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La crise syrienne vire à la guerre Par Zouhir MEBARKI


 

 

«Nous ne sommes plus à l’époque de l’Empire ottoman!», c’est par ce rappel que le ministre syrien de l’Information a fait part du rejet, par son pays, de la «proposition» turque. Ankara avance, en effet, que le meilleur moyen pour en finir avec la crise en Syrie est de remplacer Bachar Al Assad par son vice-président Farouk Al-Charaa pour diriger la période de transition. Il faut dire que le parti pris d’Ankara avec l’opposition syrienne ne peut pas lui servir dans ce rôle de «bons offices». De plus, ces propos diplomatiques entre les deux pays interviennent au moment où leurs armées «échangent» des tirs d’obus à la frontière. Un dangereux glissement qui risque de transformer la crise syrienne en guerre turco-syrienne. Depuis que l’artillerie syrienne a abattu, en juin dernier, un avion turc, les échanges de tirs à la frontière entre les deux pays n’ont pas cessé. A la frontière syro-libanaise c’est le même scénario. Les tirs d’obus syriens suivis de tirs, sur le territoire libanais, se succèdent. Pas de riposte du Liban jusque-là qui se contente de protestations. Pour de nombreux observateurs, le danger de voir la crise syrienne se transformer en guerre entre la Syrie et ses deux pays voisins est grand. Pour d’autres observateurs, le durcissement de ton de la Turquie vis-à-vis de son voisin syrien, notamment depuis le feu vert donné par son Parlement pour poursuivre les opérations militaires contre la Syrie, dénote de l’échec, à terme, de la rébellion syrienne. D’ailleurs, l’armée syrienne a marqué, hier, une nouvelle victoire en reprenant un quartier de Homs qui était contrôlé par les rebelles. Ceci, même si les attentats à la voiture piégée se poursuivent à Damas. Hier, c’était le siège des services de sécurité de l’armée de l’air qui a été la cible d’un double attentat qui a fait plusieurs dizaines de victimes. Le choix d’entrer en guerre progressivement avec la Turquie principalement, sans avoir l’air d’en prendre l’initiative, pourrait être une alternative stratégique pour la Syrie. Il serait même le moyen pour Damas de sortir des combats de rues qui durent depuis près de deux années et auxquels les armées régulières ne sont pas adaptées. Sachant également que la Syrie a toujours accusé «l’aide étrangère aux rebelles». Ce transfert des combats des quartiers syriens aux frontières pose une équation difficile à résoudre à la communauté internationale, notamment ses membres qui soutiennent la rébellion. Une guerre de la Syrie contre l’un de ses pays frontaliers embraserait toute la région et serait d’un grave danger pour le reste du monde. Il faut toujours avoir présent à l’esprit que Damas est liée, depuis 2006, à l’Iran par un pacte de défense. C’est-à-dire que le nucléaire iranien tant redouté pourrait ne plus être le casse-tête de l’Aiea mais de la défense militaire des grandes puissances. La faible réplique dont fait preuve Ankara face à la répétition des tirs d’obus syriens (lundi dernier c’était le 6e tir) s’explique précisément par l’ampleur de la dimension que pourrait prendre le «printemps arabe» dans son «escale» syrienne. S’il est vrai que Bachar Al Assad joue cette carte, il mettra sans nul doute toutes les chances de son côté avant les élections américaines prévues le 6 novembre prochain. Chacun sait qu’en période électorale, les Etats-Unis ont une politique plutôt modérée. Ce n’est vraiment pas le bon moment pour eux de s’engager dans une quelconque aventure militaire. C’est ce que craint la Turquie. C’est aussi ce que craint Israël au cas où le pacte de défense syro-iranien est mis à l’épreuve. L’appel fait, à partir du Luxembourg où il se trouvait lundi dernier, par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, à la rébellion syrienne d’accepter le cessez-le-feu procède de cette même inquiétude. Tous les pompiers le savent, le feu fait partie des moyens d’arrêter l’incendie! http://www.lexpressiondz.com/