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La crise structurelle de l’entité sioniste par Fadwa Nassar


 

 

Le premier ministre de l’entité sioniste a décidé de procéder à des élections législatives anticipées, qui se dérouleraient, selon lui, au mois de janvier prochain. La raison directe de cette décision est l’impossibilité de voter le budget 2013, sur fond de préparatifs ou plutôt d’appels à la guerre tous azimuts. Il ya quelques mois, le risque d’élections législatives anticipées a été évité de justesse, le temps d’un congé pour enterrer la mère du premier ministre. Ce court laps de temps a servi à Shaul Mofaz, le juif iranien émigré dans la colonie sioniste, de retourner sa veste, après avoir pris la direction de Kadima, et de rallier le gouvernement sioniste, en espérant grignoter quelques avantages, pour les futures élections. Pure perte, puisque l’alliance n’a duré que le temps d’une querelle à propos du service militaire des juifs orthodoxes, service refusé par l’alliance des partis ultras, principal soutien de Netanyahu dans le gouvernement sioniste actuel.

Cet imbroglio de surface traduit cependant la crise structurelle de l’entité  sioniste, dont le gouvernement fragile n’est qu’un de ses aspects les plus marquants. Etat guerrier par excellence, l’entité  sioniste ne peut admettre la présence de puissances ou forces dans la région, qui échappent à son contrôle. S’il a pu, depuis la création de son entité et l’expulsion de plus que la moitié du peuple palestinien, maintenir son contrôle sur la région par ses alliances (Iran du Shah et Turquie avant le régime actuel) et la présence de régimes arabes dominés par les puissances impériales, et la faiblesse de la résistance palestinienne, ce n’est plus le cas aujourd’hui, et notamment depuis 2000. Depuis cette date, et malgré les apparences, l’entité  sioniste est en chute libre. Ses deux « aventures » militaires pour détruire la résistance dans la région ont échoué. Armée  jusqu’aux dents, elle  ne peut plus lancer de guerres, ni contre le Liban (pour frapper la résistance islamique du Hezbollah), ni contre la bande de Gaza (pour frapper la résistance palestinienne) ni contre l’Iran, alors que sa mission première est d’assurer la domination impériale dans la région, donc la destruction de toute force opposée à sa présence et à la présence de ses alliés américain et européen.

Les manœuvres militaires conjointes avec les Etats-Unis se multiplient, les armes les plus sophistiquées lui parviennent à chacun de ses éternuements (chantage à l’antisémitisme ou autres), mais que faire de tout cela ? Après 2006 et 2008, et après ses dernières attaques contre Gaza, l’entité  sioniste a réalisé que toute attaque sera immédiatement suivie d’une riposte. Il y a quelques mois, le mouvement du Jihad islamique avait riposté, seul, contre les bombardements sionistes, obligeant les colons de plusieurs colonies situées au sud de la Palestine occupée à vivre dans les égoûts. Il y a quelques jours, et après un long travail de coordination, le mouvement du Jihad islamique et le Hamas ont riposté ensemble au bombardement sioniste, faisant comprendre à l’agresseur que le temps où il comptait sur les différences entre les mouvements de la résistance, est révolu. Considérée comme le « point faible » du front de la résistance, la bande de Gaza a prouvé sa capacité, et les résistants ont instauré un « équilibre de la terreur » avec l’ennemi, selon lequel les sionistes doivent soigneusement évaluer toute attaque d’envergure et calculer leurs pertes et leurs gains, avant de se lancer dans toute aventure. C’est également cette équation qui prévaut quant au Hezbollah et à l’Iran (mais c’est aussi celle qui doit prévaloir quant à la ville d’al-Qods).

L’entité guerrière  sioniste vit dans la crainte de l’avenir. Les peuples de la région, par principe, refusent sa présence et souhaitent une Palestine libre et le retour des réfugiés dans leur patrie. Il ne doit sa survie, jusqu’ici, qu’à la collaboration de certains Etats arabes et musulmans avec l’impérialisme américain et même européen et aux intérêts stratégiques dans la région de ceux qui se font passer pour être « la communauté internationale ». Craignant pour son avenir, l’entité  sioniste planifie ses conquêtes mais panique devant tout changement. Or, depuis plus d’un an, la région est entièrement bouleversée. Ses meilleurs amis arabes ont été mis à la porte (Moubarak et Ben Ali) et l’inconnu plane sur toute la région. Quelle sera la place de la Palestine et du conflit arabo-sioniste dans les futurs régimes mis en place ? Si les peuples arabes ne le savent pas non plus, il n’en demeure pas moins que c’est le régime sioniste qui panique le plus, parce qu’il est, au fond, l’acteur le plus fragile dans la région.

C’est pour ces raisons que des élections législatives anticipées ne changeront que peu de choses sur la scène sioniste. Que les ultras ou les « modérés » gouvernent, que Lieberman le russe ou Mofaz l’iranien l’emportent, que Livni ou Barak, les meurtriers du Mossad, accèdent au gouvernement, les changements qui risquent d’avoir lieu ne peuvent plus stabiliser le régime sioniste. Ses crises internes dues aux normes imposées par la mondialisation économique et financière, ses divisions socialo-ethniques qui le traversent, ses problèmes dûs à son identité imprécise et non définie (religieux et laïcs), son racisme inhérent à sa nature, tout cela s’ajoute au fait qu’il ne peut plus s’aventurer dans une guerre (le drone qui a circulé plus de 20 minutes en Palestine occupée a déstabilisé son état-major) sans qu’il n’en ressente profondément les conséquences et qu’il craint tout imprévisible, alors que nous vivons à présent dans l’ère de l’imprévisible.