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Occident démocrate et islamistes en convergence d’intérêts


Par Kharroubi Habib – Le Quotidien d’Oran

L’islamophobie militante des establishments occidentaux s’est étrangement évanouie, alors même que le monde arabe est submergé par une vague verte qui propulse au pouvoir des partis islamistes qui, il y a peu, suscitaient en eux rejet et refus de les considérer comme des acteurs politiques dignes de confiance.

Ils ne se réjouissent pas ouvertement de la nouvelle configuration politique qui s’instaure dans ce monde arabe dans le sillage de ces arrivées au pouvoir des islamistes, mais ont émis le signal qu’ils la considèrent comme nullement menaçante pour les intérêts géopolitiques et économiques de l’Occident dans cette région du monde.

Ce qui, il faut en convenir, est une perception en totale rupture avec ce que l’Occident pensait et disait encore tout récemment avant la survenance du « printemps arabe » s’agissant des islamistes. Ce revirement de l’Occident ne sous-entend nullement toutefois qu’il a opté pour mettre fin à son islamophobie. Il est tout simplement révélateur du pragmatisme qu’il met à récupérer au service de ses intérêts les évènements et leurs conséquences.

En l’occurrence, l’Occident a parfaitement saisi que cette vague verte, dont le monde arabe est la scène, et ses bénéficiaires ne sont pas fondamentalement hostiles à sa prépondérance politique et économique dans le monde arabe, pour peu qu’il accepte le fait comme une réalité incontestable et inattaquable parce que découlant d’un processus démocratique. C’est ce qu’il n’a pas manqué d’exprimer après ce qu’ont donné les scrutins en Tunisie, au Maroc et en Égypte. Les islamistes qui accèdent au pouvoir lui ont eux aussi envoyé les messages qui ont rendu facile et apparemment justifié son revirement d’attitude à leur égard. Notamment celui consistant en l’engagement à ne rien faire qui soit menaçant pour la sécurité d’Israël.

Ces islamistes, qu’ils soient modérés ou pas, tunisiens, marocains ou égyptiens, ont parfaitement assimilé qu’en arrivant au pouvoir, c’est ce qu’ils diront et feront à l’égard de l’entité sioniste que dépendra la tolérance ou pas qu’aura l’Occident à leur égard. Tous ont multiplié les déclarations rassurantes sur ce sujet. Y compris les salafistes purs et durs. En Égypte, dont on pouvait penser l’israélophobie irrévocable sur le problème crucial du rapport des islamistes à Israël, l’Occident a donc obtenu des garanties. Pour le reste, il n’a nullement à faire pression sur ces islamistes pour qu’ils conduisent des politiques favorables à ses intérêts et son influence dans leurs pays respectifs. C’est ce qu’ils feront sans qu’il soit besoin de les y pousser. La seule doctrine économique « halal » chez les islamistes étant celle basée sur le commerce, l’Occident n’a rien à craindre de négatif en ce domaine de leur part. Pas plus qu’ils n’ont à s’inquiéter du positionnement dans les affaires internationales et régionales de ces mêmes islamistes.

D’antioccidentaux qu’ils ont pu paraître tant que celui-ci a contrecarré leur arrivée au pouvoir, ils ont mué pour en devenir des alliés ayant des ennemis communs. En l’occurrence l’Iran et le shiisme.

L’Occident n’a assurément rien à craindre des islamistes qui s’installent au pouvoir dans le monde arabe. Que les régimes qui en découlent soient antidémocratiques et leurs lois et pratiques attentatoires aux libertés collectives, individuelles et religieuses des citoyens arabes, ils ne culpabiliseront nullement les consciences des establishments occidentaux, dont la « vigilance » ne s’avisera de s’exercer qu’en cas de velléité de remise en cause des deals concernant la sécurité d’Israël et la primauté des intérêts de l’Occident.

Quant à la démocratie véritable pour ces Arabes, son exigence est laissée aux rêveurs naïfs qui continuent à croire que l’Occident est motivé à leur égard par cette valeur.