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Syrie : extension du domaine de la guerre


Le 4 septembre 2013

Dominique Jamet
Journaliste et écrivain.
Il a présidé la Bibliothèque de France et a publié plus d’une vingtaine de romans et d’essais.

Boulevard Voltaire

La tension était retombée. Après le « no » inespéré de la Chambre des communes à David Cameron, après l’indécise décision de Barack Obama de s’en remettre à un Congrès réticent du choix entre missiles de croisade et non-intervention, l’hypothèse du pire avait du plomb dans l’aile. Certes, le chef de l’État-chef des armées français, plus déterminé que jamais à jouer au petit soldat, ne renonçait pas à former autour de lui une coalition dont il avait toutes les chances de rester le seul membre. Pas de quoi s’émouvoir. Nul n’ignorait que, sans la participation du grand frère nord-américain, le grand sabre de bois de François Hollande avait toutes les chances de rester au fourreau.

Là-dessus, le président-commandant en chef des États-Unis, s’avisant que son attitude était interprétée comme un aveu de faiblesse personnelle et une reculade de son pays, endosse subitement son battle-dress, bat le rappel des faucons, et une majorité interventionniste se rassemble au son du tambour. Un exercice militaire combiné israélo-américain, naturellement prévu de longue date, se déroule en Méditerranée orientale : à bon entendeur, salut. À la veille du G20, la diplomatie américaine se déploie de par le monde pour rameuter les fidèles alliés de l’hyper-puissance.

Et voici que le secrétaire d’État, l’honnête John Kerry, dont le visage semble sculpté dans le buis dont on fait les pères fondateurs, vend la mèche.

La démonstration de force qui se prépare ne s’adresse pas tellement à la Syrie, dont à vrai dire on se fiche comme d’une guigne qui ne produirait pas de pétrole. Elle ne constituera qu’un échauffement, qu’une séance d’entraînement, une répétition de ce qui attend la véritable et prochaine cible de la grande coalition, de la Sainte-Alliance entre l’Occident et l’Orient sunnite : l’Iran. Et pas seulement à cause de l’aide que Téhéran apporte ouvertement à Bachar el-Assad. Mais bien davantage parce que le pays des ayatollahs enturbannés de blanc et de noir persiste à vouloir se doter de l’arme nucléaire. La « punition » promise à la Syrie entre dans le cadre du « grand dessein » commun notamment aux États-Unis, à Israël et aux grandes démocraties occidentales : l’extension du domaine de la guerre à un pays qui est notoirement une dictature religieuse – mais pas plus que l’Arabie saoudite – et dont les discours belliqueux, et particulièrement la menace de rayer Israël de la carte, sont exaspérants, mais qui n’a, depuis des siècles, jamais mené la moindre guerre d’agression contre qui que ce soit.

Curieusement, ce n’est pas par une quelconque convention internationale et pas davantage par la Charte de l’ONU que l’arme nucléaire est interdite à l’Iran. De fait, les États-Unis possèdent la bombe atomique, la Russie également. Et la Grande-Bretagne, et la France, et la Chine, et l’Inde, et le Pakistan, et Israël, et même la Corée du Nord. Mais la production et la détention de cette arme qui est pourtant, me semble-t-il, une arme de destruction assez massive sont refusées à un État qui prétend s’en doter par une partie des États qui l’ont fabriquée et qui la possèdent. Au nom de quelle justice, au nom de quelle morale ? Parce que c’est comme ça.

Mais aussi, mais d’abord, s’il faut en croire M. Benyamin Netanyahou, qui parle d’or, parce qu’on ne peut pas laisser « une arme particulièrement dangereuse entre les mains de régimes particulièrement dangereux ». Voilà qui est bien dit. Sauf erreur de ma part, l’arme nucléaire n’a jusqu’à présent été utilisée que deux fois, à Hiroshima et à Nagasaki. Ce n’était pas par Bachar el-Assad. Ce n’était pas par le Guide suprême de l’Iran. Les États-Unis seraient-ils un pays dangereux ?