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Guerre contre la Syrie : la couverture des médias occidentaux « dangereusement imprécise »


 

 
 

C’est l’avis d’un grand reporter du The Independant, Patrick Cockburn qui constate la couverture biaisée de la chaine qatarie AlJazeera

«Regard sur le monde: Il est naïf de ne pas admettre que les deux antagonistes sont capables de manipuler les faits pour servir leurs propres intérêts ».

C’est par la  remarque d’un connaisseur que le journaliste irlandais du quotidien britannique The Independant Patrick Cockburn,  a commencé son article publié dans l’édition de ce dimanche, et dans lequel il a critiqué une nouvelle fois la couverture « dangereusement imprécise » des médias occidentaux du conflit en Syrie.
 
Il s’est dit frappé « chaque fois qu’il se rend en Syrie par la situation tellement différente de la façon dont elle est présentée à l’extérieur ».
« Les rapports des médias étrangers du conflit syrien sont certainement aussi inexacts que trompeurs que tout ce que nous avons vu depuis le début de la Première Guerre mondiale », a constaté ce journaliste multi-récompensé pour ses articles et livres sur le Moyen-Orient , notamment en Irak, évoquant une « propagande tendancieuse sans précédent ».

Il considère que ce sont ces distorsions qui ont fait en sorte que ni les politiciens (occidentaux, NDLR), ni les téléspectateurs occasionnels n’ont jamais eu une idée claire de la réalité de ce qui se passe en Syrie depuis deux années. Le pire ,d’après lui, sont les plans à long terme qui ont été mis au point sur des idées fausses.

Cockburn se fie à une conclusion de l’International Crisis Group, organisation basée à Bruxelles, selon laquelle « «une fois confiants de la victoire rapide, les alliés étrangers des mercenaires se sont déplacés vers un paradigme dangereusement déconnectée de la réalité ».

Ayant dernièrement visité la Syrie, où il s’est déplacé entre Damas, Homs et le littoral méditerranéen, le journaliste indique s’être entre autre rendu à Tal Kalakh, localité proche de la frontière libanaise et qui vient d’être sécurisée cette semaine par  l’Armée arabe syrienne (AAS)  et où 38 commandants de la milice de l’Armée syrienne libre (ASL) ont déposé les armes.

Se basant sur ses discussions avec l’Armée Arabe Syrienne , l’ASL et des habitants locaux, il précise qu’il  s’agit d’un passage direct de la guerre à la paix. « C’était plutot une série de trêves et de cessez-le-feu organisés par des notables de Tal Kalakh au cours de l’année précédente », explique-t-il.

De là-bas, Cockburn constate la couverture biaisée de la chaine qatarie AlJazira, fortement impliquée dans les évènements syriens aux côtés des miliciens. « Mais au moment même où j’étais dans la ville, Al Jazeera Arabic rapportait que des combats avaient lieu entre l’armée syrienne et les mercenaires et que la fumée montait de ce qui semblait être, d’après elle, le fief pour lequel les mercenaires se battaient … Pendant les quelques heures où j’étais dans la ville, il n’y avait pas de tirs, aucun signe de combats ni aucune fumée ».

Patrick Cockburn

Le journaliste britannique soutient que les limites entre les milices laïques et jihadistes ne sont pas si rigides que cela sur le terrain. Il raconte le cas d’un commandant de la milice d’Al-Qaïda, le Front al-Nosra, qui a quitté ses rangs parce « qu’il ne pouvait pas rester sans cigarettes ».  (il semble qu’il soit interdit de fumer dans cette milice). Cockburn signale que ce sont les « fondamentalistes qui paient le plus.

« L’argent compte beaucoup plus que l’idéologie », lui a dit un diplomate à Damas qu’il s’est abstenu d’identifier.Sans vouloir défendre ni l’un ni l’autre, le reporter de The Independant donne son explication des bavures commises par les médias occidentaux: « Au milieu d’une guerre  féroce, il est d’une crédulité égoïste de la part des journalistes de supposer que chaque partie dans le conflit, gouvernement ou mercenaires, ne va pas inventer ou manipuler les faits pour servir ses propres intérêts. Pourtant, une grande part de la couverture médiatique étrangère s’est basée uniquement sur une telle hypothèse ».

Patrick Cockburn