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Crise syrienne L’UE va armer « l’opposition »armée.


Écrit par Ali Chikhi

Alors que les tractations entre grandes puissances et protagonistes syriens s’accélèrent pour la tenue, en juin prochain à Genève (Suisse), d’une conférence internationale sur la Syrie, l’Union européenne a décidé, lundi soir, au terme d’une longue journée de négociations entre les ministres des Affaires étrangères des 27 pays européens et des mois de débats sur la question, de lever l’embargo sur l’armement de « l’opposition »armée syrienne.

A la traîne sur le dossier syrien et pour se replacer, l’UE a donc accédé à la demande des mercenaires en Syrie qui réclamaient à cor et à cri des armes, au risque d’ouvrir la boîte de Pandore et de faire capoter la grande réunion de Genève.

Profond désaccord européen
Il faut dire que cette décision, qui a nécessité plusieurs mois de débats, n’a pas gagné l’adhésion de tous les pays européens. Face au forcing de la Grande-Bretagne et de la France, très chauds pour la levée de l’embargo, des pays comme l’Autriche, la Belgique, les Pays-Bas et la Suède ont fait de la résistance en refusant catégoriquement d’armer les mercenaires. Pour le ministre autrichien, Michael Spindelegger, envoyer des armes en Syrie est « contraire aux principes » de l’Europe qui est, selon lui, « une communauté de paix » en égratignant, au passage, l’attitude des Britanniques et des Français. Pour faire bonne contenance, la chef de la diplomatie de l’UE, Catherine Ashton, a assuré que la fourniture d’armes à la « rébellion » syrienne a pour but  « la protection des civils ». Mieux, elle sera, selon elle, « soumise à un certain nombre de conditions », notamment en termes de contrôle sur leurs destinataires pour qu’elles ne tombent pas entre les mains des groupes radicaux.

Récemment, le président français François Hollande a expliqué que la levée de l’embargo a pour but de mettre une « pression militaire » sur le gouvernement syrien pour précipiter « une solution politique ».
Le plus chaud partisan de l’armement de « l’opposition », le chef de la diplomatie britannique n’a pas caché sa « satisfaction ». C’est que durant la réunion, de plus de 14 heures, il a bataillé ferme pour faire triompher son point de vue. Selon lui, il s’agit là « de la bonne décision », car, argumente-t-il, elle « envoie un message très fort de l’Europe au gouvernement de Bachar Al Assad ».

Chantage britannique
Au vrai, cette décision est plutôt celle de la Grande-Bretagne qui a  forcé la main aux pays européens pour la suivre dans cette voie périlleuse. S’appuyant sur la règle de l’unanimité en vigueur au sein de l’UE, M. Hague a brandi la menace d’un abandon total des sanctions à l’encontre du gouvernement syrien au 1er juin si l’embargo sur les armes n’était pas assoupli. Face à un tel chantage, les autres dirigeants européens n’avaient d’autre choix que d’abdiquer tout en imposant une série de conditions. « Ce n’est pas une vraie solution européenne, mais nous avons au moins empêché qu’il n’y ait plus du tout de sanctions », a soutenu le ministre belge des Affaires étrangères, Didier  Reynders. « Ce qui est somme toute remarquable, c’est que les Européens aient réussi à acter leur désaccord tout en avançant », a commenté Vivien Pertusot, expert de la diplomatie européenne à l’institut Ifri à Bruxelles.
Cependant, les Européens ne comptent livrer aucune arme avant la date du 1er août, se donnant ainsi le délai de faire un bilan de la prochaine conférence internationale dite « Genève-2 » et, partant, de « réexaminer » leur position. « Bien que nous n’ayons pas de plan immédiat pour envoyer des armes en Syrie, elle (la levée de l’embargo) nous donne la flexibilité de le faire à l’avenir si la situation continue à se détériorer », a déclaré M. Hague à l’issue d’une réunion avec ses homologues de l’UE à Bruxelles.

Mercenaires et Russes mécontents
Sauf que cette décision européenne a mécontenté opposants et partisans  de Bachar El Assad. Pour « l’opposition » armée, cette décision européenne est « insuffisante » et intervient « trop tard ». « Il s’agit certainement d’un pas positif, mais nous craignons qu’il ne soit insuffisant et qu’il n’intervienne trop tard » . « Nous avons besoin de batteries antiaériennes, de missiles antichars. » a déclaré à l’AFP Louay Safi.
Soutien fidèle de Bachar Al Assad, la Russie a vertement critiqué la levée de l’embargo décidée par l’UE à qui elle a reproché de jeter de l’huile sur le feu au moment où l’on tentait d’organiser une conférence de paix sur le conflit. Aux yeux du vice-ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Riabkov, la levée de l’embargo par l’Union européenne « porte un préjudice direct à la possibilité d’organiser une conférence internationale ». « L’embargo est levé en dépit de toutes les déclarations de l’UE en faveur d’un règlement fondé sur la déclaration de Genève (de juin 2012), et en dépit de l’accord sur la nécessité d’organiser une conférence internationale sur la Syrie », a-t-il souligné. Pour le Kremlin, la décision européenne « ne contribue pas » aux préparatifs de la conférence internationale sur la Syrie à laquelle travaillent d’arrache-pied Américains et Russes.