Aller à…
RSS Feed

La Jordanie, poste avancé de l’OTAN, d’Israël et du Golfe.


Par Guy Delorme

On apprend aujourd’hui  que la Jordanie a entrepris de déployer quatre batteries de missiles américains Patriot sur sa frontière avec la Syrie. Ce n’est pas encore fait, mais ça ne saurait tarder, selon Georges Malbrunot, journaliste affecté aux questions syrienne et proche-orientale au Figaro. Ces missiles ont été vendus dans les années 90 par les Américains aux Allemands qui les revendent aujourd’hui au gouvernement jordanien. Après que ce dernier en eut fait la demande à Berlin, et que Washington eut autorisé Berlin à les vendre à Amman. La Jordanie déploie les Patriot pour parer à d’éventuelles attaques aériennes venue de Syrie (!). Mais aussi et surtout, précise Malbrunot s’appuyant sur un expert, pour protéger la frontière orientale d’Israël. En effet, l’Etat hébreu, s’il est déjà garanti de la présence d’éventuels missiles du Hezbollah sur sa frontière avec le Liban, et de missiles tirés à partir de l’ouest de la Syrie, reste vulnérable à ceux qui pourraient être envoyés depuis des territoires plus orientaux de son voisin. Et c’est là que la Jordanie « intervient ».

Les batteries de missiles anti-missiles devraient être déployées autour de la ville d’Irbid, à une vingtaine de kilomètres à peine de la frontière syrienne et de Deraa.

Maquiller l’agressif en défensif

On se doute, vu le contexte et le pays ciblé, que l’administration Obama n’a pas hésité longtemps à donner au gouvernement allemand cette autorisation de vendre des Patriot à la Jordanie. D’autant qu’Israël a mis toute son « autorité morale » pour appuyer la transaction, indique Georges Malbrunot.

On sait depuis longtemps que la monarchie hachémite est un relais de la politique américaine dans la région. Mais les choses ne se sont pas arrangées, de ce point de vue, avec la montée en puissance des Frères musulmans locaux, longtemps réprimés mais aujourd’hui interlocuteurs valables et même incontournables du gouvernement jordanien (voir notre article « Al Qaïda et les Frères musulmans appellent au djihad contre Bachar« ). Les « Frères » jordaniens, se solidarisant de leurs « cousins » syriens, ont appelé récemment à la guerre sainte contre Bachar al-Assad. Et le gouvernement royal ne les avait pas attendus pour adopter toutes les positions anti-syriennes de la Ligue arabe sous influence qatarie. Simplement, la Jordanie avait demandé à déroger aux sanctions économiques contre son voisin, son économie ayant manifestement besoin des échanges avec Damas.

On constate, une énième fois, que tous ces islamistes plus ou moins fondamentalistes sont les alliés objectifs de cet Etat hébreu et de ces Etats-Unis qu’ils vouent rhétoriquement aux gémonies. Mais Georges Malbrunot écrit que cette opération Patriot doit « être soigneusement tenue secrète pour ne pas mécontenter une population aux trois quarts composée de Palestiniens« , réfugiés en Jordanie depuis 1967 . C’est mal parti pour le secret, apparemment ! Et l’on verra comment les Frères musulmans expliqueront à leurs électeurs cette collusion objective avec l’ »entité sioniste« …

Sur le fond de l’affaire, Georges Malbrunot nous explique qu’Israël « redoute » que le gouvernement syrien ne déchaîne, en une sorte de diversion désespérée à ses problèmes intérieurs, le feu de ses Scud et autres missiles M-600 – de fabrication syrienne mais de conception iranienne. Cette crainte aurait été alimentée par les déclarations menaçantes, en mai 2011, de Rami Makhlouf, cousin de Bachar et désigné comme « grand argentier » officieux du régime. Mais à supposer que le pouvoir de Damas ait sérieusement caressé un jour cette option, ce n’est pas maintenant qu’il taille des croupières aux bandes armées et qu’il est plus que jamais assuré du soutien de la Russie et de la Chine, qu’il peut envisager de se confronter militairement à une coalition israélo-américano-jordanienne ! En fait, une fois de plus, les Occidentaux et leurs relais locaux maquillent en mesure défensive tout un dispositif d’encerclement de la Syrie, destiné à une éventuelle pression militaire et, dans l’immédiat, à une pression psychologique accrue.