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Franco-syrienne, je suis révoltée par vos reportages sur la Syrie par Virginie S.


07/12/2011

Franco-syrienne, je suis révoltée par vos reportages sur la Syrie

Infirmière

Après plusieurs échanges avec une riveraine en Syrie, nous publions son témoignage, qui va à contre-courant des faits rapportés de Syrie où sévit une violente répression (4 000 morts selon l’ONU). Un texte qui reflète le micro-climat de la ville d’Alep, restée à l’écart du mouvement de révolte dans plusieurs villes de Syrie.

Désolée, je ne suis pas journaliste ni prof, alors je m’exprime avec mon cœur. Je suis d’origine française, infirmière. Lors de mon dernier poste en France, j’étais surveillante dans un hôpital parisien où j’ai rencontré mon mari qui, lui, faisait sa spécialité de rhumatologie.

Quand je suis venue m’installer en Syrie, à Alep, en octobre 1996, il y avait beaucoup d’hommes en civil armés, on ne se sentait pas libres et la peur était présente.

Puis Bachar el-Assad est arrivé, nous avons vu la Syrie s’ouvrir, s’améliorer, mais aussi les gens parler ouvertement de politique.

Nous vivons en paix et harmonie

Notre entourage est constitué de gens qui ont fait des études universitaires (souvent à l’étranger) et des grands commerçants d’Alep, souvent francophones. Notre entourage est chrétien, musulman, grec orthodoxe, arménien, kurde.

Nous vivons tous en paix et en harmonie. Je peux vous mettre en relation avec beaucoup de Français qui vivent ici. Mon mari et moi-même, nous nous sommes toujours investis auprès de notre consulat par diverses activités.

Par exemple, dans une même famille, vous pouvez trouver des gens qui sont pour et contre le régime. Eh oui !

Ce conflit est trop manœuvré, il faut arrêter de prendre les gens pour des stupides. Certes, nous le sommes à côté de nos politiciens, mais quand même, la guerre en Irak n’est pas si loin avec tous ces mensonges pour encourager les populations à valider les interventions militaires, ou « l’aide extérieure » apportée à la Libye.

Je vis dans ce pays, je connais la mentalité des gens. Ne parlez pas de démocratie occidentale pour ce pays, c’est complètement déplacé. Mais oui, nous voulons des partis politiques différents et des élections. Mais pas importés par l’Occident.

Des voyous, des agressions, des enlèvements

Nous n’avons aucun lien, ni de près ni de loin, avec le gouvernement syrien. Seulement, nous aimerions que lorsque les médias étrangers nous présentent des reportages, ils montrent les gens qui sont contre, et ceux qui sont pour.paru sur Rue 89

Jusqu’où va aller la manipulation médiatique ? Aujourd’hui, nous sommes révoltés. Nos familles restées en France s’inquiètent pour notre vie après de tels
reportages. Pourquoi filmer seulement les minorités financées par l’étranger ?

Tous les Français vivant à Alep (environ 800) – deuxième ville de la Syrie, quatre millions d’habitants – vous attendent pour vous informer de notre vie quotidienne.

Rien n’a changé depuis le début des évènements, à part la fuite des touristes, donc une chute d’activités dans ce domaine. Ce que nous voyons maintenant grâce à des bandes de voyous : agressions qui n’existaient pas auparavant, enlèvements, cambriolages, attaques de voitures pour voler les papiers, argent et portables…

La tenue des femmes en ville, c’est le jean

Pour votre info, le gouvernement syrien attribue à chaque famille des bons alimentaires depuis de nombreuses années (farine, sucre, riz) tous les mois.

La Syrie dispose de ses propres usines pharmaceutiques, elle ne manquera jamais de médicaments malgré tous les embargos possibles.

Mesdames les journalistes, la « tenue syrienne » d’aujourd’hui dans les grandes villes, c’est le jean. Eh oui, cela aussi vous êtes passés à côté. Sauf chez les religieux qui sont minoritaires, car même les jeunes qui portent le foulard ici, le portent élégamment, à la mode et assorti à leur jean.

Les cafés, les rues, les cinémas sont toujours animés, Alep est prête à tout pour garder cela. Les réformes, les ouvertures, la liberté de presse, oui tout cela nous y avons droit, mais pas n’importe comment. Laissez les Syriens mettre en place eux-mêmes leurs réformes !

La Syrie est un pays laïque. Moi-même catholique mariée à un musulman depuis vingt ans – sans que cela ne nous gène dans notre vie –, je n’ai rien
changé à ma vie parisienne.

Les expatriés français sont livrés à eux-mêmes

De grâce, monsieur Juppé, les Syriens n’ont pas besoin de votre « corridor » (quelle blague, mais honte pour nous ! ).

De grâce, écoutez-nous, contactez-nous. Si la Syrie s’en sort, je serai encore plus fière d’avoir obtenu la nationalité syrienne l’année dernière. Nous souhaitons tous ici pouvoir continuer notre vie dans ce beau pays qui était sur la voie du développement.

Pour finir, messieurs les politiques, comment osez-vous traiter ainsi vos Français expatriés ? Vous fermez notre consulat et agence culturelle, l’école est en sursis sans même nous en informer alors que nous traversons une période difficile. Pas un mot, rien. Ce qui veut dire que demain, s’il y a une attaque militaire, nous sommes livrés à nous-mêmes. J’espère que nos amis syriens nous laisseront utiliser leur corridor à leur place.