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Syrie: Bataille d’Alep : ses enjeux et ses calculs


par Kharroubi Habib – Le Quotidien d’Oran

L’issue de la bataille d’Alep sera donc assurément révélatrice du rapport de force dans ce conflit syrien… La Syrie pourrait être l’Irak en pire.

L’issue de la bataille d’Alep qui fait rage entre l’armée du régime syrien et les combattants de la rébellion sera déterminante pour la suite de leur confrontation. D’où l’acharnement des affrontements. La perte du contrôle de celle ville, la deuxième en importance du pays après la capitale Damas, constituerait plus qu’un coup dur pour le régime.

Alep est proche de la frontière avec la Turquie, pays d’où se déversent les aides multiformes dont a besoin la rébellion. Un avantage qui une fois la ville expurgée de la présence de l’armée régulière et des symboles du régime permettrait à la rébellion de la proclamer zone libre et d’en faire le siège d’un pouvoir provisoire que s’empresseront de reconnaître ses soutiens étrangers. Bachar El-Assad et les autres dirigeants du régime savent que c’est là l’enjeu de la bataille d’Alep pour la rébellion. C’est pourquoi ils n’assignent plus de limite à l’engagement du potentiel militaire dont ils disposent. Ils ont conscience en effet qu’ils ne doivent pas perdre cette bataille qui remportée par la rébellion saperait le moral de l’armée régulière et ouvrirait la voie à la réédition du scénario qui s’est joué à Benghazi dans le conflit libyen.

En faisant donner dans la bataille l’élite de son armée qui utilise l’armement lourd dans tout son potentiel, le régime prouve toute sa détermination à contrer la stratégie de ses ennemis. Face à sa démonstration de force, en mesure effectivement de mettre en échec le plan de la rébellion qu’ils soutiennent, les Occidentaux ne peuvent s’engager ouvertement aux côtés de celle-ci au prétexte de l’asymétrie de la guerre qui oppose le régime aux insurgés. Ils escomptent néanmoins rendre possible leur engagement direct en faisant valoir à l’opinion internationale que le régime de Damas étant aux abois, bousculé par la rébellion est susceptible d’employer les « armes de destruction massive » dont il dispose. D’où tout le matraquage médiatique de ces derniers jours autour des « armes chimiques » dont est dotée la Syrie. Armes dont les autorités syriennes n’ont pas nié l’existence mais en prévenant qu’elles ne les utiliseront qu’en cas d’intervention étrangère contre le pays. Réponse en somme du berger à la bergère, Damas faisant savoir aux Occidentaux et autres sponsors de la rébellion que ce qu’ils disent redouter c’est eux qui le déclencheront en s’avisant d’intervenir militairement en Syrie.

Il n’empêche que le régime est en grande difficulté car la rébellion est parvenue à ouvrir de nombreux fronts qui l’obligent à disperser ses forces. Mais il dispose encore de la capacité de lui faire échec car les affrontements sont devenus guerre civile dans laquelle il peut compter sur la solidarité d’une grande partie des composantes du peuple syrien que l’éventuelle victoire de la rébellion effraie. Bachar El-Assad a voulu démonter cette réalité en nommant à des postes clefs tant civils que militaires et sécuritaires des responsables issus de communautés religieuses et ethniques autres que celle des alaouites à laquelle lui et sa famille appartiennent. L’issue de la bataille d’Alep sera donc assurément révélatrice du rapport de force dans ce conflit syrien.