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Pékin et Washington s’affrontent en Ukraine


Monday, March 17, 2014

Pékin et Washington s’affrontent en Ukraine
RIA Novosti

Il semble effectivement, comme le montre l’article ci-bas, que les pressions USA/OTAN/UE en Ukraine visaient à ce que la Russie dégage de Syrie où l’affrontement portait autant sur les corridors gaziers devant concurrencer l’Iran au profit des pétromonarchies et d’Israël que sur la démonstration en réaction par l’axe Russie/Chine que le coup de force de l’OTAN en Libye était en fait un coup d’épée dans l’eau.

La stratégie de la tension en Syrie choisie au départ par les USA et leurs alliés turc, français et israélien (et sans doute aussi l’affrontement plus feutré à Wahington entre notables néocons (Nuland & co.) et Obama au sein de l’establishment US) au dépens des négociations visant à rétablir la paix par un gouvernement de compromis visait à démontrer la force des moyens de pressions « occidentaux », et à démontrer que le rapport de force global restait en faveur d’un monde unipolaire. Echec en Syrie ! La crise ukrainienne ayant encore une fois démontré que le Kremlin, mais aussi la Chine, ne lacheraient pas prise pour autant en Syrie et donc aussi ailleurs sur la planète, en particulier en Afrique.

La Chine, en puissance montante tranquille, agit souvent derrière la Russie qui est à la fois souvent son bouclier et son épée tant diplomatiques que militaires, mais elle n’en est pas moins le pôle principal des puissances émergentes et des Etats non alignés sur l’axe en crise USA/OTAN/UE/Israël.

…Le bilan de ce rapport de force et des ces crises successives, malgré la multiplication des foyers d’intervention en Afrique, n’est pas en faveur de cet axe visiblement essouflé et avec des contradictions internes montantes, ce qui à terme pourrait donner des idées d’émancipation à d’autres Etats, dans le Sud, et renforcer en conséquence le poids du BRICS, de l’ALBA, du Mercosur, du mouvement des Etats non alignés, voire peut-être même l’Allemagne ou la Turquie pourraient arriver à la conclusion que leur plan B d’une alliance avec la grande Eurasie, via la Russie et l’Iran, serait pour eux plus avantageux et plus solide que le maintien de l’OTAN (et de l’UE).

Car ce n’est pas de 15 milliards d’USD que l’Ukraine, fardeau désormais occidentalo-dépendant, a besoin pour rétablir simplement son équilibre financier, c’est de 150 milliards! …sans parler du fait que les « réformes » que lui promet le FMI et l’UE passent par un appauvrissement massif des conditions sociales de la population …Comment les régions productives du Sud-Est de l’Ukraine pourraient-elles accepter longtemps de se voir piller, comme c’est le cas depuis 1991, pour maintenir à flot l’ouest ukrainien et les rêves de cohésion du bloc atlantiste ? Il est clair que, là aussi, la balance penchera logiquement et inéluctablement en faveur de l’option eurasienne, au moins dans « l’Ukraine utile ». Bref, un peu comme en 1914, on peut penser que ce sera soit la fuite en avant des USA et d’Israël vers la guerre mondiale pour préserver leurs apparences de puissance, soit le compromis bancal qui annoncera la désagrégation par étapes du bloc nord-atlantique.

Dans quelle mesure dès lors des puissances affaiblies comme la France ont-elles intérêt à rester dans un bateau qui prend visiblement l’eau de toute part et ne présente aucun moyen crédible pour colmater les brèches tant Washington mène une politique de survie à court terme ?
Bruno DRWESKI

Pékin et Washington s’affrontent en Ukraine
RIA Novosti

14/03/2014
Par Dmitri Kossyrev, RIA Novosti

Pourquoi les Etats-Unis se sont-ils mis dans une position perdante du point de vue moral, en soutenant le gouvernement douteux de Kiev? Pourquoi chercher de nouveaux moyens d’intimider Moscou au sujet de la Crimée, même s’il est évident que cela ne fonctionne pas? L’absence de réponse claire à ces questions – c’est-à-dire l’absence de motivations intelligibles à la politique « ukrainienne » des USA – est flagrante.

> On pourrait tenter d’expliquer cette situation par l’entrée en jeu du Royaume-Uni, et pas du tout par la Russie ou l’Ukraine. Le fait est que « la lutte contre la Russie pourrait devenir un précédent, posant les bases d’une confrontation encore plus puissante avec la Chine », selon l’auteur d’un article paru dans le journal britannique Financial Times intitulé « L’Ukraine, une épreuve de force pour le gouvernement américain ».

Un défi pour le système

L’article est signé Gideon Rachman, un commentateur très respecté au Royaume-Uni et aux USA. Les commentateurs existent, entre autres, pour pouvoir exprimer clairement les idées difficiles à formuler pour les hommes politiques, notamment dans leur propre pays.

Pourquoi difficile? Prenons la liste de revendications vis-à-vis de la Russie formulée par l’Américain Robert Menendez, chef de la commission pour les affaires étrangères du Sénat: le soutien de la Syrie et les plans du gouvernement pour coopérer avec l’Iran après la levée des sanctions sont interprétés comme un « comportement agressif » de Moscou… Bref, la Russie mènerait selon lui une politique étrangère russe et non américaine – on aurait trouvé étrange qu’il en soit autrement. La propagande des politiciens professionnels en général contourne très souvent de nombreuses questions posées par le public sceptique, poussant les hommes politiques à déformer le tableau informationnel (en l’occurrence en Ukraine), ce qui n’est pas fait pour durer de nos jours, comme le montre l’expérience syrienne.

En revanche Gideon Rachman, de ce côté de l’Atlantique, donne une réponse claire à toutes les questions accumulées. Il ne s’agit pas de la Russie mais de la Chine, dit-il. Il est question d’un « défi direct pour le système chapeauté par les USA », du fait que « beaucoup d’autres pays tels que la Chine et l’Iran pourraient décider que l’insoumission à l’Amérique est devenue une affaire moins dangereuse et risquée ».

Comparons cette thèse à l’affirmation factuelle de Menendez disant que la « communauté internationale » est représentée par les USA, l’UE et encore une poignée de pays. Ce n’est plus le cas depuis longtemps. Et « l’insoumission à l’Amérique » est aussi devenue une norme depuis un certain temps également. Par conséquent, l’Ukraine n’est qu’une obligation désagréable pour les Occidentaux, leur permettant de feindre qu’ils dirigent encore le monde.

La logique de Rachman est la suivante : les puissances occidentales savent qu’elles peuvent infliger un préjudice économique à la Russie. Elles savent également qu’en nuisant à Moscou elles font également du tort à leurs propres économies. La Russie, passe encore. Mais si la Chine décidait, par exemple, de reprendre les îles Senkaku prises par le Japon pendant la Seconde guerre mondiale ? Après tout, la Chine est la deuxième économie mondiale et il est déjà impossible de lui imposer des sanctions dans notre monde interdépendant. « Les Chinois, de la même manière que les Russes, disposent d’un riche arsenal de riposte, de la rupture des chaînes de fournitures pour les compagnies américaines au refus d’acheter les obligations du Trésor américain ».

> En résumé, Washington est incapable d’utiliser vraiment la force dans le cas de la Crimée mais il faut bien faire quelque chose, créer des précédents. Sinon, cet ordre mondial que les Occidentaux considèrent – par inertie – comme le leur, s’effondrera encore plus rapidement. Les modèles de comportement des Etats-Unis dans ce genre de situations doivent être mis au point dès à présent.

Le facteur chinois tel qu’il est

Le comportement de Poutine sur le dossier ukrainien confirme parfaitement le diagnostic de Rachman. Les Chinois analysent également ces événements et les confrontent aux scénarios éventuels – pas autour du Japon mais d’une périphérie chinoise. Pékin réfléchit en règle générale de manière défensive, et en s’appuyant sur sa riche expérience.

Sur l’arène mondiale la Chine combat idéologiquement « trois maux » : le terrorisme, l’extrémisme et le séparatisme, c’est-à-dire la séparation de territoires grâce aux actions « révolutionnaires » d’une partie des habitants de la région, soutenus depuis l’étranger. Pékin sait comment le mal s’allie en un seul bouquet, par exemple, dans les actions des terroristes à Xinjiang. Dans l’ensemble, l’histoire de la Crimée est désagréable pour Pékin, qui préfère l’intégrité des frontières, et quand dans l’Europe lointaine les Européens l’enfreignent (avec le soutien des USA), c’est une mauvaise chose pour la Chine.

Précisément les Européens. Les Chinois ont particulièrement remarqué la séparation du Kosovo de la Serbie. Puis ils ont noté la méthode de provocation flagrante en août 2008 quand la Russie a dû réagir à l’invasion géorgienne de l’Ossétie du Sud et reconnaître l’indépendance de deux anciennes entités de la Géorgie. Aujourd’hui, les autorités de Kiev (plus précisément les marionnettistes nationalistes) font de gré ou de force la même chose en Crimée, c’est-à-dire qu’elles mettent Moscou dans une situation où il lui est impossible de ne pas venir en aide aux Criméens. La Chine le comprend très bien. Imaginons, théoriquement, que le Japon possède encore Taïwan peuplé de Chinois (comme c’était le cas jusqu’en 1945), et tout à coup suite aux émeutes et au chaos à Tokyo les Taïwanais demande l’aide de Pékin ? Une telle demande n’aurait pas pu être rejetée…

> D’où les subtilités de la position de la Chine dans la crise ukrainienne. D’une part, les Chinois ne se font aucune illusion concernant le fond des événements en Ukraine en général : c’est un fiasco de l’Occident. Un fiasco parce que le projet de mise en place, en Ukraine, d’un régime pro-occidental a échoué et a semé le chaos que l’Occident n’a plus les moyens ni la sagesse d’apaiser. Les Occidentaux ont sous-estimé la Russie, qui peut prouver ses compétences quand il s’agit de « faire le ménage ». Le Quotidien du Peuple chinois écrit que les dirigeants occidentaux sont « fous » s’ils pensent pouvoir prendre en charge la construction nationale en Ukraine avec leur « autorité morale sapée et leurs capacités financières qui s’évaporent ».

Mais officiellement Pékin adopte pour l’instant une position neutre, appelant les parties à la modération et aux négociations. Et il suit de près l’aspect clé des événements: l’argent.

Combien d’argent les USA seraient-ils prêts à donner aux autorités de Kiev? Nous le verrons après la visite d’Arseni Iatseniouk, premier ministre par intérim de Kiev, à Washington. Pour l’instant il est question d’un milliard de dollars. L’Europe parle de 11 milliards d’euros (soit 15 milliards de dollars). Et ce n’est que le début… Les sanctions contre la Russie ? Elles frapperaient davantage l’Europe que les USA.

Et c’est normal. L’UE est plus responsable du chaos en Ukraine que les Etats-Unis. Et l’Amérique cherche déjà un moyen de défendre ses positions en politique étrangère et d’envoyer le bon signal à la Chine… et les Européens payeront les pots cassés. Une logique à toute épreuve.