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Palestine: la Jordanie pourrait considérer une « solution démocratique à un seul État »



Publié par Gilles Munier sur 25 Juillet 2020, 09:55am

Catégories : #Palestine, #Jordanie, #Israël

Omar Razzaz est Premier ministre de Jordanie – Photo: via IranPress.com

Par Michael Safi (revue de presse : Chronique de Palestine – 24/7/20)*

Le premier ministre de Jordanie a déclaré que son pays pourrait envisager positivement une « solution démocratique à un seul État » au conflit israélo-palestinien, lorsqu’il a averti que les plans de Benjamin Netanyahu d’annexer des parties de la Cisjordanie pourraient déclencher une nouvelle vague d’extrémisme au Moyen-Orient.

Omar Razzaz a déclaré au Guardian que la politique d’annexion du premier ministre israélien « inaugurerait un nouvel État d’apartheid » qui pourrait être un motif de radicalisation et déstabiliser encore plus la région.

« De notre point de vue, tout sauf une solution viable à deux États va précipiter non seulement la Jordanie, non seulement la Palestine, non seulement Israël, mais toute la région et le monde entier dans le chaos, » a-t-il déclaré dans une interview à Amman.

Mais, signe que le statut de la formule à deux États vieille de plusieurs décennies est mal en point, M. Razza a dit que la Jordanie pourrait envisager favorablement la création d’un seul État israélo-palestinien à condition qu’il accorde des droits égaux aux deux peuples.

Les dirigeants israéliens ont traditionnellement écarté toute sorte de solution à un seul État, craignant que la population palestinienne ne finisse par éclipser la population juive et ne menace l’identité religieuse d’Israël. Mais la notion gagne en popularité chez les militants palestiniens à mesure que la perspective de créer leur propre État s’amenuise.

« Vous fermez la porte à la solution à deux États, je pourrais parfaitement envisager ceci de manière positive, si nous ouvrons clairement la porte à une solution démocratique à un seul État, » a déclaré M. Razzaz.

« Mais personne en Israël ne parle de cela, et donc nous ne pouvons pas enjoliver ce qu’ils font. Qui parle d’une solution à un seul État en Israël ? Ils parlent d’apartheid dans tous les sens du terme. »

« Je mets au défi quiconque en Israël de dire oui, finissons-en avec la solution à deux États, elle n’est pas viable, » a-t-il dit. « Mais œuvrons ensemble à une solution démocratique à un seul État. Cela, je pense, nous l’envisagerons très favorablement. Mais mettre un terme à l’une et prendre ses désirs pour des réalités quant à l’autre, c’est de l’égarement. »

Les commentaires de M. Razzaz indiquent une plus grande ouverture à l’égard d’une solution à un seul État que celle exprimée auparavant par les dirigeants jordaniens, même si elle implique une condition qu’Israël n’est pas susceptible d’accepter à court terme. Ils donnent également un aperçu éventuel de ce que Amman et d’autres capitales pourraient préconiser comme solution au conflit israélo-palestinien si l’annexion se poursuit.

Benjamin Netanyhu s’est engagé à « appliquer la souveraineté » à 30% de la Cisjordanie occupée, y compris aux colonies israéliennes et à des pans entiers de la vallée du Jourdain. Le plan d’annexion a été rejeté par les dirigeants palestiniens et a attiré une vague de critiques de la part d’anciens responsables de la sécurité israélienne, d’élus du Congrès états-uniens, de capitales européennes et du premier ministre britannique Boris Johnson.

Sous le roi Abdullah II, la Jordanie a mené une campagne franche et active contre le plan d’annexion, arguant qu’il sonne le glas de l’idée de création d’un État palestinien autonome englobant la `Cisjordanie, Gaza et certaines parties de Jérusalem-Est.

« Nous sommes opposés à des actions unilatérales, » a dit M. Razzaz. « Nous sommes opposés à l’annexion. Nous sommes opposés à toute initiative qui ne s’inscrit pas dans le cadre d’un schéma d’ensemble menant à une solution à deux États. A défaut de cela, si nous n’allons pas vers une solution à deux États, qu’on nous dise vers quoi nous allons, vers quel type de solution à un seul État nous nous dirigeons. »

La Jordanie voit la question en termes existentiels, craignant que la mort de la solution à deux États n’ouvre la voie à la possibilité que le royaume n’absorbe des parties de la Cisjordanie et de sa population, idée qui a les faveurs de l’extrême droite israélienne et qui peu à peu se généralise.

« La Jordanie n’absorbera pas de transferts de Palestiniens, » a affirmé M. Razzaz. « La Jordanie ne deviendra pas ‘la’ Palestine, comme le souhaite l’extrême droite israélienne. Et la Jordanie ne renoncera pas à sa tutelle sur [les lieux saints musulmans et chrétiens de] Jérusalem. Ces trois points sont clairs pour nous. »

Benjamin Netanyhu s’est toujours opposé à un État palestinien à part entière. En 2009, il a donné son accord de principe pour d’éventuelles futures négociations qui pourraient mener à un « État palestinien démilitarisé ». Mais depuis lors, il a répété qu’Israël maintiendrait toujours un contrôle sécuritaire total sur la Cisjordanie.

La Jordanie et Israël ont signé un traité de paix en 1994 dans le sillage des Accords d’Oslo devenus le fondement d’années de négociations en vue de la création d’un État palestinien qui se sont soldées par un échec. L’accord d’armistice est impopulaire auprès des Jordaniens mais s’est avéré durable en raison d’une forte coopération en matière de sécurité entre les deux pays. Son 25ième anniversaire est passé en décembre dernier sans commémoration officielle de part et d’autre.

Le roi Abdullah a déclaré que les relations de la Jordanie avec Israël sont au plus bas et que les plans d’annexion ont placé les deux pays sur la trajectoire d’un « conflit majeur ». Mais il n’est pas allé jusqu’à menacer de dénoncer le traité, ce que les diplomates à Amman et les analystes estiment peu probable.

M. Razzaz a affirmé que l’annexion consacrerait un système d’apartheid à la Sud-Africaine qui est déjà pratiqué contre les Palestiniens à l’intérieur d’Israël et dans les territoires occupés.

« L’Afrique du Sud n’était pas un problème pour ses voisins ; l’Afrique du Sud était un problème pour le monde entier. Si Israël poursuit dans cette voie, il va devenir un problème pour le monde entier, » a-t-il dit.

M. Razzaz, diplômé de Harward et du MIT et ancien directeur de la Banque Mondiale, a contribué à piloter une des réponses au Covid-19 les plus réussies au monde avec 11 décès seulement en Jordanie dus au virus depuis le début de la pandémie et aucune contamination au sein de la communauté actuellement, selon les responsables de la santé.

Sollicité pour réagir aux remarques de M. Razzaz, un porte-parole du ministère des affaires étrangères d’Israël a dit qu’il ne fournirait aucun commentaire.

Oliver Holmes a contribué à cet article

*Source et Traduction: Chronique de Palestine – MJB

Version originale : 21 juillet 2020 – The Guardian