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La Syrie et l’effondrement du projet impérial américain


 par Hachem Ibrahim

 

Qu’il en existe ou non un projet dit du Grand ou du Nouveau Moyen-Orient, les événements qui se déroulent dans le monde d’aujourd’hui sont l’expression de la difficile gestation d’un projet plus grand, à savoir celui du rêve qu’est l’instauration de l’empire américain mondial, ce rêve dont la réalisation est parue pour les décideurs américains possible et facile depuis l’effondrement de l’Union soviétique.

En dépit de la théorie de la « Fin de l’Histoire » pour laquelle le monde aurait, avec la disparition de la bipolarité mondiale, dépassé l’ère des conflits pour s’engager volontier dans l’ère de la paix définitive sous les pavillons de la démocratie telle qu’elle est conçue par Washington, le projet impérial ne pouvait pas se passer de provoquer de nouveaux conflits dans lesquels il pourrait s’investir pour accélérer le processus de domination absolue du monde. C’est la raison pour laquelle le projet en question s’est appuyé sur la théorie du « Choc des Civilisations ».

Mais en dépit de l’ambiguïté qui englobe cette théorie ainsi que le concept de « civilisation » tout particulièrement, on a vite compris que la connotation du « choc » n’est en fin de compte qu’un choc voulu et confectionné par les directions américaines et la partie du monde qu’ils dirigent, d’une part, et le monde islamique de l’autre.

Le fait de confectionner de toute pièce l’idée d’un tel conflit n’est pas étranger à l’esprit des décideurs de la politique américaine qui ont imaginé qu’il conduira rapidement au triomphe des Etats-Unis en raison de l’état de faiblesse et de délabrement qui frappe la presque totalité des pays musulmans.

Et on se montre pressé car, de l’Indonésie jusqu’aux profondeurs de l’Asie, de l’Europe et de l’Afrique, les pays musulmans constituent effectivement le cœur du monde. Géographiquement mais aussi géopolitiquement et stratégiquement.
De colossales richesses naturelles, un développement démographique de plus en plus rapide et, surtout, une religion à même -une fois débarrassée des manipulations qui portent atteinte à ses textes et aux modalités de son application- de conduire l’humanité désemparée vers le havre d’une vie en mesure d’ouvrir devant l’homme les voies des deux Paradis d’ici- bas et de l’au-delà.

Un monde islamique qui, pour le projet impérial, aiguise les convoitises et les hantises en même temps.
Il était fort possible pour le projet hégémonique d’atteindre ses objectifs en usant de méthodes douces étant donnée la pauvreté, l’ignorance, la désintégration sociale et politique héritée de long siècles de despotisme et d’obscurantisme que tiennent à pérenniser des régimes marionnettes dans les mains de Washington et de ses alliés.

Cependant, l’arrogance, la mégalomanie, le plaisir d’exercer la violence, de détruire l’autre et de fonder la gloire sur la base des exploits militaires, ont poussé les dirigeants américains vers la réalisation de leur projet par la seule voie armée.

Il ne leur était pas difficile d’inventer les justifications de la guerre : La conspiration américaine qui a été couronnée par les attentats du 11 septembre 2001 ont consacré le terrorisme comme spécialité de l’Islam et permis aux Etats-Unis de se charger de la tâche consistant à débarrasser le monde de ce fléau. On a donc attendu dix jours avant de constituer une alliance rassemblant 36 pays et comprenant toutes les superpuissances occidentales et de lancer la guerre contre le plus pauvre pays du monde, à savoir l’Afghanistan.

Pour pousser l’arrogance à l’extrême, le Pentagone a voulu prouver la capacité de sa machine de guerre de remporter la victoire dans deux guerres en même temps. C’est ainsi qu’a eu lieu l’invasion de l’Irak en mars 2003 à partir d’un mensonge en l’accusant de posséder des armes de destruction massive.

Le motif de l’invasion de l’un et de l’autre pays non connus comme une menace qu’ils constitueraient pour le projet impérial, pour la sécurité nationale américaine ou pour la paix mondiale ne fut que l’intention de les utiliser comme têtes de pont pour envahir et dominer les pays musulmans voisins.
L’Afghanistan, comme tête de pont vers le Pakistan, l’Iran et les pays d’Asie centrale et, en même temps, comme massue pour intimider la Russie, la Chine et l’Inde.

L’Irak, comme tête de pont vers l’Iran, la Syrie, le Liban et la Palestine. Sans toutefois négliger, en dépit des amitiés et des alliances, la volonté de faire chanter et de mettre aux abois, primo, la Turquie qui, par la place qu’elle occupe au sein du monde musulman mais aussi au sein d’un monde de culture turque s’étendant de Sarajevo à Alma Ata, présente une des menaces potentielles pour l’Occident et, secundo, les pays du Golfe que l’Occident ne cache pas son penchant à considérer les richesses pétrolières comme un patrimoine mondial.

Il est ainsi clair que, dans le cadre de sa mise à l’index permanente et infructueuse depuis sa révolution islamique en 1978, l’Iran est directement visé par l’invasion de l’Afghanistan, son flanc oriental, aussi bien que par celle de l’Irak, son flanc occidental. La raison est simple : Il œuvre sans relâche pour l’unité du monde islamique et pour la défense de ses causes justes avec, en premier lieu, la cause palestinienne. De plus, l’Iran est le seul pays islamique qui présente un modèle vivant et réussi au niveau de la construction politique, économique, social et culturel, un modèle qui commence à attirer l’attention des tous les peuples opprimés et épris de libération à l’intérieur et à l’extérieur du monde islamique.

Pour ce qui est de la Syrie et des mouvements de la résistance, ils sont visés autant car ils ont bloqué le processus de la soumission arabe assenant ainsi un coup dur au projet impérial sur les deux plans régional et international.

A la lumière de ces données et dans les conditions des défaites encaissées par les impérialistes en Afghanistan, en Irak, au Liban et à Gaza, le pari sur le choc des civilisations a perdu à tous les coups. Le round dans lequel il met actuellement toutes ses cartes en Syrie ne sera pas par une perte comme les autres. La Syrie ne tournera pas seulement la dernière page du projet impérial. Elle lancera plutôt le début du grand effondrement qui a commencé à faire trembler la totalité de l’édifice du monde impérialiste.

 

Source : La Résistance islamique au Liban