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Guerre contre la Syrie où l’art de vouloir détourner le gaz !


 Études  Géopolitique Sommaire

 Géopolitique des tubes

F. William Engdah

traduction et présentation :  Mireille Delmarre
 Source : [11/10/2012] Mireille Delmarre, IRIB

    Israel and The Greater Middle East energy War » – Syrie Turquie Israël et la Guerre de l’Energie Au Grand Moyen Orient – sur le site canadien Global Research.ca, l’auteur de plusieurs livres engagés, F.William Engdahl, nous révèle la face cachée de cette guerre contre la Syrie riche en gaz, pourquoi le Qatar pousse à la guerre, la Turquie et Israël défendent âprement leurs intérêts et l’UE gros consommateur durcit ses sanctions pour faire tomber le gouvernement Assad. Ce que défendent l’Iran, la Russie et la Chine de leur côté. Ci dessous des extraits traduits de cet article. Contre la guerre en Irak des millions de citoyens étaient descendus dans la rue pour crier « Pas de Guerre pour le Pétrole ». Avant que n’éclate une 3ème Guerre Mondiale il leur faut manifester en criant « Pas de Guerre en Syrie pour le Gaz ».

La dimension géopolitique


L’importante question à se poser actuellement c’est qu’est ce qui peut lier d’un côté Israël, la Turquie, le Qatar, une alliance pas trés catholique, et la Syrie d’Assad, l’Iran la Russie et la Chine de l’autre côté dans une confrontation mortelle sur le futur politique de la Syrie ?

L’une des réponse c’est la géopolitique de l’énergie.

Il importe de faire une estimation géopolitique du Moyen Orient en tenant compte de la place de plus en plus dominante prise par le contrôle du gaz naturel dans le futur des pays producteurs de gaz au Moyen Orient. Mais aussi de l’UE et de l’Eurasie incluses la Russie comme producteur et la Chine consommateur.
Le gaz naturel est entrain de rapidement devenir « l’énergie propre » choisie pour remplacer le charbon et la production d’électricité nucléaire à travers l’UE plus spécialement depuis la décision de l’Allemagne d’abandonner le nucléaire après la catastrophe de Fukushima. Le Gaz est considéré comme bien plus  » respectueux de l’environnement » en terme de soit disant  » emprunte carbone ». La seule voie réaliste pour les gouvernements de l’UE, de l’Allemagne à la France à l’Italie et à l’Espagne c’est de pouvoir respecter l’obligation de l’UE de réduction de C02 dont la date butoir est 2020 par un changement radical en brûlant du gaz et non plus du charbon. Le gaz réduit les émissions de CO2 de 50-60% par rapport au charbon (13). considérant que le coût d’utilisation du gaz plutôt que l’énergie éolienne et d’autres sources alternatives d’énergie est bien moins élevé le gaz devient rapidement l’énergie demandée dans l’ UE, marché émergeant le plus important du monde pour le gaz.

De vastes ressources en gaz découvertes en Israël (Palestine gaz volé par le régime sioniste ndlt) au Qatar et en Syrie combinées à l’émergence de l’UE comme potentiellement le plus grand consommateur du monde de gaz naturel tout ceci constitue le socle de l’actuel conflit géopolitique avec le régime d’Assad.

Le gazoduc Syrie Iran Irak


En Juillet 2011 alors que les opérations de déstabilisation par l’OTAN et les pays du Golfe contre Assad en Syrie étaient en plein boom les gouvernements de Syrie, d’Iran et d’Irak ont signé un accord énergétique historique sur un gazoduc qui est passé pratiquement inaperçu alors que CNN couvrait la déstabilisation en Syrie. Le gazoduc qui doit coûté 10 milliards de $ et dont la construction prendra 3 ans ira du port iranien d’Assalouyeh prés du champ de gaz de South Pars dans le Golfe Persique jusquà Damas en Syrie via le territoire de l’Irak. L’Iran projette ensuite d’étendre le gazoduc de Damas au port méditerranéen du Liban où de là il sera transporté jusque sur les marchés de l’UE. La Syrie achètera le gaz iranien de même qu’il existe un accord avec le gouvernement irakien pour acheter le gaz iranien du champ gazier de South Pars.

South Pars dont les réserves de gaz se trouvent dans un champ gazier que se partage le Qatar et l’Iran dans le Golfe est dit on le plus grand champ gazier en continu du monde(14). Ce sera de facto un gazoduc shi’ite de l’Iran shi’ite via un Irak majoritairement shi’ite jusqu’en Syrie Alawouite d’al Assad shi’ite.

De plus vient s’ajouter à cette situation dramatique un autre élement : le champ gazier de South Pars se trouve partagé entre l’Iran shi’ite et le Qatar salafiste sunnite. Au Qatar se trouve aussi le centre de commandement central du Pentagone, avec le QG des forces aériennes US, le groupe expéditionnaire aéroporté N°83 de la RAF, et le corps expéditionnaire aérien 379 de l’USAF. Bref le Qatar en plus de posséder et héberger la station TV anti Assad d’Al Jazeera qui publie de la propagande anti Syrie partout dans le monde arabe, est étroitement lié à la présence miltaire de l’OTAN et des US dans le Golfe.

Le Qatar a apparemment d’autres plans avec sa part de champ gazier de South Pars que celui de se joindre à l’Iran, l’Irak et la Syrie. Le Qatar n’a aucun intérêt à voir se réaliser le gazoduc Iran Irak Syrie complètement indépendant des routes de transit du Qatar et de la Turquie vers les marchés européens. En fait il fait tout son possible pour le saboter inclus armer des « combattants » mercenaires la plupart des djihadistes envoyés en Syrie d’autres pays dont l’Arabie Saoudite le Pakistan et la Libye.
De plus la détermination du Qatar à détruire la coopération pour le gazoduc Syrie Iran Irak c’est la découverte en août 2011 par des sociétés d’exploration syriennes d’un vaste champ gazier à Qara prés de la frontière avec le Liban et prés du port maritime de Tartous mis à disposition de la flotte russe sur la côte méditerranéenne syrienne.(15) Toute exportation de gaz syrien ou iranien vers l’UE passerait par le port de Tartous sous contrôle russe. Selon des sources algériennes bien informées les nouvelles découvertes de gaz syrien bien que le gouvernement de Damas les minorent sont égales ou dépassent les ressources en gaz du Qatar.

Comme l’analyste connu d’Asia Times, Pepe Escobar, l’a fait remarqué dans un article récent le projet du Qatar c’est d’exporter ses énormes réserves de gaz via le Golfe D’Aqaba en Jordanie un pays sur lequel plane la menace des Frères Musulmans contre la dictature du roi. L’Emir du Qatar a apparamment conclus un accord avec les Frères Musulmans où il soutient leur expansion internationale en échange d’un pacte de paix chez lui au Qatar. Un régime des Frères Musulmans en Jordanie mais aussi en Syrie soutenu par le Qatar changerait brusquement complètement et de manière décisive en faveur du Qatar la géopolitique du marché mondial du gaz au détriment de la Russie de la Syrie de l’Iran et de l’Irak(16). Ce serait également un coup dur pour la Chine.

Comme Escobar le fait remarquer :

« c’est clair que le Qatar vise à tuer le gazoduc de 10 milliards de $ Iran Irak Syrie un accord qui a été passé alors même que le soulèvement en Syrie était en cours. Là on voit le Qatar en compétition directe avec à la fois l’Iran (comme producteur) et la Syrie ( comme destinataire) et dans une moindre mesure l’Irak ( comme pays de transit). C’est important de se rappeler que Téhéran et Bagdad sont tout à fait contre un changement de régime à Damas ».
Il ajoute :

« S’il ya un changement de régime en Syrie – aidé par l’invasion proposée par le Qatar- les choses deviennent plus facile en terme de gazoducs. Un régime post Assad avec de fortes chances d’être sous la coupe des Frères Musulmans (FM) accepterait avec empressement un gazoduc qatari. Et cela rendrait l’extension en Turquie bien plus aisée « (17).

Le dilemme du gaz israélien.


Compliquant encore plus l’affaire la découverte en mer de vastes ressources de gaz naturel israélien (volé aux palestiniens ndlt).

Le champ de gaz naturel de Tamar au large de la côte Nord d’Israël devrait fournir du gaz pour la consommation intérieure d’Israël fin 2012. Une importante découverte fin 2010 d’un énorme champ gazier au large des côtes d’Israël ce que les géologues appellent le Bassin du Levant ou Levantin change la donne. En Octobre 2010 Israël a découvert un vaste champ gazier « super géant » en mer dans ce qu’il déclare être sa « Zone Exclusive Economique » (18).

La découverte se trouve à 84 miles (environ 155km) à l’Ouest du port de Haifa et à une profondeur de 5000M. Ils l’ont appelé Leviathan nom d’un monstre marin de la Bible. Trois sociétés d’exploitation énergétique israéliennes en coopération avec l’entreprise Nobel Energy d’Houston Texas ont annoncé que les estimations initiales était de l’ordre de 16 trillions tcf ( cubic feet) de gaz- faisant de ce champ le plus important découvert cette dernière décennie – ajoutant plus de discrédit à la théorie du « pic de pétrole » comme quoi la planète est sur le point de voir une pénurie permanente de pétrole gaz et charbon. Pour donner une idée de l’importance de ce champ gazier, Leviathan, il contient suffisamment de gaz pour répondre à la consommation intérieure d’Israël pendant 100 ans.(19)
L’auto suffisance énergétique est un problème de l’état d’Israël depuis sa création.Des explorations intensives pour trouver du pétrole et du gaz ont été entreprises depuis longtemps sans grand résultat. A l’opposé de ses voisins arabes riches en ressources énergétiques Israël semblait ne pas avoir de chance. Puis en 2009 le partenaire texan d’Israël, Noble Energy, a découvert le champ gazier de Tamar dans le Bassin du Levantin à environ 90KM à l’Ouest du port israélien de Haïfa avec une estimation de 8.3 trillion tcf (cubic feet) de gaz de très haute qualité. Tamar a été la plus importante découverte gaziere mondiale de 2009.

À l’époque la totalité des réserves de gaz israélien était de 1.5 tcf estimation basée sur le seul champ gazier de Yam Tethys qui fournit environ 70% de la consommation en gaz naturel israélien épuisé d’ici 3 ans.

Avec Tamar l’avenir apparait bien meilleur. Puis une année juste après la découverte de Tamar le même consortium dirigé par Noble Energy a fait la plus grande découverte depuis des décennies avec le Leviathan dans le même bassin géologique du Leventin Méditerranéen. Les estimations actuelles pour ce champ gazier du Leviathan sont d’au moins 17 tcf de gaz. Israël est passé d’une pénurie de gaz à un vaste surplus en quelques mois.(20).

Actuellement Israël est confronté à un dilemme stratégique et très dangereux. Naturellement Israël n’est pas très enthousiaste à l’idée que la Syrie d’Al Assad liée à l’ennemi juré d’Israël l’Iran l’Irak et au Liban se retrouve en compétition sur les marchés européens. Ceci pourrait expliquer pourquoi le gouvernement Netanyahou d’Israël s’est impliqué en Syrie au côté des forces anti Assad? Cependant, une direction des Frères Musulmans en Syrie dirigée par Mohammad Shaqfah au Nord avec au Sud les Fréres Musulmans d’Egypte présidée par Mohamed Morsi seraient des voisins bien plus hostiles pour Israël.

Ce n’est pas un secret qu’il y a une animosité à la limite de la haine entre Netanyahou et l’administration Obama. La Maison Blanche d’Obama et le département d’état US ont ouvertement soutenu les changements de régime des Frères Musulmans au Moyen Orient. La rencontre d’Hillary Clinton en Turquie avec Davutoglu en Août dernier avait dit on pour objectif de pousser la Turquie a escalader l’intervention militaire en Syrie mais sans soutien direct des US à cause des élections américaines prochaines voulant éviter une éventuelle nouvelle débâcle au Moyen Orient (21).

Huma Abedin haut responsable du département d’État a été accusé par plusieurs Républicains membres du Congrés d’avoir des liens avec des organisations contrôlées par les Frères Musulmans. Dalia Mogahed nommée par Obama comme conseillère au Conseil des partenariats de voisinages basés sur la religion membre également du Conseil US du département de la sécurité intérieure, est liée ouvertement avec les Frères Musulmans et connue pour être hostile à Israël de même qu’appelant au renversement d’Al Assad en Syrie (22). Washington d’Obama semble finalement soutenir le cheval des Frères Musulmans dans la course au contrôle de la déferlante de gaz au Moyen Orient.

Et le rôle de la Russie


    Washington est temporairement sur la corde raide espérant affaiblir fatalement Al Assad tout en ne paraissant pas directement impliqué. La Russie de son côté joue sa survie concernant le futur de sa puissance géopolitique – son rôle comme fournisseur principal en gaz naturel de l’UE. Cette année la société étatique russe Gazprom a commencé à délivrer du gaz dans le Nord de l’Allemagne via le gazoduc Nord Stream passant sous la mer Baltique d’un port prés de St Pétersburg. Vital stratégiquement actuellement pour le rôle futur de la Russie comme fournisseur de gaz naturel à l’UE c’est sa capacité à jouer un rôle stratégique dans l’exploitation des nouvelles réserves de gaz de son ancien allié de la Guerre Froide la Syrie. Moscou fait depuis longtemps la promotion de son gazoduc South Stream en Europe comme alternative au gazoduc Nabuco soutenu par les US et dont le but était d’évincer Moscou (23).

Gazprom est déjà le premier fournisseur de gaz naturel de l’UE. Gazprom avec Nord Stream et d’autres gazoducs en préparation va accroitre cette année de 12% sa fourniture de gaz à l’Europe soit 155millions de M3. Il contrôle actuellement 25% de la totalité du marché du gaz et vise à atteindre les 30% une fois Sud Stream mis en service ainsi que d’autres projets.

Rainer Seele président de Wintershall le partenaire allemand de Gazprom pour Nord Stream a évoqué la raison géopolitique derrière le ralliement à Sud Stream :  » dans la course mondiale contre les pays d’Asie pour les ressources brutes sud Stream et Nord Stream nous garantissent un accés aux ressources énergétiques vitales pour notre économie ». Mais plutôt que l’Asie le véritable intérêt de Sud Stream se trouve en Occident. Le conflit actuel entre Sud Stream de la Russie et le gazoduc Nabuco soutenu par Washington est intensément géopolitique. Le gagnant détiendra un avantage important sur le futur terrain politique en Europe(24).

Actuellement une option importante faisant de la Syrie l’un des principaux fournisseurs de gaz géré par la Russie de l’UE apparaît. Si Al Assad survit, la Russie sera en position d’être le sauveur pour jouer un rôle décisif dans le développement et l’exploitation du gaz syrien. Israël, où la Russie à des cartes majeures aussi à jouer, pourrait théoriquement se tourner vers le soutien d’un consortium de gaz Russie Syrie Irak Iran si Israël et l’Iran s’accordent sur un motus vivendi concernant le nucléaire et d’autres problèmes ce qui n’est pas impossible si la constellation politique d’Israël change après les prochaines élections. La Turquie qui actuellement est agitée par un conflit profond entre Davutoglu et le président Gül d’un côté et Erdogan de l’autre dépend de Gazprom pour l’approvisionnement en gaz de 40% de ses besoins pour son industrie. Si Davudoglu et son groupe perdait la Turquie pourrait jouer un rôle bien plus constructif dans la région comme pays de transit pour le gaz syrien et iranien.

   La bataille pour le contrôle futur de la Syrie est au coeur de cette énorme guerre géopolitique.

La résolution de ce conflit aura d’énormes conséquences soit pour la paix soit pour une guerre sans fin des conflits et des massacres. La Turquie membre de l’OTAN joue avec le feu de même que l’émir du Qatar, Netanyahou d’Israël et des membres de l’OTAN tels la France et les USA. Le gaz naturel est l’élément inflammable qui alimente cette folle bataille de l’énergie dans la région.

Pour les notes voir l’article original en Anglais : « Syria, Turkey, Israel and the Greater Middle East Energy War » par F.William Engdahl
http://www.globalresearch.ca/syria-turkey-israel-and-the-greater-middle-east-energy-war/5307902

 

*     » Économiste et écrivain, F. William Engdahl est l’auteur de succès de librairie sur le pétrole et la géopolitique : A Century of War: Anglo-American Oil Politics and the New World Order (1993) (litt. « Un siècle de guerre : la politique pétrolière anglo-américaine et le nouvel ordre mondial ») (ouvrage traduit en français1, arabe, coréen, allemand, croate et turc), Seeds of Destruction : The Hidden Agenda of GMO (litt. « Les semences de la destruction : l’ordre du jour caché des OGM ») (2007). Son dernier livre s’intitule : Myths, Lies and Oil Wars (parution juillet 2012).
Depuis plus de trente ans, il écrit sur des questions de politique, d’économie, de géopolitique, d’énergie, d’agriculture, sur l’Organisation mondiale du commerce et sur le Fonds monétaire international, ses premiers travaux remontant au premier choc pétrolier et à la crise céréalière mondiale du début des années 1970… Il collabore régulièrement à un certain nombre de publications dont Nikon Keizai Shimbun, Foresight Magazine, Grant’s Investor.com, European Banker et Business Banker International et la revue italienne des études de géopolitique Eurasia « . (Extraits de Wikipedia)



 

 

 

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