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Changement climatique : l’Irak, l’Iran et la Syrie suffoquent, le monde retient son souffle


Publié par Gilles Munier sur 1 Juin 2022, 09:24am

Catégories : #Irak, #Kurdistan

Zoubeyr, chef d’entreprise albigeois, est resté bloqué deux jours à son hôtel à Erbil, pendant la tempête de sable.

Par Béatrice Dillies (revue de presse : La Dépêche.fr – 30/5/22)*

Neuf tempêtes de sable en Irak et trois en Iran en cinq semaines, des milliers d’hospitalisations, la Turquie qui fait barrage sur le Tigre et l’Euphrate… Le changement climatique accroît les risques de drames humains et politiques.

Zoubeyr Mahy, le président de l’association franco-kurde d’Occitanie, n’avait jamais vu ça. Tout juste rentré d’Irak, il regarde les photos de la région autonome du Kurdistan sur son portable. Difficile d’apercevoir les nombreux immeubles en construction à Erbil, la capitale kurde, tant le nuage ocre est intense sur la ville.

«?J’ai vécu jusqu’à l’âge de 28 ans au Kurdistan. Je n’avais jamais connu une tempête de sable?», se souvient le chef d’entreprise albigeois, troublé par la sécheresse qui frappe de nombreux pays du monde en ce moment, et pas seulement au Moyen-Orient.

Quatre ans après la sortie du film Dune, les tempêtes de sable étaient encore de la science-fiction, dans les années 80, au Kurdistan et un phénomène rare dans le reste du pays. Comment se fait-il alors que, 35 ans plus tard, l’Irak prenne des allures de planète Arrakis tous les trois à quatre jours, au printemps??

La tempête qui a balayé le pays les 23 et 24 mai avant de gagner l’Iran, l’Arabie saoudite et le Koweït était la neuvième en cinq semaines, neuf épisodes d’une ampleur inégalée qui ont envoyé 10?000 personnes à l’hôpital, obligé les autorités à fermer plusieurs fois les aéroports, et réduit la vie économique à néant, au grand dam de Zoubeyr Mahy, resté bloqué deux jours dans son hôtel.

La différence avec les années 70?? L’élimination des nombreuses palmeraies au sud de l’Irak pour les besoins de la guerre contre l’Iran. Elles offraient un écran salutaire à Bagdad et aux villes du nord. Les tensions larvées avec Ankara aussi. Château d’eau du Moyen-Orient, la Turquie a entamé en 1989 la construction de 21 barrages sur le Tigre et l’Euphrate, deux fleuves qui ont vu leur débit naturel automatiquement réduit. Mais la situation s’est aggravée après 2015 et la rupture d’un processus de paix relatif avec les Kurdes, ses voisins immédiats au nord de l’Irak et de la Syrie.

Le 24 janvier, la Turquie a réduit le débit de l’Euphrate de 700 à 250m3/s

Pour Ankara, la gestion de l’eau est devenue une arme, comme ont pu s’en rendre compte les agriculteurs du Rojava le 24 janvier 2022. Le débit de l’Euphrate est soudain tombé de 700 à 250 m3/s et il n’a pas augmenté depuis. Avec la sécheresse et le manque d’irrigation, les rendements s’annoncent au plus bas depuis 50 ans au Kurdistan syrien où les récoltes de blé ont commencé le 25 mai.

Même chose en Irak où «?la désertification affecte 39?%?» de la superficie totale du pays, selon le président Barham Saleh. Les médias kurdes évoquent «75 tempêtes de sable attendues sur le Kurdistan Sud (1) en 2022», reprenant ainsi un chiffre avancé par les climatologues qui prévoient «?272 jours de poussière?» par an sur l’ensemble du pays à l’horizon 2040 et 300 par an à partir de 2050.

Parmi les mesures préconisées pour lutter contre ce phénomène, les autorités citent la création de ceintures vertes «?qui font office de brise-vent?» autour de villes baignées par une faible pluviométrie. Une recommandation qui pourrait également s’appliquer à la capitale syrienne qui ne reçoit que 200 mm de pluies par an. Mais ces deux pays en ont-ils les moyens??

La crainte de voir des millions de réfugiés climatiques frapper à la porte des pays tempérés devrait amener la communauté internationale à s’intéresser de près au sujet. Un véritable partage de l’eau (plus encore que du pétrole dont la production devrait commencer à décliner entre 2025 et 2035 selon les sources) n’est pas seulement la clé d’une paix durable au Proche et au Moyen-Orient, c’est aussi la condition sine qua non de la survie de la planète.

(1) Le Kurdistan Sud est situé au nord de l’Irak, le Kurdistan Nord occupe le sud de la Turquie, le Kurdistan Est le nord-ouest de l’Iran, et le Kurdistan Ouest le nord de la Syrie. Le morcellement du plus grand peuple du monde sans Etat dans quatre pays différents est le fruit du traité de Lausane signé le 24 juillet 1923 qui remplace le traité de Sèvres signé trois ans plus tôt, mettant ainsi fin à la Première guerre mondiale en ce qui concerne l’Empire Ottoman.

*Source : La Dépêche.fr

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