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Irak. Au cœur de Bagdad, un ramadan au parfum de révolution malgré le coronavirus


Publié par Gilles Munier sur 28 Avril 2020, 07:10am

Rupture du jeûne du ramadan, samedi, place Tahrir, à Bagdad, épicentre de la contestation contre le pouvoir irakien. |

Des dizaines d’Irakiens ont choisi de célébrer le mois sacré du ramadan sur la place Tahrir, au cœur de la capitale irakienne Bagdad. Malgré la pandémie de Covid-19, ils veulent entretenir le mouvement de protestation engagé depuis octobre contre un pouvoir jugé inefficace et corrompu.

Par Sarah-Samya Anfis (revue de presse : Ouest-France – 27/4/20)*

Dans la rue Saadoun, celle qui rejoint la place Tahrir de Bagdad, épicentre de la contestation populaire en Irak, le son des marmites et des réchauds à gaz a remplacé les bavardages politiques. Quand les uns préparent la soupe de lentilles, le riz ou la platée de légumes, les autres disposent de grands tapis au sol pour accueillir le repas de rupture du jeûne.

Comme Ali Mohammed, comédien âgé de 23 ans, une trentaine de jeunes Irakiens n’a pas quitté le campement depuis octobre, quand ont débuté les rassemblements contre une classe politique jugée corrompue et trop inféodée aux intérêts iraniens ou américains. En temps normal, le ramadan, c’est l’intimité, la sphère familiale. Mais ici, nous sommes aussi une famille. Et puis Tahrir, c’est aussi notre maison, c’est juste un peu plus grand, dit-il.

Confinés dans des tentes

La veille à l’aube, revêtu d’une dishdasha, la longue robe traditionnelle, Ali Mohammed a sillonné la place à coups de tambours pour, comme le veut la tradition, réveiller les manifestants avant le début du jeûne. Pendant le ramadan, j’ai toujours jeté des tomates sur les joueurs de tambours parce que je ne supportais pas d’être réveillé. Maintenant, c’est moi le joueur de tambours, relève le jeune comédien. Pour lui, ce mois de jeûne, l’un des cinq piliers de l’islam pour les croyants, est aussi le temps du partage d’un héritage culturel commun.

Après un thé chaud et une cigarette pour amorcer la digestion, les manifestants forment deux équipes pour débuter un tournoi de mhebies, un jeu traditionnel né à Bagdad. C’est vieux de trois cents ou quatre cents ans. Le jeu consiste à cacher une bague dans la paume de l’une des deux mains et le joueur de l’équipe adversaire doit deviner dans quelle main celle-ci se cache. À Tahrir, les gagnants remportent des pâtisseries, explique Karar, manifestant âgé de 22 ans. Le jeu renforce les liens entre les manifestants. Il constitue aussi un risque de contamination au temps du Covid-19. Pour l’éviter, on se désinfecte les mains régulièrement et on stérilise la bague après chaque partie.

Depuis la mi-mars, les autorités irakiennes ont décrété un couvre-feu pour endiguer la pandémie, qui a fait officiellement 86 morts pour 1 763 contaminations. Les manifestants de Tahrir ont choisi de se confiner dans leurs tentes, sur la place, dans l’espoir d’une reprise de la contestation. Conscients des risques de propagation du virus, ils ont adopté plusieurs mesures préventives.

Nous ne quittons jamais Tahrir, c’est comme si nous étions confinés à la maison. Quand l’un de nous doit sortir d’ici pour faire les courses par exemple, nous sommes toujours équipés d’un masque et de gants, explique Karar. Et quand des personnes extérieures viennent sur la place, comme ceux qui ne dorment pas ici, on applique des gestes barrières pour ne prendre aucun risque.

Ce temps du ramadan, les révolutionnaires de la place Tahrir comptent bien le mettre à profit pour faire avancer leurs revendications. Des assemblées générales hebdomadaires sont prévues pour préparer un redémarrage de la « révolution d’octobre » dès la fin du mois sacré.

Sarah-Samya Anfis est correspondante de Ouest-France en Irak

*Source : Ouest France

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