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Syrie : parce que le gaz ça pue et c’est pas écolo !


Le 6 septembre 2013

Joris Karl , journaliste.

Le pouvoir syrien est donc mis au ban des médias occidentaux car il aurait, non pas caché des « armes de destructions massive », mais osé faire usage de gaz de combat. Pas de bol Bachar, le gaz est le grand tabou de notre époque. Ça ne sert à rien d’accuser les rebelles, vilain, on sait que c’est toi. Enfin, c’est Bernard-Henri qui me l’a dit !

Mais pourquoi tout ce pataquès avec le gaz de combat ?

Ça date évidemment de la guerre de 14, quand les Boches ou les Français – finalement c’est moins net qu’il n’y paraît – ont brisé le tabou chimique. L’histoire officielle dit que tout commença un jour maudit d’avril 1915 où le vent mauvais se leva, gonflé de chlore ; mort invisible qui brûle les yeux, dévore les poumons, arrache la peau : traumatisme éternel pour l’humanité. Les chambres à gaz de la guerre suivante n’ont évidemment pas amélioré « l’image » du produit…

Disposant de la première industrie chimique du monde, ayant accumulé des stocks énormes de chlore, les Allemands accusèrent les Français d’avoir gazé les premiers et (re)lancèrent donc massivement la guerre chimique… vite imités par les vertueux alliés franco-anglais. Malgré les conférences du passé qui interdisaient toute arme chimique. En se pinçant le nez, la République l’utilisa ensuite pendant les guerres coloniales, enfumant les tribus récalcitrantes, tandis que l’impérial Japon tenta de perfectionner la nouvelle arme dans son immense terrain de jeu chinois des années 30.

Bizarrement, entre eux, les belligérants de la Seconde Guerre mondiale ne firent pas usage de ces nuages d’enfer et on fut obligé de jeter les millions de masques à gaz de l’an Quarante au placard de l’Histoire.

Le gaz est désormais frappé d’interdit par les bonnes âmes adeptes d’une guerre propre, remplie d’enfants broyés, de femmes coupées en deux et d’hommes-troncs hachés menu par de gentilles bombes. Ça, au moins, c’est de la guerre honnête, mon gars. Le gaz, beurk, c’est mal. Un truc de nazi. Les frappes chirurgicales, les drones voraces, les bombes incendiaires, OK boy !

Lisons Le Monde qui proclame, le mouchoir sur le nez : « Ce qui vient de survenir en Syrie dépasse largement le seul cadre de ce conflit, et même le périmètre du Moyen-Orient. Car l’emploi d’armes de destruction massive signifie qu’un tabou est brisé. La crédibilité des pays occidentaux, qui avaient parlé à des degrés divers de “ligne rouge”, est en jeu. »

Voilà que la « communauté internationale », c’est à dire les États-unis et Israël, veut encore attaquer un pays souverain, pour cause de gaz, gaz peut-être utilisé aussi par la rébellion islamique ! Le visage sombre, le regard moral, les Fabius, Hollande et consorts veulent punir les méchants, et dans l’usine à gaz du gouvernement Ayrault, ils ont trouvé un allié va-t-en-guerre de poids, les Verts, oui Monsieur, le parti militariste bien connu !

En attendant Jean-Vincent Placé en chef d’escadrille, Poutine et Assad doivent quand même bien se marrer !

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