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Veillée aux bougies en mémoire des victimes du terrorisme en Syrie


 / Nagedachtenis aan de slachtoffers van het terrorisme in Syrië – Bruxelles / Brussel 23.12.2012

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Beste vrienden,
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Ter ere en ter nagedachtenis aan alle slachtoffers van het terrorisme in Syrië, organiseert het Comité tegen Inmenging in Syrië een nachtwake op zondag 23 december 2012. Deze vindt plaats om 17 uur op het Albertinaplein (beneden aan de Koninklijke Bibliotheek naast het Centraal Station van Brussel). Breng een kaars en iets om deze te beschermen tegen de wind mee. Als je geliefden hebt verloren in de omstandigheden in Syrië, brengt dan hun foto mee…
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Stuur dit bericht naar zoveel mogelijk mensen en spreek met hen af om samen naar deze herdenking te gaan. Plaats het ook op uw blog, facebook en twitter.
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Dank bij voorbaat.
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Alexandra BIHAY voor het Comité contre l’ingérence en Syrie.
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[email protected]
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Chers vrais amis du peuple syrien,
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La Syrie connaît des troubles orchestrés par l’étranger depuis le 15 mars 2011. Mais, pendant près d’un an, les Syriens ont vécus fièrement comme si de rien n’était… Certes, Deraa et Homs avaient été touchées, certes, il y avait eu le massacre de Jisr al Choughour, certes, il y avait les morts et les assassinats depuis les premiers jours de cette prétendue “révolution”, certes il y avait la crise économique qui commençait à poindre son nez depuis bientôt quelques mois, certes il y avait les sanctions économiques et les pénuries de gaz et de mazout… Mais, les Syriens faisaient fi de tout cela et continuaient leur vie comme avant ! On continuait à manifester régulièrement contre les pays ennemis de la Syrie et pour soutenir le président et les alliés de la Syrie comme la Chine et la Russie dans un état d’effervescence indescriptible !!! C’était souvent la fête dans les rues de Damas !!! Bonjour les embouteillages !!!
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Et puis, il y a eu le 23 décembre… La veille de la Noël que les gens s’apprêtaient à fêter dans la joie et la chaleur du cocon familial… C’était un vendredi matin… Vers 10h, je crois, on a entendu un grand boum… Il a fallu quelques heures avant d’apprendre à la télévision qu’il s’agissait d’une explosion… Des dizaines de morts, des corps dans des états pas possibles, insoutenable… Je me souviens encore de cet homme à la tête à moitié arrachée… De ces autres corps sans bras ni tête… Pire encore, de ces amas de chair et d’organes dont on ne sait même plus à qui ils appartiennent… Le 23 décembre 2011, la vie a basculé en Syrie, on a plongé dans le terrorisme de masse qui n’en finit plus… Valse des explosion toutes plus meurtrières les unes que les autres, avec des charges allant jusqu’à une tonne d’explosifs !!! Explosions, kidnappings, assassinats, voilà le quotidien des Syriens à présent…
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Chers amis, en hommage et en mémoire de toutes les victimes du terrorisme en Syrie, le Comité contre l’ingérence en Syrie organise une veillée aux bougies ce dimanche 23 décembre 2012. Celle-ci aura lieu à 17h sur la place de l’Albertine (en bas de la bibliothèque Royale, à côté de la gare centrale). Apportez une bougie et de quoi la protéger du vent. Si vous avez perdu un proche dans ces circonstances en Syrie, apportez leur portrait…
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Nous comptons sur votre mobilisation… Je sais que l’on court toujours à la veille des fêtes, alors, de grâce organisez-vous afin de pouvoir être présents pour ne pas oublier ces morts… Votre présence est importante. Vous avez certainement, dans votre entourage, des gens qui sont émus du sort des Syriens en ce moment mais qui ne penseraient pas à se mobiliser pour que cessent ces massacres… Aidez-les à franchir le pas et invitez-les à venir à la veillée avec vous !!! Il est important que nous gagnions peu à peu en visibilité afin de pouvoir faire entendre notre voix et ne plus subir l’omerta des médias. Nous n’organiserons pas “trop” de manifestations publiques afin d’économiser vos forces. En revanche, soyez-là lorsque nous avons besoin de vous !!!
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N’hésitez pas à faire connaître notre mouvement en renvoyant ce mail à vos contacts ou en nous rejoignant sur la page facebook du Comité contre l’ingérence en Syrie.
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En annexe, vous trouverez un petit texte que j’avais écrit à chaud au mois de février dernier, lorsque les explosions n’ont plus uniquement eu lieu le vendredi matin… (les deux bâtiments dont je parle dans ce témoignage ont été touchés par des explosions eux aussi par après…)
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Au nom des Syriens et de la Syrie souveraine, nous vous remercions d’avance pour votre présence et votre mobilisation,
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Alexandra BIHAY pour le Comité contre l’ingérence en Syrie
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[email protected]
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L’effet des bombes…
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Je vous écris aujourd’hui à propos de quelque chose dont vous n’entendrez probablement pas parler dans les médias, tout simplement parce qu’il n’y a rien à montrer : les bombes sonores.
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Une bombe sonore, c’est comme une vraie bombe : ça vous réveille avec le même bruit le matin et ça se propage à la même vitesse. Je parle de la nouvelle : en quelques minutes, les gens n’ont plus que ce mot à la bouche, INFIJAR ! Je le déteste, ce mot, de tous ceux qui font partie du nouveau vocabulaire que j’ai appris cette année (armes, terroristes, voiture piégée, sanctions économiques, etc.), c’est le pire…
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J’ai fait une fausse manipulation avec mon réveil, ce matin, et je suis donc un peu en retard. Finalement, c’est une explosion qui me réveille. Aller à l’école ou ne pas aller à l’école ? Laisser mon mari aller au travail ou ne pas le laisser y aller ? Telle est la question ce matin. A priori, s’il y a une explosion, il faudrait se dire “c’est fait”, et donc le danger est passé… jusqu’à la prochaine. Sauf que… Sauf que, il y a peut-être une autre explosion de prévue, comme les autres fois. Le mieux serait de ne pas sortir… Sauf que les finances sont mauvaises en ce moment et qu’il me faut aller travailler. En plus, j’ai une classe qui a examen après-demain, je ne peux pas les laisser sans révisions.
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En général, je n’ai pas peur pour moi, mais pour mon mari. Il m’a demandé de le réveiller ce matin pour pouvoir travailler double aujourd’hui : hier, à cause du changement de coupures d’électricité, il n’a pas pu se rendre à son travail. Je pourrais ne pas le réveiller et le laisser y aller en retard… Mais il risque de m’en vouloir beaucoup. Je le réveille tout de même en lui demandant de faire attention à lui sur le chemin… Insh’allah…
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J’achète généralement un petit en-cas avant de prendre mon micro (microbus ou vans “Mitsubishi” de 14 places qui font offices de transports en communs principaux dans toute la Syrie). Un peu à côté de la plaque, je ne salue même pas le vendeur. Il y a trois ou quatre personnes dans le magasin. J’entends qu’on prononce le nom d’un place ; je demande “c’est où ?” sans autre préambule. Bien sûr, personne n’a besoin de traduction pour savoir que ça veut dire “c’est où l’explosion ?”… Le vendeur me répond que c’est aux “Mouhafazza”. Je connais cet endroit, mais impossible de me rappeler où ça se trouve…
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Comme je suis un bon quart d’heure/vingt minutes en retard, il y a beaucoup de trafic… La tension monte (la mienne) : au moins, quand ça roule de manière fluide, on ne reste pas trop longtemps à la même place, c’est plus rassurant, surtout quand on passe près d’un bâtiment “à risque” (c’est facile à repérer, ce sont ceux où il y a des soldats ou des policiers secrets en nombre devant). Le premier bâtiment, j’avais oublié qu’il était sur mon chemin. Je change de micro à Jissr Raïs. Une femme parle avec un proche au téléphone. De l’infijar, bien sûr. On apprend ainsi qu’heureusement, il n’y a personne de touché. N’empêche, en passant devant le second bâtiment à risque (celui qui m’a fait hésiter à prendre la route), je dis intérieurement au chauffeur “yalla, yalla, avance”… Ouf, c’est passé.
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Je ne suis pas quelqu’un de peureux mais j’ai clairement conscience quand quelque chose est potentiellement dangereux (même si, statistiquement, aujourd’hui, il y avait peu de probabilités 1° qu’il y ait une deuxième explosion, 2° que ce soit devant l’un des bâtiment où je dois passer, 3° que ce soit justement au moment où j’y suis). Je ne suis pas stressée en ce moment, du moins pas consciemment. Et, finalement, je suis arrivée à bon port à l’école. Seulement, voilà, l’effet à retardement de cette histoire : j’arrive un peu hébétée à l’école (j’ai oublié mon téléphone à la maison, la montre du micro indique 10:56, oups, je suis en retard… mais je m’en fout complètement). Je songe à ce qu’il faut faire : demander à la secrétaire si je peux passer un coup de fil à mon mari pour lui dire que tout va bien puisque j’ai oublié mon portable (surtout, si je suis en retard, ils ont peut-être appelé et il doit être inquiet).
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Finalement, je ne suis pas en retard, la montre du chauffeur était mal réglée. J’ai donc le temps de passer à la salle des profs. Dans la cour, j’entends deux collègues s’échanger les nouvelles : aïe, ce mot qui me vrille la tête, infijar ! Je suis un peu livide. Mes collègues me demandent si ça va ; ils ne savent encore rien, je commence plus tard le lundi. Je dis que oui, ça peut aller, et je lâche l’info. “C’est où ?” “Aux mouhaffaza. C’est donc à Merje, une place où il y a beaucoup de bâtiments officiels (à deux pas de la citadelle pour ceux qui ont déjà eu le privilège de visiter la Syrie, une place connue pour ses pâtisseries- même si ce ne sont pas les meilleures- et pour ses traducteurs). “Merde, ça peut être n’importe où et n’importe quel jour, maintenant !” : je lâche un gros mot même devant mon manager… Il reste trois minutes avant d’entrer en classe… Je ne me sens pas capable… Je me sens toute petite, comme un enfant qui a juste envie de chialer… Ce que je fais, finalement. Je crois que c’était nécessaire pour évacuer le stress…
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Mais, je vous ai dit que j’étais plutôt PAS stressée en ce moment. Quel stress, alors ? Quel stress qui peut vous faire fondre comme un gamin en quelques secondes alors que votre cerveau est tout à fait capable d’analyser froidement la situation et qu’il n’y a absolument RIEN ? Le stress sans doute des explosions précédentes : il n’y a rien à faire, on sursaute au moindre bruit fort. Le stress des bruits de coups de feu qu’on entend le vendredi après la prière ou la nuit (au loin, parfois un peu plus proche). Le stress des cauchemars que l’on fait, même si j’évite de regarder la télévision, ça travaille quand même le cerveau quand on dort… Le stress de toutes ces horreurs que l’on entend hors de Damas, les dernières histoires de ces tribunaux islamistes à Homs, qui ordonnent d’égorger les gens comme des animaux, pire que dans le pire film d’horreur…
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Le stress du portefeuille vide : certes, j’ai encore les cours à l’école, à mi-temps, mais j’ai perdu tous mes cours d’adultes de mon autre mi-temps (les gens ont peur de sortir, pas d’argent pour du superflu). Quant à mon mari, il va chaque jour à son travail (profession libérale) mais il dit lui-même qu’il fait “du yoga”. Le stress des prix qui grimpent : “quoi ? 100 livres ? Mais c’était 90 la semaine dernière !” (Et seulement 50 avant la crise.) Le “bête” stress quotidien des coupures d’électricité : quand je peux faire une machine à laver ? quand je peux cuisiner ? quand je peux prendre une douche ET me sécher les cheveux ?, etc.
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Rien de tout  cela n’est bien grave, ni vraiment anxiogène à y regarder, mais voilà, jour après jour, ça s’additionne et ça travaille les nerfs insidieusement… Alors, oui, ça marche, il suffit de faire une “fausse” explosion pour faire perdre leur sang froid aux gens, pour essayer de faire plier leur moral…
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Mais la Syrie et les Syriens sont comme le roseau de Pascal : certes, nous plions à chaque explosion, nous plions à chaque martyr qui paye de sa vie, nous plions à chaque établissement qui doit fermer la porte à cause des effets des sanctions économiques… Mais, comme le roseau, Messieurs Juppé et consort, nous plierons mais ne romprons pas !!!
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D’ailleurs, je terminerai sur la note positive de la journée : j’ai vu plein d’étals de camelots remplis… de maté* !!!  Alhamdoullillah fi mate… (Par la grâce de Dieu, il y a du maté !)
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* maté : herbe d’Amérique du Sud, courament consommée par certaines franges de la population en Syrie sous forme d’”infusion”, qui était devenue indisponible depuis environ un mois.
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