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Ce qu’a dit Qadri Jamil et ce qu’ont voulu lui faire dire les médias anti-syrien


 
Le gouvernement syrien est prêt, dans le cadre d’une négociation complète et honnête avec l’opposition, à examiner toutes les questions.

Qadri Jamil

En triturant une phrase de Qadri Jamil, les médias français ont donné une nouvelle preuve de leur professionnalisme en matière de trucage et de leur appétence intacte pour le sensationnalisme mensonger. Autant de qualités déjà « rodées » avec l’Irak, la Yougoslavie ou plus récemment la Libye….

Parce que lors d’une conférence de presse à l’occasion de sa visite à Moscou, le vice-Premier ministre et ministre de l’Économie Qadri Jamil a dit que le gouvernement syrien était prêt, dans le cadre d’une négociation complète et honnête avec l’opposition, à examiner toutes les questions y compris l’éventualité d’une démission de Bachar al-Assad, la presse occidentale et singulièrement française nous bâtit une nouvelle fable médiatique anti-syrienne, non seulement isolant mais déformant les propos du ministre.

Ce dernier n’a pourtant pas fait dans l’ »ambigüité interprétable » : « Notre position concernant le règlement de la crise était claire dès le début, et cette position insiste sur la nécessité d’aller au dialogue sans conditions préalables ». Et donc, pas question d’envisager un départ du président syrien comme préalable à ces éventuelles négociations avec l’opposition. En revanche, a bien reprécisé Jamil, la cessation des violences de la part des groupe armés et le refus par les instances politiques de l’opposition de toute ingérence étrangère sont, eux, des conditions sine qua non à l’acceptation par le gouvernement syrien d’un dialogue national.

Les médias français se sont jetés sur cette phrase de Qadri Jamil : « Pendant le processus de négociations, rien n’empêche d’étudier toutes les questions et nous sommes prêts à examine même cette question (du départ éventuel du président syrien) ». Ce faisant, le ministre voulait démontrer la bonne volonté de son gouvernement, dans le cadre de négociations. Il a d’ailleurs apporté une restriction immédiate en déclarant que poser « la démission (de Bachar) comme condition pour ouvrir un dialogue signifie qu’il est impossible d’ouvrir le dialogue« . Et là, précisément, le vice-Premier ministre syrien visait le CNS et autre radicaux, qui veulent le départ de Bachar AVANT d’ouvrir la moindre négociation.

Le vrai scoop de Jamil : Accord pétrolier syro-russe imminent

Bref, les rédactions militantes et sensationnalistes de Paris et d’ailleurs ont fait dire à Qadri Jamil ce qu’il n’avait pas dit, et encore moins pensé, histoire d’entretenir leur roman permanent de l’inéluctable chute du pouvoir syrien, ce alors qu’un représentant du dit pouvoir est à Moscou pour finaliser un accord avec la Russie pour y exporter sa production de pétrole brut afin de faire tourner son économie et son armée. Or cet accord est sur le point d’être signé : « C’est un accord de principe qui a été trouvé au cours de notre dernière visite (à Moscou) » a indiqué Qadri Jamil au cours de sa conférence de presse, suite à ses entretiens avec Sergueï Lavrov. « Je pense que, dans un avenir proche, nous allons achever la phase préparatoire et passer à l’accord proprement dit pour les livraisons de pétrole et de produits pétroliers » a-t-il ajouté.

Cet accord, qui soulagera la Syrie des conséquences de l’embargo euro-américain sur les produits pétroliers syriens, c’était cela le vrai scoop de ce séjour moscovite de Qadri Jamil. Cette solidarité russe avec la Syrie – « Nos amis russes sont disposés à satisfaire nos besoins » a même précisé Jamil – ne se dément décidément pas, et elle ne s’exprime pas seulement par des vétos au Conseil de sécurité ou des livraisons d’hélicoptères de combat.

Pour d’évidentes raisons partisanes, les médias français ont préféré fabriquer un autre scoop, plus conforme à leurs attentes, quitte à solliciter – on est gentil – les propos du ministre sur les conditions d’un dialogue national en Syrie.

Encore une belle leçon de déontologie et de sérieux : du Figaro à Libération, en passant par I-Télé et France 24, les médias d’ici continuent de faire ce qu’ils faisaient au moment des conflits d’Irak et de Yougoslavie : de la pure propagande de guerre, où ni la vérité ni la nuance ne font partie du cahier des charges