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Palestine : complicité et collusion des Etats-Unis avec Israël


Mercredi 31 octobre 2012

Par Suraya Dadoo*  (revue de presse : The Star – Afrique du sud )

La quatrième et dernière session du Tribunal Russel Pour la Palestine (TRP) a achevé ses travaux à New York, le 7 octobre dernier (1).

A vol d’oiseau du bâtiment des Nations unies, il a siégé dans la capitale des multinationales américaines où Angela Davis, Alice Walker, Ronnie Kasril, John Dugard ainsi que d’autres personnalités connues du monde de la justice sociale, ont entendu les témoignages sur la complicité des Etats-Unis et des Nations unies avec les crimes de guerre d’Israël commis contre le peuple palestinien.

Pendant deux jours, plus de mille personnes dont des militants sud-africains – comme Terry Crawford-Browne, Z. Vavi, secrétaire-général de Cosatu (fédération syndicale sud-africaine), Harry Belafonte, Wallace Shawn – ont écouté des experts (Noam Chomsky, Ilan Pappé, historien israélien) évoquer les innombrables résolutions des Nations unies, non appliquées ou couvertes par un veto américain, et les mille exemples par lesquels l’organisation internationale a failli à sa mission, non seulement face au peuple palestinien mais aussi face au monde entier.

Pas de visa pour les délégués palestiniens

De nombreux participants ont questionné l’absence des Palestiniens sur le podium : l’avocat des droits de l’homme de la Bande de Gaza, Raji Sourani, et Leila Shahid,envoyée de l’Autorité Palestinnienne auprès de la Commission européenne à Bruxelles,n’ont pas obtenu de visa du Département d’Etat pour s’exprimer, au cours d’un évènement majeur organisé  aux Etats-Unis même, sur la complicité de ce  pays et des Nations unies avec les violations du droit international par Israël

Cette complicité avec les crimes de guerre d’Israël ne se borne pas au seul soutien  militaire, diplomatique et économique illimité des Américains, mais s’étend à la volonté de réduire au silence le mouvement anti-apartheid palestinien.

La « relation spéciale » israélo-américaine a été longuement documentée au cours des séances du Tribunal à New York car, depuis la guerre d’Octobre 1973, le niveau de soutien de Washington à son protégé a dépassé tout ce qui a pu être offert à d’autres pays.

Israël reçoit, tous les ans, trois milliards d’aide directe, à peu près 1/5 du budget de l’aide étrangère US et n’a pas à rendre compte de la manière dont cette aide est dépensée. Au cours des trente dernières années, les Etats-Unis ont utilisé leur droit de veto pour protéger les Etats d’apartheid, Israël et l’Afrique du sud. 32 résolutions du Conseil de sécurité dénonçant Israël ont ainsi été rendu inapplicables grâce au veto des Américains, soit plus que le total de tous les vetos des autres membres du Conseil.

Israël : Etat d’apartheid

En tant que Sud- Africaine, je n’apprécie pas particulièrement le soutien accordé à un Etat d’apartheid. L’administration Reagan avait virtuellement ignoré les appels de toutes parts pour isoler l’Afrique du sud et n’avait imposé des sanctions  que du bout des lèvres sur ledit régime à Pretoria à la fin de 1980, alors que celui-ci s’effondrait.

L’Afrique du sud d’apartheid était devenue un paria international, soumis à un quasi isolement politique, économique, social, culturel et militaire. Le gouvernement d’Israël n’a pas à faire face à de telles mesures car les Nations unies n’ont pas réagi avec la même urgence comme elles le firent pour le premier.

Au vu des analyses des spécialistes, les jurés ont conclu que l’expansion coloniale d’Israël au travers des colonies, sa politique séparatiste raciste et son militarisme agressif seraient impossibles sans le soutien en tous genres des Etats-Unis. Ils ont de plus considéré que  les Nations unies ont violé le droit international pour ne pas avoir répondu aux crimes de guerre d’Israël, ses crimes contre l’humanité, son crime d’apartheid et le génocide perpétré contre le  peuple palestinien.

Le Tribunal a appelé à la mobilisation de l’opinion internationale, notamment aux Etats-Unis et en Israël, par le biais des mouvements en faveur du boycott, du désinvestissement et des sanctions et des syndicats, réseaux sociaux et médias. Il a aussi demandé le retrait du droit de veto des cinq membres permanents du Conseil de sécurité, une démocratisation plus avancée de l’appartenance à ce Conseil où le Sud se trouve sous-représenté ainsi que la revitalisation des pouvoirs de l’Assemblée générale.

Les conclusions du Tribunal ont été présentées  au cours d’une conférence de presse très courue à la UN Plaza qui a vu la participation des principaux organes médiatiques habituellement peu enclins à évoquer la complicité américaine dans l’occupation israélienne.

Le Time Magazine, le Wall Street Journal, Al Jazeera en anglais et arabe, la BBC , la presse étrangère de Suisse, Grande-Bretagne, d’Afrique du sud y étaient présents, ainsi que la presse on line.

A la fin de la conférence de presse, les jurés et les orateurs ont présenté leurs conclusions à la Commission sur l’Exercice du Droit Inaliénable du Peuple Palestinien, un organe de l’Assemblée générale. Alors que l’an dernier, les séances du Tribunal avaient engendré une puissante réaction du lobby sioniste en Afrique du sud, par une campagne de dénigrement contre le jury et les orateurs dans la presse américaine et sud-africaine, il n’en a rien été du côté du puissant lobby juif américain. Selon Sherry Wolf, attaché de presse du Tribunal, les attaques récentes lors de conférences sur la Palestine dans les universités de Columbia, Harvard et de Pennsylvanie et au Cap ont eu des effets négatifs sur les sionistes car les audiences y  étaient plus importantes.

Le Tribunal Russel fait partie du mouvement du Printemps arabe et du Occupy Wall Street… C’est ainsi qu’il devient une arme puissante entre les mains des citoyens pour demander que leurs gouvernements, leurs institutions et les multinationales mettent fin à leur collusion dans les violations du droit international et des droits de l’homme commises par Israël à l’encontre des Palestiniens. Fortifiés par les résultats du Tribunal Russel, il faut exiger la même chose des Nations unies et des gouvernements concernant leur relation avec Israël et leur soutien aux crimes de guerre de ce pays et de son apartheid.

Traduction : Xavière Jardez – Intertitres : AFI-Flash.

(1) Le Tribunal Russel Pour la Palestine (TRP) a été créé sur le modèle du Tribunal International des Crimes de Guerre fondé en 1966 par Bertrand Russel pour informer et mobiliser l’opinion publique internationale contre la guerre US au Vietnam.

* Suraya Dadoo, chercheur pour Media Review Network (www.mediareviewnetwork.com)   basé à Johannesburg.