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« Il y en a qui meurent sur le site » : en Irak, le travail d’enfants en usine pour moins de 3 euros par jour



Publié par Gilles Munier sur 26 Juin 2021, 07:06am

Catégories : #Irak

Des enfants travaillent sous un soleil de plomb dans une usine de briques à Nahrawan, dans la province de Bagdad, en Irak. © Hassine Qassim

Texte par Fatma Ben Hamad (revue de presse : France 24 – 25/6/21)*

En Irak, trois millions d’enfants de moins de 15 ans quittent l’école pour rejoindre des usines, des garages automobiles, des boulangeries, quand ils ne ramassent pas les déchets en plastique dans la rue. Vidéo à l’appui, notre Observateur tente d’interpeller sur les conditions de travail de ces enfants.

Hassine Qassim a 28 ans et travaille comme technicien de vidéosurveillance. Prestataire pour plusieurs usines dans la province de Bagdad, il profite de ses déplacements pour observer les conditions de vie de ces enfants ouvriers. Le 14 juin, il a notamment publié sur TikTok plusieurs vidéos pour dénoncer les conditions de vie des enfants dans une usine de briques d’un complexe industriel de la ville de Nahrawan, dans la province de Bagdad.

On y voit des enfants très jeunes empiler des blocs de briques en lignes, qui s’étendent sur des centaines de mètres. Sous la surveillance d’un homme fumant une cigarette, les petits travaillent en plein air, sous un soleil de plomb, entre des montagnes de sable et de briques, et beaucoup de fumée. Hassine Qassim demande à une fillette portant un voile et des claquettes en plastique combien elle gagne. « Cinq mille [dinars irakiens, soit 2,86 euros, NDLR] », répond-t-elle. Sa sœur et son frère, encore plus jeunes qu’elle, empilent d’autres briques juste à côté.

La scène témoigne d’un travail des enfants très répandu en Irak. Dans un pays où 11,4 millions de personnes vivaient sous le seuil de pauvreté en 2020, 37 % des enfants se retrouvent obligés de gagner leur propre pain, alertait l’Unicef en pleine pandémie de Covid-19.

« Ils n’ont aucun droit et aucune protection physique ou juridique »

Il y a environ 400 familles qui travaillent ou font travailler leurs enfants dans le complexe industriel dans lequel j’ai filmé la vidéo. Ils viennent pour la plupart de provinces au sud de Bagdad : Bassorah, Nassiriya ou Diwaniya, qui sont toutes à des centaines de kilomètres de Bagdad et donc ces familles passent tout l’été sur le site pour faire du travail saisonnier.

Souvent, les enfants logent sur leur site de travail durant la saison et regagnent leurs provinces avec leurs familles – s’ils en ont – en hiver. Par exemple, le garçon qu’on voit dans ma vidéo n’a personne et donc il habite toute l’année sur place, il y a des petits logements prévus. La plupart de ces enfants ont entre 6 et 10 ans. On leur confie souvent du travail physique malgré leur jeune âge : ils coupent, enfournent et transportent les briques, sans outils de protection du type casques, lunettes ou gants.

« Cette situation arrange les patrons puisqu’ils ont besoin d’une main-d’œuvre pas chère »

Cela favorise les accidents de travail. Il y en a qui meurent sur le site [depuis début 2021, au moins une enfant est décédée et six autres ont été blessés pendant leur temps de travail, selon l’Unicef, NDLR]. Lorsqu’ils sont blessés au travail, comme il n’y a ni hôpital, ni dispensaire à Nahrawan, on doit les transporter jusqu’à Bagdad [à 56 km, NDLR] et ils meurent malheureusement en route. D’après ce que j’ai vu, les patrons s’arrangent ensuite avec leurs familles en réglant une somme pour compenser le décès de leur enfant.

*Source : France 24

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