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L’Arabie Saoudite prive un imam de pèlerinage sur décision politique


 

Le cheikh Saïd Ramdan El-Bouti. D. R.

Le cheikh Saïd Ramdan El-Bouti. D. R.

 

Le pèlerinage n’est plus seulement une source de rente grâce aux millions de pèlerins qui font entrer 6 milliards de dollars dans les caisses de la famille royale, il est désormais un instrument de représailles politiques contre tous ceux dont les positions ne plaisent pas aux Al-Saoud, alliés des États-Unis. Le cheikh Saïd Ramdan El-Bouti, prêcheur à la mosquée des Omeyyades à Damas, vient d’en faire l’expérience. Les autorités saoudiennes lui ont refusé le visa d’entrée pour effectuer son pèlerinage aux Lieux saints de l’islam pour une raison qui n’a rien à voir avec la religion, les Al-Saoud lui reprochent sa position politique dans la guerre que la Syrie, c’est à dire son pays, subit depuis plusieurs mois. L’Arabie Saoudite – avec le Qatar et la Turquie – offre non seulement un soutien politique aux terroristes qui agissent en Syrie mais aussi des armes et de l’argent, faisant obstacle à la recherche d’une solution pacifique à la crise. Cheikh El-Bouti ne s’est pas aligné sur cette position dictée par les Etats-Unis à l’Arabie Saoudite. Anti-occidental, il refuse de cautionner le complot qui vise son pays. Ses prêches retransmis par la télévision syrienne, condamnant le terrorisme, font de lui un précieux soutien des autorités syriennes. Les islamistes l’accusent de donner une caution religieuse à un Etat laïc. Cela justifie-t-il que le visa lui soit refusé pour l’empêcher d’aller aux Lieux saints ? Oui, a décidé la théocratie wahhabite, sectaire et intolérante, dirigée par la monarchie absolue des Saoud, décrits par les spécialistes comme des «gérontocrates moyenâgeux et vassaux des Etats-Unis». Les oulémas à la solde de ce clan n’hésitent pas à produire des fatwas qui servent les intérêts de la famille royale. Mais ils ferment les yeux sur les fléaux qui gangrènent ce pays, en particulier la corruption. La population accepte de moins en moins l’injustice sociale. Dans ce pays le plus fermé et le plus rétrograde de la planète, les manifestations de protestation prennent souvent une tournure violente.
Lazhar Houari