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Et les Syriens dans tout ça ?


Arrêt sur Info

Et les Syriens dans tout ça ?
Bahar Kimyongür

Dimanche 7 septembre 2014

Jeunes Belges partis faire le djihad en Syrie

Ce dimanche matin, l’émission « Et dieu dans tout ça ? » de Jean-Pol Hecq retransmise sur les ondes de la Première, radio publique belge francophone, était consacrée au départ des jeunes Belges vers la Syrie et l’Irak.

Etaient invitées trois mamans membre de l’association « Les parents concernés » et Sarah Turine, islamologue et échevine de la jeunesse à Molenbeek du parti Ecolo.

Comme prévu, nous avons eu droit à une heure de propagande, de désinformation et de démagogie durant laquelle le régime génocidaire, raciste et colonial du « calife » Baghdadi a été dépeint comme un simple idéal erroné.

Il est compréhensible, pas forcément acceptable sur le plan moral, que des mamans mentent au point d’enjoliver la mission de leur enfant dans la guerre de Syrie et imputent les crimes abominables commis contre les Syriens et les Irakiens aux « chefs » ou aux djihadistes plus âgés.

Mais il est inadmissible qu’une élue politique telle que Sara Turine se propose d’offrir l’hospitalité et l’impunité à nos jeunes coupables de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide en Syrie et peut-être en Irak aussi, sous prétexte qu’ils ne vont pas tous faire exploser des bombes dans les rues de Bruxelles.

L’islamologue écologiste nous explique en fait que nos jeunes frustrés ont le droit d’utiliser les Syriens et les Irakiens comme défouloir. Ils peuvent les tuer, les violer, les humilier et les coloniser à leur guise puisqu’ils ne sont que des « victimes » de leur mal-être.

Il aurait sans doute été utile de rappeler à Mme Turine et aux programmateurs de l’émission que les prédicateurs de rue ou de la Toile qui ont embrigadé nos jeunes ne promettent pas de faire régner la justice en Syrie et en Irak mais d’ériger une société discriminatoire au détriment des peuples autochtones, de créer d’un véritable Empire des ténèbres dont ils seraient les soldats et les maîtres.

On n’a pas entendu un seul mot sur le fait que les candidats au djihad en Syrie « victimes de discriminations dans notre pays » sont promis à la gloire pour chaque crime, chaque acte discriminatoire qu’ils commettent contre les Syriens ou les Irakiens.

Avec toute leur inculture et leur arrogance abyssales, nos jeunes « victimes » se sont permis de vouloir apprendre à vivre l’Islam aux non-musulmans mais aussi aux musulmans de Syrie et d’Irak. Rien que ça !

A quand une confrontation entre les parents de nos djihadistes et les victimes syriennes ou irakiennes de leurs enfants durant un débat radio ou télé ?

Pourquoi les parents de « nos » djihadistes nationaux ont-ils droit à la parole sur nos ondes mais pas les familles des Syriens décapités ou crucifiés ?

En fin d’émission, nous avons appris avec surprise que nos jeunes qui veulent « mourir en martyrs» n’osent pas rentrer en Belgique par peur de faire de la prison.

Allons, allons.

Nos jeunes n’ont pas peur des barils d’explosifs largués par l’aviation de l’armée syrienne, ils n’ont pas peur de se lancer avec un camion bourré d’explosifs sur des Syriens ou des Irakiens « mécréants », ils n’ont pas peur de mitrailler, décapiter, torturer, crucifier des innocents, ils n’ont pas peur d’être torturés dans les geôles syriennes mais ils craignent le confort des prisons belges.

A d’autres Mme Turine.

Au printemps 2012, on aurait pu croire que nos jeunes partis en Syrie étaient pétris d’idéal de justice.
Mais en septembre 2014, après avoir constaté leur participation assumée et revendiquée à des atrocités en Syrie, nous ne pouvons plus dire : « Nous ne savions pas »

Bahar Kimyongür
Observateur du conflit syrien et militant pour la paix
Dimanche, 7 septembre 2014

Citoyen belge d’ascendance turque Bahar Kimyongür est diplômé de l’Université Libre de Bruxelles en histoire de l’art et archéologie. Il est l’auteur de « Syriana » et “Turquie, terre de diaspora et d’exil”, parus aux éditions Couleur livres.