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La Russie accuse l’Occident de saboter le plan de paix, et les insurgés de violer la trêve.


Par Louis Denghien, le 17 avril 2012 

 

Par la bouche de S. Lavrov, c’est la Russie, et au-delà tout l’axe mondial anti-ingérence, qui lance un avertissement sans frais à l’Occident libéral-gauchiste

Au premier rang pour le soutien à la Syrie, la Russie s’est engagée à fond en faveur du plan de paix défini par l’ONU et la Ligue arabe et négocié par Koffi Annan. C’est son engagement, qui a entraîné celui de la Chine, qui a permis l’adoption du dit plan par le Conseil de sécurité, puis, plus récemment a autorisé l’envoi d’une mission d’observation un cessez-le-feu en Syrie.

Toute ressemblance avec des personnages ou situations ayant existé….

Or, ce mardi 17avril, en ce sixième jour de cessez-le-feu théorique, la Russie, plus exactement le chef de sa diplomatie Sergueï Lavrov, élève la voix, et pas n’importe où, puisqu’il s’exprime sur la télévision d’Etat russe. Pour dénoncer les « ingérences extérieures » qui tendent à saboter le processus de paix. Et désigner  les coupables : les opposants syriens et « les forces extérieures qui les soutiennent« . Sergueï Lavrov ne les nomme pas expressément, ces forces extérieures, mais tout le monde sait de qui il parle.

« Ceux qui ont prédit depuis le début un échec du plan Annan font tout pour que cette prophétie se réalise. Ils le font en livrant des armes à l’opposition syrienne et en encourageant l’activité des rebelles qui continuent d’attaquer quotidiennement à la fois des installations gouvernementales et civiles. Bien sûr, les forces gouvernementales prennent des mesures pour répondre à de telles provocations et le résultat est que les choses ne se passent pas encore très bien« .

Ces propos de Sergueï Lavrov constituent, outre une analyse objective de ce qui se passe en ce moment sur le terrain, un avertissement très net, non pas tant aux fantoches milliardaires du Golfe – les « livreurs d’armes » – qu’aux puissances occidentales qui continuent, après avoir sommé Damas d’accepter le plan Annan, de soutenir les extrémistes du CNS, de nier ou relativiser les responsabilités des bandes armées dans la perpétuation de la violence, dénoncent quotidiennement la duplicité du gouvernement syrien et prophétisent tout haut l’échec du processus de paix engagé.

Ces puissances occidentales, Lavrov ne les nomme pas d’avantage, mais elles ne peuvent que se reconnaître encore dans cette « évocation » que fait le ministre russe des Affaires étrangères : « Il y a des pays, il y a des forces extérieures qui ne sont pas intéressées par un succès des efforts du Conseil de sécurité, qui essaient de remplacer le Conseil de sécurité par des groupes informels comme les « Amis de la Syrie » (…) et qui ce faisant, encouragent l’opposition syrienne à ne pas coopérer avec le gouvernement en mettant en oeuvre le cessez-le-feu et le dialogue qui en découlera« .

En quelques phrases, Sergueï Lavrov a donc tout dit, sans jamais donner de noms : les bandes armées ASL et/ou salafistes qui continuent d’attaquer, de saboter et d’assassiner, cinq jours après la proclamation par Damas de l’arrêt de ses opérations ; le CNS qui refuse de dialoguer comme il est en principe prévu qu’il le fasse avec le gouvernement légal ; le Qatar, l’Arabie séoudite et la Turquie qui arment, équipent ou hébergent les bandes armées ; les Américains et leurs laquais européens qui dénigrent le plan Annan, diffament le gouvernement syrien, portent à bouts de bras un CNS rejeté par la majorité des opposants syriens via leurs happenings diplomatiques de Tunis et d’Istambul.

Cette déclaration bien sentie du chef de la diplomatie russe est une énième confirmation de ce que la Russie, et avec elle une moitié du monde, n’est dupe de rien, et ne tolérera pas d’avantage qui puisse déstabiliser la Syrie – ou l’Iran d’ailleurs. Et qu’il y a une ligne rouge à ne pas franchir. Une ligne rouge qui passe justement par le territoire de la Syrie.

Décidément, Stéphane Hessel, Jane Birkin et autres étoiles bobos manipulées par les officines et leur propre bêtise peuvent bien agiter ce soir leurs grotesques chiffons blancs place du Trocadero : Les Russes sifflent la fin de la récréation en Syrie !

On est sorti, dans la douleur, de l’hégémonisme américano-centré de ces vingt dernières années, et ce en quelques mois à peine. La Syrie ne sera décidément pas un nouvel Irak, et le monde ne sera plus le même.