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El-Assad droit dans ses bottes


Par Kharroubi Habib

P ar son silence qui aura duré 6 mois, le président syrien Bachar El-Assad a nourri les rumeurs et supputations le donnant en voie d’être sacrifié par les noyaux dirigeants du régime et les alliés étrangers de celui-ci. Il est vrai que l’option de la solution politique négociée pour mettre fin au conflit armé qui a cours en Syrie depuis plus de deux ans achoppe sur le préalable de son départ du pouvoir posé par l’opposition armée et déclaré par elle non négociable. Quelques déclarations ambiguës faites par des personnalités russes sur l’obstacle que serait Bachar El-Assad pour un plan de paix à la crise syrienne ont paru confirmer ces rumeurs et supputations.
C’est pour mettre un terme aux spéculations sur le sujet que Bachar El-Assad s’est adressé hier au peuple syrien mais également en direction de la communauté internationale. Le président qui parlait hier ne donnait en rien l’impression d’être aux abois et prêt à quitter le pouvoir comme il est exigé de lui par l’opposition armée et ses soutiens internationaux. Il a au contraire donné celle de n’avoir pas songé un instant à abandonner sa fonction. Tout ce que Bachar El-Assad a déclaré dans son discours a consisté en des propositions qui de son point de vue constituent la solution politique à la crise syrienne, mais dont il a subordonné l’exécution à l’arrêt par l’opposition de sa révolte armée. La feuille de route qu’il a développée prévoit qu’à la condition précitée son régime est d’accord pour ouvrir un dialogue national auquel prendront part les oppositions extérieures et intérieures, qu’il sera procédé à l’installation d’un nouveau gouvernement syrien et à une révision de la Constitution par voie du référendum populaire.
Autant de propositions qui ne sont pas très éloignées de l’esprit du plan de paix esquissé par l’émissaire international pour la Syrie Lakhdar Brahimi avec l’assentiment de Moscou et Téhéran, les deux principaux alliés internationaux de son régime. L’ouverture est incontestablement habile car elle donne à sous-entendre que ce n’est pas le régime qui fait obstacle à une solution politique, mais l’intransigeance de l’opposition armée dont l’opinion internationale découvre avec une inquiétude grandissante que ses bataillons les plus actifs sur le terrain sont formés de «jihadistes» venus de tous les horizons et se revendiquant d’El-Qaïda.
Il faut souligner, car cela est important, que Bachar El-Assad ait prononcé son discours et avancé ses propositions alors que Brahimi et des représentants du Kremlin et de la Maison Blanche s’apprêtent à se rencontrer pour discuter du projet de plan de paix du premier nommé. Il leur a ce faisant transmis le message qu’il n’est pas l’obstacle à la solution politique comme le prétend l’opposition armée. En s’en tenant à l’accord qui s’est dégagé à la conférence de Genève sur la Syrie, Bachar El-Assad rend cette opposition armée responsable de la poursuite du conflit parce qu’elle refuse de s’y conformer, encouragée par des parties signataires de cet accord (occidentales et arabes) qui lui fournissent armement et finances.
Ce qui ressort du discours du chef de l’Etat syrien est que le régime est certes confronté à de rudes assauts, mais loin de l’effondrement prédit récurremment depuis plus de deux ans par la propagande des insurgés et les médias étrangers acquis à leur cause. En Syrie, la situation est qu’aucun des deux camps n’est en mesure de l’emporter militairement rapidement sur l’autre, que Bachar El-Assad et son régime disposent du soutien d’une partie non négligeable du peuple syrien et ne sont pas confrontés à des défections qui affaiblissent gravement leur camp. Autant dire que le conflit syrien peut se poursuivre encore longtemps. Par réalisme, humanité et intérêt bien compris pour la stabilité régionale et la paix dans le monde, la communauté internationale se doit d’imposer aux deux belligérants la solution politique à leur conflit et les contraindre à y aller sans préalables «non négociables».

 

Le Quotidien d’Oran