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Tout espoir n’est pas perdu en Syrie, à condition que les Occidentaux y croient.


Quelle naiveté!

Les occidentaux n’ont pas lieu d’y croire puisqu’ils sont les instigateurs de cette guerre qui n’est en aucun cas « civile » mais  qu’un des aspects géo-économico-stratégiques de la tentative de remodeler le Proche et Moyen-Orient, projet cher au BAOS (bloc atlanto-occidentalo-sioniste) , afin de faire main-basse sur ses richesses et d’y imposer son diktat . Ceci au détriment des puissances en devenir(BRICS) et de leurs alliès locaux refusant l’hégémonie de l’Empire.

Nous avons mis des guillemets sur des éléments de langage propres à la pensée unique dont cette analyse n’est pas exempte dans l’esprit comme dans les mots.

Adel

Par Marcel Boisard

Ancien sous-secrétaire général des Nations unies, le Suisse Marcel Boisard considère que, sur la crise syrienne, la presse et les médias ont fait subir un « lavage de cerveau » à l’opinion publique.

L’opinion publique occidentale a subi un véritable « lavage de cerveau » : l’horrible « guerre civile » en Syrie est un peu plus compliquée qu’une lutte entre un méchant dictateur et des gentils rebelles.

Le 15 mai, l’Assemblée générale des Nations unies a voté une résolution présentée par le Qatar, avec l’appui de la plupart des Etats arabes et occidentaux, condamnant le « régime » syrien et appelant à une transition pacifique, par 107 voix pour, 12 contre et 59 abstentions.

Cette résolution n’est pas une victoire des « opposants », pour trois raisons. Elle a obtenu moins de voix que la précédente sur le même sujet, adoptée en août 2012 (133 voix pour). La Coalition de l’opposition n’est pas désignée comme « la seule représentante du peuple syrien », mais comme un « interlocuteur effectif et représentatif nécessaire pour une transition politique ». Enfin, les Etats favorables constituent vraisemblablement moins de la moitié de la population mondiale.

Parmi les pays qui se sont opposés ou abstenus, on trouve toutes les puissances émergentes du BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Deux cas singuliers sont intéressants : le Mali, temporairement débarrassé des islamistes par la France, s’est abstenu. L’Irak était absent lors du vote. L’étude des résolutions des Nations unies est illustrative.

L’ethnocentrisme occidental et la puissance financière des pétro-monarchies ont conduit à l’aveuglement. La presse en est partiellement responsable. Les révoltes arabes furent taxées de « printemps » par référence à l’histoire européenne. Elles furent prises pour « démocratiques » alors qu’elles étaient libertaires et socio-économiques.

Les régimes qui en ont hérité, en Egypte et en Tunisie, ont surpris par leur désir, attendu et justifié, d’introduire des valeurs islamiques. La Libye, pays du chaos s’étendant vers l’Afrique sahélienne, a presque disparu des écrans. Au lointain Yémen, le peuple est encore plus miséreux qu’avant.

La Syrie représente un enjeu plus complexe. Dans un premier temps, les « insurgés » gagnèrent largement la bataille de l’information. Ils continuent de compter sur l’appui des chaînes Al-Jazira et Al-Arabiya, outils de guerre financés par le Qatar et l’Arabie saoudite. Un obscur Observatoire syrien des droits de l’homme basé à Londres reçoit, des mêmes sources, les fonds nécessaires pour diffuser nouvelles et vidéos produites par les « insurgés ».

Réalistes et connaisseurs, le gouvernement et la presse en « israël », pourtant directement concernés, ont montré une réserve symptomatique, à l’exception des livraisons d’armes au Hezbollah. A l’inverse, par idéologie plutôt que par noirs desseins, l’opinion publique occidentale a subi un véritable lavage de cerveau. Les exemples sont foison. Ils sont parfois anecdotiques mais créent l’image. Au début, la plus célèbre « blogueuse » syrienne se proclamait lesbienne pour accroître l’intérêt des lecteurs potentiels. C’était un Américain. Le portrait de Zainab Al Hosni, symbole de la résistance, fut brandi pendant les premières manifestations. Son corps mutilé et décapité avait été remis à sa famille. Or, elle est réapparue à la télévision, bien vivante ! La presse occidentale dénonce unilatéralement. Les journaux sont abreuvés de statistiques mises à jour par une autorité inconnue. Les manifestations en faveur du « régime » sont rarement montrées. Elles seraient toujours contraintes, alors que celles des opposants sont spontanées. Inlassablement, il est rappelé que la contestation était initialement pacifique. Ce qui est partiellement inexact, puisque, dès le 10 avril 2011, des journalistes rapportèrent l’assassinat de membres des forces armées. Les exemples pourraient être nombreux dans les médias anglo-saxons également. Le comble fut sans doute cette photographie affichée par la BBC, montrant un adolescent sautant par-dessus un alignement de cadavres, suite au massacre attribué au « régime ». Le photographe italien qui a pris cette vue a protesté, disant qu’elle avait été prise en Irak, quelques années précédemment. Les ténors de l’intelligentsia française y sont allés de leurs élucubrations : « Des tueurs d’Al Assad [ont] lancé… non loin de la ville « rebelle » de Homs, des opérations aériennes avec utilisation de gaz toxiques », prétendait Bernard-Henri Lévy sur son site, en septembre 2011 déjà.

L’inévitable essayiste Caroline Fourest écrivait dans Le Monde du 25 février 2012 : « […] Des opposants au « régime » iranien affirment que leur gouvernement a fourni un four crématoire à son allié syrien. Installé dans la zone industrielle d’Alep, il tournerait à plein régime […]. » En revanche, ce qui est négatif pour l’opposition est occulté. Dans une lettre de mars 2012, une religieuse du diocèse de Homs cite des noms de victimes et de lieux où des exactions ont été commises. Elle décrit les procédés de nettoyage des minorités. Elle dénonce les manipulations de petits groupes terroristes. La seule réaction fut un article de Libération, qui la prétendait manipulée par le Front national. Il est maintenant reconnu que les « insurgés » commettent aussi des crimes abominables.

Les gouvernements occidentaux n’ont jamais cherché une possible solution pacifique au conflit. Les propositions d’Al Assad étaient taxées de « provocations », et les difficiles tentatives de médiation de l’ONU considérées comme mort-nées. Outre les condamnations et les menaces de fournir des armes aux « insurgés », la démarche principale fut d’accabler la Russie, dont la position est restée constante.

Même si le « régime » regagne du terrain, l’impasse militaire est totale. Russes et Occidentaux s’accordent pour tenter d’arrêter le carnage. En Turquie, la population, en particulier la minorité alévie de la même souche ismaélienne que les alaouites et comptant entre 15 et 20 millions d’âmes, n’appuie pas la politique de leur gouvernement. Isolées, les pétro-monarchies ne pourraient plus agir.

La négociation a une petite chance de commencer. Les opinions publiques doivent donc être plus objectivement informées pour soutenir ce processus délicat. L’aventure occidentale en Libye a pesé lourdement, en laissant les insurgés espérer une intervention étrangère et poussant inversement des Etats, dont la Chine et la Russie, à s’opposer à toute manoeuvre visant à changer un « régime ». L’erreur fut de comparer le président Al Assad à Kadhafi et d’exiger d’emblée son départ. La chute du président n’aurait rien changé, dans ce combat de communautés à la vie ou à la mort.

S’il est encore temps, le retour à la diplomatie, autour du mémorandum de Genève du 30 juin 2012, sera ardu mais resterait possible, malgré l’entêtement du « régime » et l’incurie de « l’opposition », qui ne contrôle pas les djihadistes. Après tant de violence, de haine et de sang, « les protagonistes ne voudront sans doute plus vivre ensemble. Les frontières politiques actuelles, imposées il y a un siècle par l’impérialisme franco-britannique, ne devraient pas être taboues. Les lignes de fracture sont déjà dessinées sur le terrain. Dans le pire des cas, des « cantons » sunnite, chiite, druze, kurde pourraient coexister et travailler ensemble à la reconstruction, après s’être mutuellement épuisés ».

Par Marcel Boisard – Le Temps
Genève, 28 mai 2013