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Syrie : que font des grenades suisses aux mains d’Al Qaida ?


 

Jeudi 30 mai 2013

La photo en gros plan d’une grenade Offensive OHG92 a été publiée mercredi dans le quotidien genevois Le Temps. Elle aurait été prise dans le nord de la Syrie par le photographe Guillaume Briquet. Ce dernier assure qu’il est extrêmement facile de se procurer ces « grenades à main fabriquées en Suisse ». Elles seraient vendues autour de 70 dollars près de l’ancien souk d’Alep. Le journal ajoute que ce matériel de guerre est aux mains des djihadistes du Front Al Nosra, dont le chef, Abou Mohammed Al Joulani, a prêté allégeance à Ayman al-Zawahiri, le chef d’Al Qaida, en avril dernier. L’information tombe plutôt mal, au moment même où les Nations unies préparent une conférence internationale sur la Syrie, qui devrait se tenir autour du 15 juin prochain à Genève.
L’utilisation en Syrie de grenades fabriquées par la société Ruag, un groupe d’armement appartenant à la Confédération, a été révélée, il y a quelques mois, par la SonntagsZeitung. Ces armes ont été vendues par la Suisse aux Émirats arabes unis (EAU) en 2004. Abu Dhabi étant l’un des plus gros clients de la Suisse. La neutralité de la Confédération ne l’empêche pas d’être un (petit) marchand d’armes, dont les exportations ont atteint 700 millions d’euros en 2011. Le problème, c’est que les Émirats n’ont pas respecté leur déclaration de non-réexportation d’armes. Une partie des 340 000 grenades Offensive OHG92 a ensuite été revendue à la Jordanie, sous prétexte d’aider ce pays… dans sa lutte contre le terrorisme. Ensuite, leur trace se perd dans les sables du désert. Les grenades seraient passées par la Turquie, avant d’entrer dans le nord de la Syrie tenue par les insurgés.
Ce n’est pas la première fois que les Émirats arabes unis achètent du matériel de guerre à Berne et le revendent ensuite à d’autres pays. Cela a été le cas pour des obusiers blindés M-109, cédés ensuite sans autorisation au Maroc. En clair, la Suisse ne maîtriserait guère ses ventes d’armes. Malgré les tromperies des EAU, Ruag, entreprise nationalisée, participait en février dernier à la foire militaire IDEX d’Abu Dhabi, révèle Le Temps. L’ordonnance sur le matériel de guerre précise que la Suisse ne doit pas accorder d’autorisation de contrat s’il existe un risque que les armes « soient transmises à un destinataire final non souhaité ». Parions qu’un front islamique lié à al-Qaida est à ranger dans cette catégorie.