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Et si le dossier syrien en cachait un autre, plus ancien ?


Et si le dossier syrien en cachait un autre, plus ancien ?
La Voix de la Russie 13 fe?vrier 2014

La proble?matique syrienne telle qu’elle est traite?e par le cabinet d’Obama laisse pour le peu pantois. Washington ne semble plus savoir ou? donner de la te?te, a? quels esprits martiaux se vouer, a? quel traite? s’en tenir. Tanto?t il s’applique a? satisfaire les revendications saoudiennes, tanto?t il mise sur les fleurons de la diplomatie russe. Sa diligence a? satisfaire les deux semble au fond assez e?trange : pourquoi une puissance pre?datrice imbue de ses moyens voudrait-elle exaucer deux axes antagonistes ? Revenons sur certains faits significatifs.

Le 31 aou?t 2013, alors que l’ensemble de l’e?quipe Hollande se dit pre?te a? bombarder la Syrie dans la nuit me?me, les USA y renoncent in extremis. On se souviendra a? cette occasion des accusations re?ite?re?es de Laurent Fabius qui pour la premie?re fois n’a pas he?site? a? faire une moue particulie?rement de?confite. En effet, sans l’approbation des USA, aucun Rafale n’a vocation a? de?coller. Cette approbation ne vint toujours pas et ne viendra jamais. Il y a plusieurs raisons de?ja? assez bien connues a? cela. Voici deux d’entre elles, cruciales.

– La premie?re, terre-a?-terre, est lie?e au succe?s du gaz de schiste et des sables bitumineux couple? a? l’exploitation accrue d’importants gisements pe?troliers au Canada. Le messianisme a? la sauce washingtonienne s’arre?te la? ou? la corne d’abondance de?verse ses hydrocarbures.
– La de?stabilisation de l’Afghanistan et de l’Irak (pour ne citer que deux exemples baroques) n’a pas conduit au re?sultat espe?re?. Les islamistes ne sont plus a? la laisse comme ils auraient pu l’e?tre jusqu’aux 11/9, le temps des Ben Laden et de ses innombrables doubles pilote?s par la CIA est re?volu. Qu’a-t-on obtenu, en de?finitive ? Les monarchies du Golfe de?ploient un ze?le sans pareil dans le but d’installer un Khalifat plane?taire qui n’e?pargnera gue?re l’Occident. Affaiblir les pays europe?ens en les criblant de dettes ne signifie pas les de?truire. La Turquie re?affiche sa nostalgie de l’Empire Ottoman. Mais la vision qu’a? Recep Erdogan de la future nouvelle
Porte Sublime ne colle que tre?s peu a? ce que fut cette dernie?re avant son de?mante?lement survenu en 1922. Le Khalifat re?ve? par les pays ou? le sunnisme radical est dominant fait bien pendant au panislamisme turc, lui qui s’e?difie sur les vestiges d’un panarabisme violemment re?prime? par l’inge?rence otanienne. Est-ce vraiment de cela que voulaient les USA ? Et Israe?l alors dans tout c?a ?

C’est en brodant autour des sommets de la donne moyen-orientale qu’on met le doigt sur le nerf du proble?me. Se refusant a? intervenir en Syrie, les USA font passer pour des attitudes velle?itaires ce qui, en re?alite?, n’est que le fruit d’une strate?gie mu?rement re?fle?chie. Conside?rons trois faits e?minemment importants :
– Le revirement du 31.08 s’est double? des prises de position contradictoires de John Kerry au cours de la confe?rence Gene?ve-2. A la de?le?gation de la Coalition nationale il a exprime? sa volonte? de voir partir Bachar al-Assad en soulignant que celui-ci ne pourrait jamais faire partie du gouvernement de transition. Certains membres du cabinet de Kerry pre?sents a? la confe?rence ont confie? aux journalistes que le de?part d’el-Assad serait une ve?ritable catastrophe pour la Syrie et que, dans les inte?re?ts des USA, il ne faudrait pas que cela arrive. On ne va tout de me?me pas imaginer que le cabinet du secre?taire d’Etat irait contredire son chef. Il y a deux ve?rite?s : l’une, de fac?ade, est re?serve?e a? l’Arabie Saoudite, l’autre trahit la ve?ritable pre?occupation des USA. C’est a? supposer que les pyromanes ne savent plus comment e?teindre le feu qu’ils ont allume? et attise?.

– Les USA s’affairent beaucoup autour du dossier palestinien. Depuis sa premie?re e?lection en 2009, Obama ne se lasse pas de chercher une solution efficace a? l’impasse palestinienne. Ce souci semble aujourd’hui atteindre son point de culmination. Disposant de renseignements dont je ne dispose pas, voici ce qu’en dit Thierry Meyssan dans l’un de ses derniers articles : « En juillet 2013, John Kerry a impose? aux deux parties [Palestine et Israe?l] de ne?gocier la paix sous 9 mois (…). Cette exigence laisse perplexe : pourquoi fixer une date limite dans un processus de paix qui n’en avait jamais connu auparavant et qui dure pour durer depuis 65 ans ? ». Ce de?lai accorde? aux deux parties nous ame?ne a? fin avril 2014. En effet, pourquoi une telle date butoir ? Il semblerait en fait qu’Abdullah Ensour, Premier ministre jordanien, soit plus de?termine? que jamais a? donner carte blanche a? ce qu’on pourrait appeler la jordanisationdes Palestiniens de Cisjordanie et de Gaza. De cette fac?on, il sera inutile de reconnaitre l’Etat Palestinien ce qui devrait faire plaisir a? Tel- Aviv. Or, c’est pre?cise?ment a? ce stade qu’on s’enlise de plus belle, car Israe?l ne consentira jamais a? rendre le Golan a? la Syrie. Cette dernie?re exigence se pose ne?anmoins comme une condition sine que non tout comme, par ailleurs, le retour d’Israe?l aux frontie?res de 1967. Re?sultat : Tel-Aviv a la paix, les Palestiniens ont bel et bien une place (du?ment subventionne?e par les USA) dans un pays musulman, les tensions entre Israe?l et la Syrie, tre?s fortes depuis 1981, baisseraient d’un sacre? cran. Mais la? ou? le ba?t blesse, c’est que l’Etat he?breu continue a? faire des siennes ne voulant pas rendre le plateau du Golan et accepter le Lac de Tibe?riade en e?change.

– En outre, la neutralisation des rapports israe?lo-palestiniens n’aurait en principe aucun sens en dehors d’une neutralisation bien plus ge?ne?rale d’un islamisme de?ja? plus galopant que rampant, engluant les frontie?res de cet œuf d’or qu’est l’Etat he?breu. L’accord conclu entre l’Iran et les USA profite grandement a? ces derniers dans la mesure ou? c’est a? travers sa collaboration avec Te?he?ran que Washington pourra plus ou moins contro?ler l’expansion salafiste en Syrie. Ce pari explique pourquoi les USA ont choisi de ne?gocier, fin 2013, avec Rohani, cela au grand dam et de Fabius et de Shimon Peres. Un assainissement du climat diplomatique entre l’Iran et Washington pourrait en outre contribuer a? la neutralisation des passions au Liban et en Irak. Il s’agit en fait de re?tablir un faible e?quilibre dans l’esprit de l’e?chiquier de Brzezinski et cela, en premier lieu, pour mettre un terme au conflit israe?lo-palestinien, trop peu commode pour les USA.

Le de?sengagement US du Proche-Orient ne saurait se faire d’une fac?on harmonieuse – j’emploie ici ce terme par extension de sens – en dehors de la re?solution de la proble?matique en somme plus israe?lienne que palestinienne. Il est cependant a? se demander s’il n’est pas trop tard, l’entropie islamiste, celle-la? me?me qui il y a encore peu devait servir les inte?re?ts des USA, e?tant en passe d’augmenter. Il est toujours plus difficile de restaurer que de de?truire. Jusqu’ici, les USA n’ont fait que de?truire sous la bannie?re d’un mirage sanguinaire pre?nomme? de?mocratie. La politique franc?aise ne vaut gue?re mieux. Non seulement la France de Hollande n’a toujours pas compris que les inte?re?ts US e?taient loin de toujours coi?ncider avec les siens, mais en plus, elle persiste a? ne vouloir prendre aucun recul par rapport aux tensions proche-orientales. Il en va de me?me pour Israe?l. Jusqu’a? quand cet e?tat de sottise mare?cageuse re?gnera- t-il ?

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