ils sont donc revenus au Liban. Nombre de nos frères irakiens et autres n’étaient plus requis, et ils sont donc rentrés chez eux. La situation en Syrie étant devenue très bonne, (à quoi bon maintenir toute cette présence) ? Un certain nombre de bases et de casernes sont toujours restées vides, et avaient été préparées au cas où il y aurait eu besoin d’effectifs supplémentaires. Nombre de bases et de casernes ne servaient plus à rien car il n’y avait plus de combats, et ont donc été abandonnées. Tout cela a commencé depuis deux ans et même plus, et n’a aucun lien avec les opérations et agressions israéliennes en Syrie. Cela n’a rien à voir avec les frappes israéliennes en Syrie. Et cela n’a rien à voir avec le martyre du frère commandant Hajj Qassem Soleimani. Cela a commencé sous sa direction, et la direction actuelle des Forces d’Al-Quds (des Gardiens de la Révolution Islamique) poursuivent le même programme qu’il a commencé à appliquer il y a plus de deux ans. De même, le Hezbollah et le reste des factions de la Résistance ont commencé à faire de même depuis plus de deux ans, à savoir diminuer les effectifs, diminuer le nombre de bases (actives), diminuer la présence, car la Syrie commence à se remettre, la Syrie a gagné, l’Armée arabe syrienne a gagné, de nombreux fronts n’existent plus, les batailles y ayant été définitivement remportées. Telle est la vérité.

Aujourd’hui, lorsque quiconque parle d’une diminution des effectifs en Syrie… Laissez-moi vous donner un exemple pour le Liban. Lorsque j’ai annoncé que sur tout l’axe du Qalamoun, nous avons mis fin à notre présence (jadis massive), ne conservant qu’une ou deux positions. Même chose pour tout l’axe de Zabadani. Le tout en coordination avec l’armée syrienne. Est-ce là un succès d’Israël ? Ou est-ce que cela s’explique parce que l’armée syrienne et la Résistance ont remporté toutes les batailles dans ces régions, de même que dans le rif de Damas, dans le rif de Homs, etc. A quoi bon, une fois les combats terminés, rester sur les montagnes, dans le froid, la chaleur, à quoi bon mobiliser et utiliser des ressources, etc. Tout cela ne servirait à rien, ce serait du gâchis sur les plans matériel et humain. Quand les combats sont finis, il ne nous reste qu’à plier bagage et retourner sur notre principal front, le sud-Liban (face à Israël).

Les pseudo-preuves avancées par Israël aujourd’hui, à savoir la question de l’allègement des effectifs en Syrie, l’évacuation totale ou partielle de certains lieux, bases ou positions, cela n’est dû qu’au fait que la présence n’y aurait plus aucun sens, comme par exemple à Damas ou aux alentours de Damas, où les combats ont cessé. Il est tout à fait naturel que la présence militaire aille vers al-Boukamal, Deir Ezzor, Alep, Idlib, car les lignes de front sont là-bas, et qu’il n’y a plus de combats ailleurs. Les fronts sont là-bas, donc ceux qui veulent aider doivent s’y rendre et non rester assis (les bras croisés) à Damas. Les pseudo-preuves avancées par Israël ne prouvent nullement des succès israéliens, mais prouvent la victoire de la Syrie, la victoire de la République Islamique d’Iran, la victoire du Hezbollah, la victoire de l’Axe de la Résistance en Syrie. Cette victoire dans la guerre entraîne, comme pour toute armée et toute force militaire dans le monde, un redéploiement des forces conforme aux nouvelles responsabilités et aux nouveaux défis à la lumière des accomplissements et des victoires.

Plus encore, un signe de l’imbécillité et des mensonges des médias israéliens est qu’ils ont essayé d’expliquer le fait que par exemple, dernièrement, les mouvements entre la Syrie et l’Iran ont quelque peu diminué —le fret aérien, le mouvement des avions—, et cela a également été mis au compte des succès militaires israéliens en Syrie, alors que ce sont des mensonges et de l’égarement. La cause en est le coronavirus. Le covid-19 qui a impacté l’armée américaine, les armées européennes, et même l’armée de l’ennemi israélien lui-même, qui a annulé des manœuvres, des entraînements, et de grandes parades militaires prévues pour fêter l’anniversaire de la victoire de 1945, et il est bien naturel que la pandémie impacte également la Syrie, la République Islamique, nous-mêmes et tout le monde.

Voir aussi Nasrallah : Nous préparons la Grande Guerre contre Israël

Pour résumer ce point, en guise de synthèse avant d’évoquer la situation interne au Liban dans les minutes qui me restent, je tiens à m’adresser au public israélien pour l’inviter à vérifier ses informations et ne pas croire aux mensonges de ses dirigeants, qui lui présentent des victoires imaginaires en Syrie, que ce soit contre la Syrie ou contre l’Iran. Certes, la Syrie subit des préjudices, de même que les conseillers iraniens, le Hezbollah et la Résistance en Syrie sont touchés par les agressions israéliennes, que les dirigeants syriens, iraniens et de la Résistance considèrent comme il se doit —je n’ai plus le temps de parler en détail de notre point de vue sur la question, je le ferai une autre fois si besoin—, mais les Israéliens doivent savoir que ce que disent leurs dirigeants n’est que mensonges, poudre aux yeux et illusions, des accomplissements purement imaginaires. Et si Israël poursuit sur cette voie, ils peuvent commettre une bourde ou une erreur qui feraient exploser toute la région. Quant à l’objectif annoncé, à savoir expulser la présence iranienne —les conseillers militaires, et non pas les pseudo forces iraniennes, comme je l’ai expliqué—, voire expulser le Hezbollah et la Résistance de Syrie, cet objectif ne sera jamais atteint, ô sionistes. Cet objectif ne sera jamais atteint. Ces conseillers sont présents suite à une décision conjointe de la Syrie et de l’Iran, et les mouvements de Résistance sont présents à la demande des dirigeants syriens et conformément à la volonté des mouvements de Résistance eux-mêmes, et tous ceux qui, depuis 2011 à ce jour, ont sacrifié des milliers de martyrs et subi des milliers de blessés, ne seront pas vaincus ou dissuadés par une attaque aérienne ou un assassinat ici ou là. Ils resteront fermement campés sur leurs positions, et n’abandonneront pas le champ de bataille ni le terrain, en aucun cas. Cet objectif est irréalisable. Ce ne sont que des illusions que vous vivez dans votre imagination, vous êtes en plein aventurisme, et à tout instant, vous pouvez commettre une grave erreur en Syrie que vous regretterez amèrement. […]

Voir également : Après Youtube & Facebook, Vimeo bannit les vidéos de Nasrallah et ‘Le Cri des Peuples’

Pour ne manqu

About Ginette Hess Skandrani

écologiste, membre co-fondatrice des verts, anti-colonialiste et solidaire des peuples opprimés du monde arabe, dont les Palestiniens et d'Afrique.