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Trois filles d’Anvers parties faire le djihad en Syrie


simone lafleuriel-zakri

01/04/2014

Trois filles d’Anvers parties faire le djihad en Syrie
Des jeunes femmes aussi font « leur jihad matrimonial ». Un père raconte son calvaire.
1er avril 2014

C’était le mercredi 12 mars dernier, à l’aéroport de Zaventem. Trois jeunes femmes voilées de la tête aux pieds, mais le visage découvert, sont arrivées au comptoir de Turkish Airlines. Elles ont payé cash trois billets pour Istanbul.

L’une d’elles s’appelait Besime. L’autre, Selin. La troisième, d’origine marocaine, Yasmina, était la meneuse. Majeures, elles passèrent les douanes sans problème.

Leurs parents ignoraient totalement ce voyage. Besime Car, 19ans, était partie le matin même de chez elle en déclarant que Yasmina lui avait trouvé un travail. Son père était heureux de cette nouvelle. Arrivé en Belgique en1987, en provenance d’Aksaray en Anatolie centrale, Alican avait dû arrêter son travail de camionneur en2002 à cause d’un problème de dos. Sa fille cherchait du travail. Le soir pourtant, à 18heures, les parents s’inquiétèrent. Leur fille n’était pas rentrée. « Et pourtant , dit Alican, ma fille rentre tous les jours à 16 heures. » Le père est allé directement à la police d’Anvers pour signaler la disparition. On lui a dit d’attendre jusqu’au lendemain. Depuis, la mère a reçu trois messages vocaux de Besime, via l’application WhatsApp : « Maman, ne t’inquiète pas, je vais bien. » Et il y a deux jours, le père a reçu un long SMS, écrit dans un mélange de turc et de néerlandais, qui dit notamment ceci : « Nous vivons dans la dignité et l’honneur sous le drapeau d’Allah. Il n’y a pas une seule femme nue dans la rue. Tout le monde est recouvert jusqu’aux pieds et cela donne un apaisement […] Nous avons émigré du pays des infidèles. »

« Un jihad matrimonial »

Le départ des jeunes Belges vers la Syrie est largement connu. On a beaucoup moins parlé des jeunes filles qui partent rejoindre les jihadistes à l’arrière du front. Tétanisées par la guerre en Syrie, embrigadées dans des groupuscules radicaux comme Sharia4Belgium, elles vont en Syrie faire « un jihad matrimonial ». Car les combattants, selon cette interprétation déviante de l’islam, auraient besoin d’être mariés avant de devenir des martyrs.

Beaucoup de ces jeunes filles rejoignent l’Etat islamique de l’Irak et du Levant (EIIL), un groupe ultraviolent qui s’est replié sur la ville de Rakka au nord de la Syrie. Elles rêvaient de s’opposer au régime de Bachar Al-Assad. L’EIIL se bat en fait contre l’opposition syrienne. Leur rêve est de construire « un pays de Sham » où elles vivront un islam archaïque – comme ceux et celles qui espéraient à la fin des années 90 créer un Etat islamique en Afghanistan, avec les talibans.

Le père de Besime est aujourd’hui dévasté. « Quel est l’extrait du Coran où on dit qu’on peut enlever les enfants et leurs parents , dit ce père de trois fils et une fille. Mon foyer est complètement détruit et, dans mes rêves, je crie le nom de ma fille. »

Les vidéos d’Istanbul

Depuis le 12mars, le père est allé quatre fois en Turquie, à Istanbul, pour visionner les vidéos de l’aéroport, puis à Adana, où convergent la plupart des jihadistes se rendant en Syrie. Son épouse s’est évanouie deux fois, dont une au consulat de Turquie à Bruxelles.

« J ’ai vu ma fille sur les vidéos, mais aussi Yasmina et Selin. J’ai vu son visage. Sa valise était la mienne », dit-il.

A Adana, il a contacté tous les commandants locaux de la gendarmerie turque. En Belgique, la police fédérale l’a interrogé. Et il est lui-même allé au comptoir de la Turkish Airlines à Zaventem pour vérifier quand sa fille avait acheté son billet d’avion.

« De la Belgique , dit-il, j’attends un appui. Ma fille a été embrigadée. »

Mais le cabinet de Joëlle Milquet, ministre de l’Intérieur, affirme que la Belgique ne peut rien faire car sa fille est majeure. « Elle peut aller où elle veut, quand elle veut » , dit-on à l’Intérieur.

D’autres filles, parfois mineures, ont été envoyées en Syrie. Leur embrigadement s’est fait sur les réseaux sociaux comme Facebook. Elles partent par idéalisme. Mais sur place, on leur confisque leurs portables. Et les parents vivent un enfer.

30 mars 2

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