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Y a-t-il encore une diplomatie française ?


 Avons-nous encore une diplomatie ?

La France ne veut pas que l’Iran participe à la conférence internationale en projet sur la Syrie, a affirmé vendredi le ministère français des Affaires étrangères, alors que Moscou, allié de Damas, a demandé au contraire la présence de cet autre grand soutien de la Syrie.

« En ce qui nous concerne, en tous les cas, (nous ne voulons) pas de l’Iran » à la conférence souhaitée par Moscou et Washington et prévue pour le mois de juin à Genève, a souligné le porte-parole du Quai d’Orsay, Philippe Lalliot, lors d’un point de presse.

« La crise syrienne, par contagion, touche toute la zone. Il y a un enjeu de stabilité régionale, on voit mal qu’un pays (l’Iran) qui représente une menace pour cette stabilité participe à cette conférence », a-t-il ajouté.

La Russie a affirmé jeudi qu’elle voulait que l’Iran et l’Arabie saoudite soient invités à la conférence, considérant ces pays comme deux acteurs clés pour trouver une solution politique à la crise syrienne. 

Après avoir effectué un revirement spectaculaire de sa position, souligné ironiquement par la presse, pour courir après les efforts russo-américains en vue de l’organisation  d’une conférence internationale pour mettre au point une solution négociée du conflit syrien (Il y a seulement quelques jours nos dirigeants ne voulaient pas entendre parler d’un dialogue entre le gouvernement et « l’opposition » et proposaient d’armer les mercenaires, même contre la volonté de l’UE) . La France, par la voix de M. Philippe Lalliot, porte-parole du Quai d’Orsay déclarait vendredi dernier qu’elle s’opposait à la présence de l’Iran à cette réunion au prétexte que c’était un pays perturbateur de la région qui n’avait pas sa place dans une conférence cherchant à apaiser le Moyen-Orient.

Comment peut-on envisager un seul instant de régler la crise syrienne sans impliquer l’Iran ?

Il n’y a plus de réflexion géopolitique mais des foucades idéologiques au Quai que les diplomates chevronnés sont chargés de mettre en œuvre. Une négociation doit évidemment se dérouler entre les acteurs du conflit, dès lors qu’ils ont accepté de parler après une médiation, en l’occurrence russo-américaine.

 Dans cet esprit,  la France s’opposerait aussi à la présence de l’opposition réelle, celle de l’intérieur, pour n’accepter que les pantins qui ne représentent qu’eux-mêmes et qui  ont étés « élus » par elle comme seuls représentants légitimes des Syriens !

Allons encore plus loin, elle s’opposerait à tous ceux qui ne partagent pas ses vues, donc non seulement Bachar El Assad mais aussi tout représentant du gouvernement.

Si l’Amérique a finalement accepté de réunir avec la Russie une conférence internationale sur les bases de la déclaration de Genève du 30 juin 2012, c’est parce qu’elle sait que le gouvernement ne tombera pas car il est solide, soutenu de l’intérieur et de l’extérieur, que son Armée est restée soudée et disciplinée aux ordres de ses chefs. Les experts militaires savent qu’une armée qui fait preuve d’une telle cohésion face aux attaques multiples bénéficie du soutien populaire, et que son comportement mesuré et proportionné face aux atrocités prouve qu’elle est  encadrée par des chefs issus de la population qui font corps avec elle.

C’est avec les  ennemis, ou ceux considérés comme tels, qu’on discute pour trouver un arrangement de paix et, dans le cas syrien, on voit mal comment l’Iran ne pourrait pas être appelé à la table des négociations, de même que l’Arabie saoudite, qui n’était pas partie prenante de Genève, ainsi que la Turquie, base de départ et de repli des rebelles.

Il faut revenir aux réalités et cesser de poursuivre la chimère d’imposer à la Syrie une solution concoctée avec des « opposants » coupés de leur pays depuis des lustres, qui n’ont d’existence politique que celle que la France et certains pays du Golfe veulent leur donner. Le droit international est sans cesse bafoué par ces prétendus Conseil ou Coalition national(e), ou ce pseudo Premier Ministre trouvé au Texas qui voudraient s’arroger les prérogatives du vrai gouvernement de la Syrie.

Les vrais opposants à Bachar El Assad ne sont pas en priorité  les acteurs, pour la plupart extrémistes islamisés sur le terrain, qui ne sont que des intermédiaires, mais les nations hostiles à un gouvernement qui n’obéit pas à leurs choix et alliances. L’Amérique en était mais elle a montré sa volonté d’en finir avec ce conflit et l’annonce clairement au monde en s’entendant avec la Russie (et indirectement avec la Chine). Que John Kerry, après avoir fait des déclarations mesurées sur l’avenir du Président syrien se soit trouvé obligé sous les pressions de prôner son départ n’a pas de réelle importance, car il est clair qu’il n’y a pas de solution à la crise sans lui, au moins jusqu’à l’élection de 2014 quand les Syriens choisiront démocratiquement leur président. Pas un négociateur du gouvernement à cette conférence n’accepterait son départ, mais il est certain aussi que les négociateurs de la pseudo opposition qui le souhaiteraient ne seront pas majoritaires du fait de leurs désunions.

Alors notre diplomatie devrait descendre de son nuage idéologique pour comprendre le nouveau monde en train de naître. Avec sans doute encore des péripéties dramatiques, la crise syrienne sera réglée par la négociation parce que les forces principales du nouveau monde en ont besoin. Genève II devra inclure l’Iran sinon elle échouera et Bachar El Assad  restera jusqu’à l’échéance électorale de 2014.

Ensuite, les négociations entre Américains et Iraniens avanceront rapidement vers une solution négociée du contentieux nucléaire et, là encore, notre diplomatie a un effort à faire pour comprendre où sont les intérêts de la France.

 20 mai 2013

Alain Corvez
Conseiller en stratégie internationale

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