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Un blogueur russe condamné pour avoir appelé à « rayer la Syrie de la carte »


Société
Un blogueur russe condamné pour avoir appelé à « rayer la Syrie de la carte »

« Je ne sais pas qui a bombardé la Syrie aujourd’hui, mais qui que ce soit, je les salue chaleureusement. »
Le Courrier de Russie Le Courrier de Russie — publié lundi 3 octobre 2016

Lundi 3 octobre, le blogueur populaire russe Anton Nossik (n°7 en Russie) a été condamné par un tribunal moscovite à une amende de 500 000 roubles, pour avoir appelé à « rayer la Syrie de la carte ». C’est le titre d’un article posté le 1er octobre 2015 sur son blog LiveJournal, soit au lendemain des premiers bombardements russes sur le territoire syrien.
Anton Nossik
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« Je ne sais pas qui a bombardé la Syrie aujourd’hui, mais qui que ce soit, je les salue chaleureusement. Et s’ils pouvaient la faire carrément disparaître de la surface de la Terre, je n’aurais pas le moindre regret, je leur dirais juste merci » a écrit Anton Nossik, ajoutant que pour lui, « comme pour tout Israélien », la Syrie « avait été durant de nombreuses années un adversaire militaire tout à fait réel ». Anton Nossik possède la double nationalité, russe et israélienne.

Le blogueur a également comparé la Syrie à l’Allemagne nazie, soulignant qu’après que la République arabe syrienne a obtenu son indépendance, « le parti-national socialiste et les communistes se sont battus » pour siéger au parlement, « et les nazis l’ont emporté avec un énorme avantage ». « À qui d’autre peut-on comparer un pays ayant accueilli des criminels nazis afin de s’inspirer de leur expérience du génocide ? », poursuit l’article d’Anton Nossik. « Au cours des 70 dernières années, le Proche-Orient n’a vu venir de Syrie que des agressions, des guerres, du cannibalisme, de la dévastation et de la désolation. Jusqu’en 2011, ils ont exporté toute cette atrocité vers les États limitrophes ; et depuis 2011, ils récoltent la tempête qu’ils ont eux-mêmes semée. C’est bien fait pour eux, et il n’est pas question d’avoir la moindre pitié. Il ne reste qu’à miner toutes les issues, afin qu’ils n’exportent pas le djihad en Europe », écrit-il.

Le blogueur exprime sa joie « que nos avions [russes] aient bombardé les objectifs syriens ». « Les électeurs du Parti national-socialiste syrien obtiennent précisément ce pour quoi ils ont voté – tout comme leurs idoles allemandes, il y a 70 ans », affirme-t-il.

Anton Nossik se déclare encore satisfait que ce soient des avions russes, et non israéliens, qui participent à la campagne de Syrie. « Je me réjouis que l’armée israélienne ne dépense pas en sorties militaires de l’essence, qui coûte très cher là-bas. En Russie, l’essence coûte moins cher. Et il y a comme une sorte de justice suprême dans le fait que ce soient les Russes qui paient aujourd’hui bon marché – et pas les Israéliens un prix élevé – pour la destruction de l’infrastructure civile syrienne », poursuit le blogueur.

« Dézingue tout à coups de tapis de bombe, Vladimir Vladimirovitch [Poutine], te gêne pas, be my guest, conclut Nossik. Les enfants que tu auras envoyés dans l’autre monde te demanderont des comptes ? Perso, je ne crois pas à la vie après la mort, alors tu sais quoi ? Convertis-toi à l’hindouisme – ils ne te demanderont plus rien. Le messie viendra, et il ressuscitera qui il faudra, y compris les enfants syriens. Et ils ne poseront pas de questions idiotes, ils iront dans le jardin d’Éden pour l’éternité. »
« Extrémisme »
Anton Nossik

Le tribunal Presnenski de Moscou a reconnu Anton Nossik coupable d’extrémisme. Le juge Sergueï Naïdenov, en prononçant le verdict, a affirmé que Nossik « avait intentionnellement attisé l’hostilité et la haine envers le groupe des Syriens, selon un critère national et territorial.»

L’affaire pénale contre Anton Nossik a été ouverte en février 2016, selon le chapitre 1 de l’article 282 du Code pénal de la Fédération de Russie (incitation à l’hostilité ou à la haine, et également offense à la dignité des êtres humains). Le procureur avait demandé au tribunal de condamner le blogueur à deux ans de colonie pénitentiaire. Il a finalement écopé d’une amende de 500 mille roubles (environ 7 mille euros).

Anton Nossik, pour sa part, a refusé d’admettre sa culpabilité. « Ce n’est pas étonnant, mais je ne reconnais pas ma culpabilité », a-t-il déclaré. Il n’a pas non plus supprimé le post à l’origine de son procès : « Mon avocat m’a conseillé de le supprimer en signe de repentir actif, mais je ne me repens pas – ni activement, ni passivement. Et puis cela n’aurait aucun sens de le supprimer, vu que cet article est reproduit dix fois dans mon dossier pénal », a-t-il ajouté.

L’avocate du blogueur, quant à elle, a insisté pour dire que son client avait simplement « soutenu à sa manière, en fanfare, la campagne des forces armées russes », et demandé que l’affaire soit close pour absence de corps du délit.

Anton Nossik a précisé avoir l’intention de faire appel de sa condamnation.