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Assassinat de Soleimani : la presse américaine révèle les mensonges de Trump


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Assassinat de Soleimani : la presse américaine révèle les mensonges de Trump
par lecridespeuples

Nouveaux mensonges sur l’Iran : la Maison Blanche dépassée à mesure que de nouveaux faits émergent

Par Philip Giraldi*,

Source : Strategic Culture, le 13 février 2020

Traduction : lecridespeuples.fr

Certes, le cycle d’informations aux États-Unis dure rarement plus de 24 heures, mais cela ne devrait pas servir d’excuse lorsqu’une histoire majeure qui contredit ce que prétend l’administration Trump apparaît et disparaît tout aussi soudainement. Le public qui s’intéresse à ces informations pourrait se rappeler qu’il y a un peu plus d’un mois, les États-Unis ont assassiné un haut responsable iranien du nom de Qassem Soleimani. Tuer ouvertement quelqu’un qui appartient au gouvernement d’un pays avec lequel on n’est pas en guerre est pour le moins inhabituel, en particulier lorsque le crime est perpétré dans un autre pays avec lequel l’auteur et la victime entretiennent tous deux des relations amicales. La justification fournie par le Secrétaire d’État Mike Pompeo au nom de l’administration était que Soleimani était en Irak en train de planifier un massacre « imminent » d’Américains, pour lequel aucune preuve supplémentaire n’a été fournie à ce moment-là et jusqu’à ce jour.

Il est rapidement apparu que Soleimani était en fait à Bagdad pour discuter avec le Premier ministre irakien Adel Abdul Mahdi d’un plan qui pourrait conduire à la désescalade du conflit en cours entre l’Arabie Saoudite et l’Iran, une réunion dont la Maison Blanche était apparemment au courant, et qu’elle avait peut-être même approuvée. Si tel est le cas, le déroulement des événements tel qu’il est révélé au fur et à mesure suggère que le gouvernement américain aurait pu encourager Soleimani à faire son voyage afin qu’il puisse être piégé et tué. Donald Trump a par la suite rejeté l’absence de toute corroboration de l’histoire de « menace imminente » colportée par Pompeo, en déclarant que de toute façon, cela importait peu car Soleimani était un terroriste qui méritait la mort.

L’incident qui a déclenché le cycle de mort qui a finalement fait périr Soleimani aurait commencé avec une attaque contre une base américaine en Irak le 27 décembre, dans laquelle quatre soldats américains et deux Irakiens ont été blessés, tandis qu’un entrepreneur américain (un traducteur d’origine irakienne) a été tué. Les États-Unis ont immédiatement blâmé l’Iran, affirmant que l’attaque avait été commise par une milice chiite pro-iranienne appelée Kata’ib Hezbollah. Washington n’a fourni aucune preuve à l’appui de cette affirmation, et a exercé des représailles en frappant une base des Kata’ib, tuant 25 Irakiens qui étaient en train de combattre les résidus de Daech. Les miliciens avaient été incorporés à l’armée irakienne, et cette réponse disproportionnée a conduit à des émeutes à l’extérieur de l’ambassade des États-Unis à Bagdad, qui ont également été imputées à l’Iran par les États-Unis. Il y a ensuite eu les assassinats de Soleimani et de neuf officiers supérieurs de la milice irakienne. L’Iran a riposté en tirant des missiles sur les forces américaines, blessant plus d’une centaine de soldats. Immédiatement après l’attaque, Téhéran a abattu par erreur un avion de ligne, tuant 176 personnes supplémentaires. En conséquence, en raison du meurtre par les États-Unis de 34 Irakiens dans les deux incidents, le Parlement irakien a également voté l’expulsion de toutes les troupes américaines.

Il semble maintenant que la mort initiale de l’entrepreneur américain qui a déclenché le conflit n’a pas du tout été commise par Kata’ib Hezbollah. Une équipe d’enquête de l’armée irakienne a rassemblé des preuves convaincantes indiquant qu’il s’agissait d’une attaque organisée par Daech. En fait, le gouvernement irakien a démontré que Kata’ib Hezbollah n’était même pas présent dans la province de Kirkouk, où l’attaque a eu lieu, et ce depuis 2014 ! Il s’agit d’une région fortement sunnite où les chiites ne sont pas les bienvenus, et où les sunnites de Daech sont plutôt bien accueillis. C’est en fait l’un des lieux de fermentation d’origine de ce qui allait devenir Daech.

Cette nouvelle évolution a été rapportée dans le New York Times dans un article sous-titré : « Les États-Unis se sont-ils trompés au sujet d’une attaque qui a presque déclenché une guerre avec l’Iran ? Les responsables militaires et des renseignement irakiens ont émis des doutes quant à l’identité du groupe à l’origine des tirs de roquettes qui ont déclenché une spirale d’événements dangereuse. » Malgré la nature sensationnelle du rapport, il a généralement été ignoré dans les informations télévisées et dans les autres médias grand public, laissant l’administration Trump s’en tirer avec un autre gros mensonge, alors qu’il aurait facilement pu conduire à une guerre avec l’Iran.

Les enquêteurs irakiens ont trouvé et identifié le pick-up Kia blanc abandonné avec à son bord le lance-roquettes Katyusha improvisé qui a été utilisé pour lancer l’attaque. Il a été découvert sur une route déserte à portée de la base conjointe irako-américaine K-1 qui a été touchée par au moins dix missiles le 27 décembre, dont la plupart ont frappé la zone américaine.

Il n’y a aucune preuve directe liant l’attaque à un groupe particulier, et le camion improvisé KIA est utilisé par toutes les parties dans les combats régionaux. Mais les responsables irakiens soulignent le fait incontesté que c’est Daech qui a mené trois attaques distinctes près de la base au cours des 10 jours précédant le 27 décembre. Et il y a des informations selon lesquelles Daech aurait été de plus en plus actif dans la province de Kirkouk au cours de l’année écoulée, menant des attaques quasi quotidiennes avec des bombes artisanales improvisées et des embuscades à l’aide d’armes légères. En fait, des rapports des services de renseignement irakiens avaient été partagés avec le commandement américain, avertissant qu’il pourrait y avoir une attaque de Daech contre la base K-1 elle-même, qui est une base aérienne irakienne partagée avec les forces américaines.

Les informations sur l’attaque ont été partagées avec les enquêteurs américains, qui ont également examiné la camionnette. Le New York Times rapporte que le commandement américain en Irak continue d’insister sur le fait que l’attaque a été menée par les Kata’ib, sur la base d’informations (y compris des interceptions de communications) qu’il refuse de rendre publiques. Les forces américaines n’ont peut-être pas partagé les informations dont elles disposent avec les Irakiens, craignant qu’elles ne soient divulguées à l’Iran, mais les officiers supérieurs irakiens sont néanmoins perplexes devant la réticence à se confier à un allié.

Si l’enquête irakienne sur les faits entourant l’attaque de K-1 en décembre est avérée, les actions téméraires de l’administration Donald Trump en Irak fin décembre et début janvier ne peuvent être justifiées. Pire encore, il semblerait que la Maison Blanche cherchait une excuse pour attaquer et tuer un haut responsable iranien afin d’envoyer une sorte de message, une provocation qui aurait facilement pu entraîner à une guerre qui ne profiterait à personne. Il est évident que l’administration Trump a menti tant de fois à propos des développements au Moyen-Orient qu’on ne peut plus lui faire confiance. Malheureusement, exiger des comptes à l’équipe Trump nécessiterait un Congrès prêt à assumer sa responsabilité pour connaître la vérité au sein du gouvernement, et des médias prêts à faire face à une administration qui punit régulièrement quiconque ou toute entité qui ose la contester. Telle est la triste réalité aux Etats-Unis aujourd’hui.

Voir notre dossier sur l’assassinat de Soleimani et ses suites.