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TOUT CHANGER POUR QUE RIEN NE CHANGE…par Richard Labévière



Personne ne peut justifier les atrocités commises en Syrie. Celles-ci sont organiquement le lot habituel des  guerres civiles, et que l’on ne nous dise pas qu’elles sont l’invention du seul régime de Damas. Depuis mars 2011, la crise a connu plusieurs phases.

Dans la foulée des séquences tunisienne et égyptienne, ce fut d’abord un mouvement social classique. En raison de la composition démographique du pays, il a rapidement pris une dimension confessionnelle, surtout parce que les Frères musulmans y ont vu une opportunité de revanche de l’échec de leur révolte armée de 1982. Depuis un an, à la fin de la grande prière du vendredi, les manifestants scandent : « les Alaouites dans la tombe, les Chrétiens à Beyrouth ! ». L’été 2011, des poches de guerre civile éclatent sur les 4 frontières : Jordanie, Irak, Turquie, Liban. En plus des déserteurs de l’armée syrienne, on voit ressurgir les groupes salafistes Jund al-Sham, Osbat al-Ansar et Fata al-Islam basés au Liban, financés par des mécènes et ONG du Golfe.

Dans leur approche émotionnelle, chancelleries et médias occidentaux continuent à nous vendre la fiction des bons contre les méchants, des démocrates contre les dictateurs, de la civilisation contre la barbarie… en commettant une nouvelle erreur : croire que la situation tient au seul Bachar al-Assad et qu’il finira par s’en aller comme l’ont fait Ben Ali et Moubarak. Dans la perspective d’une « bataille de Damas » qui ne sera pas un long fleuve tranquille, on s’achemine vers le pire des scénarios, celui d’une sanctuarisation de la montagne Alaouite et d’une partition du pays. Cette « libanisation fabriquée » débordera fatalement sur le pays du Cèdre, mais générera aussi une nouvelle déstabilisation d’un Irak tacitement allié à l’Iran. Les minorités chi’ites de la région ne resteront pas les bras croisés, y compris en Arabie saoudite. C’est le scénario des guerres balkaniques, qui  ont fait 300 000 morts.

La Balkanisation  est là, opposant frontalement les monarchies pétrolières sunnites – soutenues par les Etats-Unis et les Occidentaux – à l’Iran et au croissant chi’ite. Une guerre de l’empire global[1] <#_ftn1>  : il s’agit d’appliquer le plan américano-israélien et ses « délices » du néo-libéralisme à l’ensemble des Proche et Moyen-Orient. Sous administration Obama, le programme du « Grand-Moyen-Orient » des idéologues de l’administration Bush s’accomplit à la perfection : casser les derniers Etat-nations arabes, fragmenter les territoires et re-tribaliser les populations dont l’avenir se conjuguera entre la mosquée et Mc Donald’s. Leçon provisoire de l’histoire : les contre-révolutions arabes s’accomplissent au service de Washington. Frères Musulmans et Salafistes raflent la mise.

Richard Labévière

Rédacteur en chef de [email protected]
Auteur de « Quand la Syrie s’éveillera… ». Editions Perrin, janvier 2011.