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Le président Al Assad va-t-il proposer un gouvernement d’union nationale ?


Le Président Al Assad va-t-il proposer un gouvernement d’union nationale ?

Mercredi 21 décembre 2011 – 07h:27

Source: Ibrahim al-Amin – al-Akhbar

Les efforts frénétiques arabes et occidentaux sur le front syrien ne changeront en rien les positions retranchées des deux côtés : celui de ceux qui font porter au régime la responsabilité de tout ce qui se passe, ou celui de ceux qui accusent les opposants de mener le pays à la ruine.

Il est certain que la crise va durer. Il est illusoire de parler de retour au calme en Syrie dans un avenir proche.

En attendant, alors que le sang continue de couler et que le statu quo persiste en l’absence de tout changement politique de fond, les Syriens sont confrontés à une nouvelle série de questions, en plus de celles posées tous ces longs mois depuis le début de la crise.
Ces dernières concernent la liberté, la démocratie, le changement, le renversement du régime, la guerre d’intervention étrangère, et toutes les questions liées.
A cela s’additionnent maintenant des préoccupations quotidiennes touchant à la coexistence communautaire, à la gravité du schisme politique, aux divisions sectaires, à la crise économique et aux conditions de vie.

Le monde extérieur, proche et lointain, à son tour va devoir apprendre à vivre avec les nouvelles réalités de la Syrie – indépendamment de toutes les évaluations faites par les ambassades occidentales et les agences de renseignement, si largement reprises dans les médias et les milieux politiques, selon quoi la fin du régime serait proche (tout en prenant soin d’éviter de donner n’importe quel date butoir).

Il est tout à fait normal que les détracteurs de la Syrie à l’étranger fassent tout ce qu’ils peuvent pour faire avancer leurs plans afin de renverser le régime et d’installer au pouvoir un groupe politique qui lui soit alors redevable.

Mais le débat au sein de l’opposition syrienne s’est lui-même maintenant transformé en une seule question : la meilleure façon de soutenir ces plans occidentaux, plutôt que la façon de formuler un programme indépendant qui pourrait attirer un soutien international. Nous faisons référence ici à l’opposition extérieure, l’opposition interne semblant incapable de déterminer une position commune qui exprimerait le soutien de la rue. L’opposition externe a rapidement épuisé ses objectifs politiques, ses slogans et idées, et a commencé à se comporter en conformité avec l’agenda politique tel que formulé à l’étranger.

Ainsi, lorsque les Etats arabes ont choisi de convoquer une réunion d’urgence de la Ligue arabe afin de faire pression sur le régime, les opposants à l’extérieur ont compris le signal en renforçant la rhétorique sur les circonstances exceptionnelles justifiant l’intervention en Syrie, et en publiant d’énormes chiffres de victimes attribués uniquement au régime. (Les funérailles quotidiennes des membres de l’armée et des forces de sécurité sont en quelque sorte ignorées, ou alors ces victimes sont comptabilisées comme des manifestants tués par les forces du régime.)

Mais les décideurs en Syrie sont-ils en train de changer leur façon de penser ? Par opposition, personne ne peut affirmer avec certitude à quel point des progrès sont réalisés. Pourtant, les idées sont discutées, ce qui pourrait refléter un changement dans l’approche de la direction syrienne face à la crise. Il faut souligné que cela ne devrait pas être considéré comme la mise en place de mesures spectaculaires en réponse à la pression de la rue. Au contraire, beaucoup de calme [apparent] est maintenu, mais avec une appréhension accrue quant à la période à venir, et avec un certain nombre de considérations à l’esprit. Il s’agit notamment de :

1- La direction syrienne sait que la crise intérieure est réelle. Le président Bachar al-Assad a rencontré un grand nombre de Syriens dans toute une série de rencontres, et une grande proportion d’entre eux ont fait part de griefs fondamentaux. Il est arrivé à la ferme conclusion que ce que le peuple syrien veut – et veut même violemment – c’est le pluralisme politique.
Un pluralisme qui permettrait l’exercice de plus de libertés et d’une rotation du pouvoir, grâce à des institutions étatiques débarrassées du contrôle d’un parti unique, réglementant les services de sécurité en mettant un terme définitif à leur intrusion massive dans la vie des gens, et mettant fin à l’envahissante corruption.

2- La direction syrienne sait que cela l’oblige à annuler l’article VIII de la Constitution, et à chercher à intégrer d’autres organisations à l’extérieur du parti Baas dans le gouvernement. Ceux qui réfléchissent à la question proposent de tenter de former un gouvernement d’unité nationale. Celui-ci comprendrait à la fois des partisans et adversaires du régime actuel, ainsi que des indépendants qui ne se considèrent ni liés au régime, ni impliqués dans des groupes d’opposition. Un tel gouvernement aurait des pouvoirs très étendus qui lui permettraient de mettre en place de véritables réformes administratives et économiques, et de maintenir réellement les agences de sécurité hors de la vie quotidienne des gens.

3- La direction syrienne considère que les opposants rassemblés à l’étranger sous la bannière du Conseil national syrien (CNS) ne peuvent pas, dans l’état actuel des choses, devenir de véritables partenaires. Le régime a donc apparemment repris des contacts discrets avec des figures de l’opposition à l’intérieur. Mais selon certains responsables, ces derniers restent très méfiants, craignant de perdre le soutien du public. Le régime est également ouvert à une médiation avec certains groupes et des personnalités de l’opposition à l’étranger qui sont dans le CNS.

4- La direction syrienne n’a aucun doute sur le fait qu’elle est confrontée à une attaque concertée par une alliance qui comprend un certain nombre d’Etats arabes et occidentaux aux côtés de la Turquie. Elle cherche résolument à contrer cette attaque en cimentant ses relations avec la Russie, la Chine, l’Iran et d’autres pays comme l’Irak, sans fermer la porte à d’autres intervenants. Elle est particulièrement intéressée, à cet égard, par les efforts en cours d’une médiation de l’Arabie saoudite.

Il faudra un certain temps pour que la situation s’éclaircisse. En attendant, l’attention à l’intérieur de la Syrie sera plus portée sur les effets de l’embargo économique et financier et à son impact sur la population ainsi que sur le gouvernement. Le débat sur la poudrière inter-communautaire, quant à lui, suggère que toute initiative doit être anticipée par les dirigeants syriens dans le cadre de leur confrontation avec les opposants armés.

* Ibrahim al-Amin est éditeur en chef du journal al-Akhbar.