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Le Hezbollah en guerre (5) : La naissance d’un Nouveau-Moyen-Orient


par lecridespeuples
(26 juillet 2006)

Discours du Secrétaire Général du Hezbollah Sayed Hassan Nasrallah le 26 juillet 2006, au 14e jour de la guerre d’annihilation déclenchée par Israël.

Tous les discours de Nasrallah durant la guerre de 2006, censurés par Vimeo (après Youtube et Facebook), seront publiés cet été à leur date anniversaire.

Traduction : lecridespeuples.fr

« Je n’ai aucun intérêt pour une diplomatie qui viserait à ramener le Liban et Israël au statu quo ante. Je pense que ce serait une erreur. Ce que nous voyons ici, dans un sens, est la naissance, les contractions de l’enfantement d’un nouveau Moyen-Orient. Quoi que nous fassions, nous devons être certains que nous poussons les choses vers le nouveau Moyen-Orient et que nous ne retournons pas vers l’ancien. » Rapport spécial du Secrétaire d’Etat des Etats-Unis Condoleeza Rice, 21 juillet 2006.

« On nous demande toujours si, en capturant ces deux soldats, nous nous attendions ou pas à une réponse et à une réaction d’une telle ampleur. Mais laissez-moi vous dire autre chose : lorsqu’elle a capturé ces deux soldats israéliens, la Résistance, sans le savoir –je ne prétends pas qu’on le savait, on ne le savait pas–, a neutralisé le plus dangereux projet et le pire scénario de guerre contre le Liban, contre la Résistance au Liban et contre le peuple libanais. Voilà la vérité. Telle est la conclusion à laquelle nous sommes parvenus aujourd’hui. Du fait de la capture de ses deux soldats, l’ennemi israélien s’est retrouvé dans une situation difficile et humiliante, ne pouvant pas supporter un tel coup, et il a donc accéléré la guerre (d’annihilation) qu’il s’apprêtait de toute façon à lancer en septembre ou en octobre, (avec ou sans prétexte). L’importance de cette accélération réside en premier lieu dans le fait que l’ennemi a perdu l’élément de surprise. » Hassan Nasrallah, 26 juillet 2006.

Douze ans après la guerre de 2006, les zones d’ombre qui entourent ce conflit restent si tenaces que la grande majorité du public, y compris nombre de partisans du Hezbollah, adhèrent à la propagande israélienne qui prétend que la guerre de 2006 a été déclenchée par la capture de deux soldats par la Résistance libanaise, et que Hassan Nasrallah lui-même aurait admis que s’il avait pu imaginer à quel point la réaction d’Israël allait être dévastatrice, jamais le Hezbollah n’aurait entrepris cette opération. Rien ne saurait être plus éloigné de la vérité.

Dans son quatrième discours après le déclenchement de la guerre, Hassan Nasrallah a longuement exposé la chaîne des événements qui ont conduit à la conflagration de 2006, dans laquelle l’enlèvement des deux soldats israéliens –parfaitement légal sur le plan du droit international, Israël restant une puissance occupante de parcelles de territoires du sud-Liban et par conséquent une cible légitime jusqu’à la Libération complète– ne constitue qu’un catalyseur. Mais un catalyseur d’une importance considérable, car il a déclenché la guerre deux mois plus tôt que prévu, privant l’agresseur de l’élément de surprise. Selon Norman Finkelstein, la guerre de 2006 était rien moins que la guerre la plus longuement préparée de l’histoire de l’entité sioniste, et le Hezbollah, en position de légitime défense tant en 1982-2000 qu’en 2006, n’aurait rien pu faire (ou ne pas faire) pour l’éviter, sinon se soumettre complètement aux diktats américano-israéliens :

« Les analystes militaires israéliens affirment aujourd’hui que la guerre de 2006 contre le Liban a été la plus longuement planifiée de l’histoire d’Israël. Cela faisait six ans qu’ils s’y préparaient. […]

Si vous voulez fermer les yeux et croire que tout était fini en mai 2000, vous pouvez le faire, vous pouvez jouer à ce jeu. Mais la réalité était, et tout le monde le comprenait, que l’attitude d’Israël était : « On va écraser le Hezbollah ». Et ils ont commencé à planifier une nouvelle guerre juste après avoir été forcés de quitter (le Liban) en 2000. Ils ont trouvé leur excuse, leur prétexte, en juillet 2006 [lorsque le Hezbollah a capturé deux soldats israéliens pour les échanger contre les prisonniers libanais détenus en Israël]. Mais chez les gens rationnels, il ne fait pas le moindre doute qu’Israël n’allait jamais avaler cette victoire, ils n’allaient jamais accepter la victoire du Hezbollah. Ils étaient déterminés à leur donner [une leçon]. […]

Cette guerre n’aurait jamais pu être évitée. Il est impossible que les Etats-Unis et Israël tolèrent la moindre Résistance (surtout victorieuse) dans le monde arabe. Vous voulez prétendre qu’elle aurait pu être évitée ? Vous pouvez jouer à ce jeu. Mais les gens sérieux et lucides savaient qu’il y aurait une guerre tôt ou tard. […]

Si le Hezbollah dépose les armes et annonce qu’il fera tout ce que veulent les Américains, vous n’aurez pas de guerre, c’est vrai, mais vous serez également les esclaves des Américains. Je me dois de respecter ceux qui refusent d’être esclaves. […] Il n’y a pas d’autre voie que la Résistance armée. »

S’il est douteux que cette guerre, lancée en septembre ou en octobre, eût pu réaliser son objectif d’annihiler le Hezbollah, il est certain que le fait que la Résistance libanaise ait pris l’initiative a en grande partie neutralisé les plans de guerre élaborés depuis plus d’une année par les états-majors des Etats-Unis et d’Israël. Le mythe d’une guerre constituant une réaction épidermique à un événement imprévu par Israël est une hypothèse absurde tant les objectifs annoncés étaient considérables –éradiquer le Hezbollah et façonner un « Nouveau Moyen-Orient » par le fer et le feu : on ne décide pas de redessiner toute la carte d’une région du jour au lendemain–, et n’a d’autre but que de présenter faussement Israël en position de légitime défense, et surtout d’occulter l’ampleur de la débâcle militaire du tandem américano-sioniste malgré des années de préparatifs, face à une guérilla de 2 à 3000 hommes de surcroît. Dans un article du 17 août 2006 intitulé –à juste titre : les mensonges sont toujours enrobés d’une couche plus ou moins fine de vérité– « Nasrallah remporte la guerre », The Economist soutenait ce mythe dans un numéro d’équilibriste classique de la presse mainstream, dénonçant les adeptes de récits alternatifs comme des théoriciens du complot:

« Cette guerre n’était probablement rien de plus qu’une erreur [d’Israël] ayant suivi une provocation [du Hezbollah] et non un complot préparé par Israël et les Etats-Unis contre l’Iran, ou par l’Iran contre Israël et les Etats-Unis, comme le soutiennent des théories du complot rivales. »

La déclaration de Condoleeza Rice concernant les « contractions de l’enfantement d’un nouveau Moyen-Orient », d’un cynisme écœurant (« C’est la déclaration d’un monstre. Seul un monstre peut comparer la la naissance d’un enfant à la destruction d’un pays », déclara Norman Finkelstein à ce sujet), visait à justifier les vétos américains réitérés qui ont repoussé de trois semaines l’adoption d’une résolution de cessez-le-feu au Conseil de Sécurité de l’ONU. Les plans de l’administration Bush, responsable du plus grand crime du XXIe siècle –l’invasion de l’Irak–, impliquaient d’en finir avec le Hezbollah au Liban, et Israël avait été mandaté pour ce faire. Washington était pour ainsi dire prêt à continuer cette guerre jusqu’au dernier soldat israélien –car comme le souligne souvent Hassan Nasrallah, malgré la puissance incontestable des réseaux sionistes, c’est bien Israël qui est un instrument des Etats-Unis et non l’inverse. Ce n’est que pour protéger Israël d’un effondrement imminent que Bush a finalement consenti à la résolution de cessez-le-feu. En somme, la déclaration de Condoleeza Rice était à la fois un acte ignoble démasquant la barbarie foncière des Etats-Unis, qui aspirent ouvertement à refaçonner le Moyen-Orient selon leurs intérêts par les bombes avec le plus flagrant mépris pour la vie humaine, et une erreur d’appréciation spectaculaire –la victoire d’Israël ne faisait initialement aucun doute. La guerre de 2006 a enfanté un Nouveau Moyen-Orient non pas entièrement soumis à l’emprise et à l’hégémonie américano-sionistes, mais plus libre et défiant que jamais. L’Axe de la Résistance le prouve jusqu’à aujourd’hui sur les champs de bataille de Syrie, d’Irak, du Yémen et de Palestine.

Le Hezbollah ne pouvait donc que se féliciter –et certainement pas regretter– d’avoir capturé ces soldats israéliens le 12 juillet 2006, deux mois avant l’agression prévue. Certains appelleraient cela un heureux hasard, mais le Parti de Dieu, pour qui la notion de coïncidence est une absurdité ontologique, ne peut le considérer que comme une Grâce divine manifeste.

Le Cri des Peuples

Vidéo : https://www.dailymotion.com/video/x7v7ub4

Transcription :

Au Nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Louange à Dieu, Seigneur des Mondes, et que les prières et la paix soient sur notre Maître Muhammad, sur sa famille noble et pure, sur ses compagnons fidèles et sur l’ensemble des Prophètes et des Messagers. Que la paix soit sur vous, ainsi que la Miséricorde de Dieu et Ses Bénédictions.

Après deux semaines de combats, d’agression sioniste monstrueuse et barbare contre le Liban, et d’une résistance qui confine au miracle, la résistance de ce noble peuple et de cette Résistance courageuse (le Hezbollah), je souhaite m’adresser à vous à nouveau du fait de plusieurs développements politiques et sur le terrain, car certaines choses requièrent des commentaires et des prises de position particulières, afin de bien savoir ce que nous devrons faire durant les jours prochains.

Je commence par le plan politique. Sur le plan politique, nous devons connaitre et prendre pleinement conscience de la véritable portée de la guerre qui a été imposée au Liban et de l’arrière-plan de l’agression qui est actuellement lancée contre le Liban. Après deux semaines, je considère que les choses sont maintenant beaucoup plus claires. De nombreuses données et informations sont devenues disponibles, ainsi que des déclarations publiques et officielles claires, que ce soit de la part de hauts responsables de l’administration américaine, de dirigeants de l’ennemi sioniste ou de ceux qui gravitent dans leur orbite, et également de nombreuses analyses et faits qui mènent à une conclusion unique et claire qui peut nous expliquer clairement la vérité de cette guerre qui se poursuit. Car ce n’est qu’en ayant conscience de la nature de la bataille que nous menons vraiment aujourd’hui, et de la guerre qui nous est imposée depuis deux semaines, que nous saurons comment nous devons nous comporter durant les jours à venir.

O mes frères et sœurs, après les propos du Secrétaire d’Etat américain [Condoleeza Rice] à propos d’un « Nouveau Moyen-Orient », c’est-à-dire un nouveau Moyen-Orient américano-israélien, quelqu’un se figure-t-il encore que ce projet majeur et colossal est né au moment, le jour même ou le lendemain de la capture de deux soldats israéliens par la Résistance islamique ? C’est impossible. Toutes les données confirment que ce projet de Nouveau Moyen-Orient était sur le point d’être lancé, et que depuis une année pour le moins, il était activement préparé.

Aux yeux des Etats-Unis, et à leurs côtés des sionistes, il y avait des obstacles à leur projet de Nouveau Moyen-Orient, qui signifie la région sous l’emprise (totale) de l’administration américaine qui serait la seule à gérer ses affaires, ses ressources et ses choix, et dont le premier partenaire serait Israël. Dans le Nouveau Moyen-Orient, il faut liquider la cause palestinienne. Dans le Nouveau Moyen-Orient, les Palestiniens doivent accepter les miettes que leur proposent Sharon et Olmert. Dans le Nouveau Moyen-Orient, il n’y a de place pour aucun mouvement de Résistance.

Le principal obstacle face au Nouveau Moyen-Orient est la présence de mouvements de Résistance en Palestine et au Liban, et, au niveau des régimes, essentiellement la Syrie et l’Iran. Il fallait donc en finir avec ces obstacles et les ôter de la voie du projet américain historique qui est préparé pour cette région.

Ce (projet) a commencé (à être appliqué) en Palestine. Il fallait liquider les mouvements de Résistance en Palestine. Des élections ont été tenues (à Gaza), et (les Américains & Israéliens) ont été surpris des succès obtenus par les mouvements de la Résistance, et surtout par le Hamas, dans les élections parlementaires qui s’y sont tenues. Cela les a mis dans un grand embarras. Car ce mouvement devait être considéré comme terroriste et assiégé pour qu’ils puissent le liquider. Cette surprise les a amenés à revoir leurs plans. Ils ont assiégé et affamé le peuple palestinien, et ont interdit qu’on lui apporte de l’aide, lui fermant toutes les portes du monde d’ici-bas. Ils poussaient les choses à l’intérieur de Gaza et à l’intérieur de la Palestine à la guerre civile, et le danger auquel faisait face le peuple palestinien était la sédition interne.

Puis l’opération de capture du soldat israélien (Gilad Shalit) à Gaza a eu lieu, qui a été désignée comme (l’Opération) Illusion déformée, et en vérité, l’importance de cette opération est qu’elle a repoussé le danger de guerre civile et ramené tous les Palestiniens à leur bataille véritable et fondamentale (contre Israël). Même ceux qui auraient pu pointer leurs armes contre leurs frères des mouvements de la Résistance sont devenus incapables de le faire.

Au Liban, durant une année complète, il y eut des efforts américains directs et indirects, et les Américains suivaient la situation interne de manière claire, précise et minutieuse. Et ils misaient… Mais leurs espoirs ont échoué au niveau interne. Il est devenu clair pour eux qu’il n’y avait pas de force politique au Liban qui accepterait, si on veut être optimiste (quant au patriotismes des partis politiques libanais), ou qui soit capable, si on est pessimiste, d’en finir avec le mouvement de la Résistance, sa présence et son existence au Liban. Ils ont été surpris de l’ampleur du soutien populaire autour de cette Résistance et de la force de ses alliances internes. Et ils ont donc opté pour un autre choix.

Durant une année entière, ils ont étudié la situation de l’armée libanaise, et je sais que de nombreuses délégations militaires sont venues et ont posé beaucoup de questions, mais ils ont été surpris de découvrir qu’il était impossible que l’armée libanaise s’engage dans un complot de cette nature (et s’en prenne à la Résistance) car c’est une armée patriote. Ses dirigeants, ses officiers, ses échelons, ses soldats, l’organisation de l’armée, la doctrine et la fondation même de cette institution nationale refuseraient (catégoriquement) de s’engager dans un tel complot. Et elle s’est comportée de manière méticuleuse et sage durant l’étape difficile qu’a traversée le Liban quant à sa situation et ses développements internes.

Au début, ils ont également misé sur le fait qu’en entrant au gouvernement et au pouvoir, le Hezbollah serait accaparé par les affaires, les postes, les projets, etc., ce qui pourrait le pousser à faire marche arrière en ce qui concerne les responsabilités djihadistes (militaires) auxquelles il croit et pour lesquelles il a sacrifié beaucoup de martyrs, et à emprunter une autre voie. Mais cela ne s’est pas produit.

Par conséquent, toutes les données internes confirmaient qu’il n’y avait aucune possibilité d’en finir avec la Résistance (de manière intra-libanaise). Ils ont également suivi le débat national, dont ils scrutaient rigoureusement les résultats, et ils sont parvenus au résultat qu’il était impossible de réaliser cet objectif. Au niveau national, les choses se sont donc arrêtées là. Et je considère que les Etats-Unis se sont vus communiquer ou sont parvenus eux-mêmes au résultat qu’il n’y avait aucune voie interne nationale, qu’elle soit politique, sécuritaire, militaire ou populaire, qui puisse permettre de neutraliser la Résistance, sa base populaire et son existence au Liban.

Au niveau régional, par le passé, ils ont beaucoup misé et œuvré pour que nos amis en Syrie et en Iran (finissent par rompre leurs liens avec nous du fait des offres, pressions et menaces), mais ils ont découvert, et je suis très confiant à ce propos, malgré toutes les sornettes que certaines commères essaient de colporter de nos jours, que ni l’Iran ni la Syrie n’étaient prêts à rompre leurs liens avec la Résistance au Liban ou avec la Résistance en Palestine.

Par conséquent, ils en sont arrivés à la seule conclusion possible à leurs yeux, à savoir qu’ils ne pouvaient s’en remettre qu’à une seule partie (Israël) pour porter un coup fatal à la Résistance au Liban, et ensuite à la Résistance en Palestine, après quoi ils pourraient œuvrer à isoler la Syrie et l’Iran, à les menacer, etc. En me basant sur cette analyse que j’ai présentée de manière très synthétique, leur choix s’est porté sur la guerre (lancée par) Israël et l’agression sioniste contre le Liban. Selon les informations qui nous sont parvenues jusqu’à présent, toutes les manœuvres menées par les forces ennemies durant ces derniers mois, surtout au nord et au sud de la Palestine occupée, semblent avoir été des préparations pour une agression contre le Liban.

Le timing (de l’agression) qui était alors envisagé, ou sur lequel on se basait, était fin septembre ou début octobre. Ils avaient encore besoin de données et d’informations (de la part de leurs services) de renseignement pour compléter les plans militaires qu’ils s’apprêtaient à mettre en œuvre fin septembre ou début octobre de cette année. Leur plan supposait également qu’en un seul coup, l’ennemi israélien, avec ou sans excuse ou prétexte, surtout qu’il bénéficie d’un soutien du monde entier et est couvert dans plus d’un endroit du monde, devait lancer une opération terrestre fulgurante et s’emparer de toute la région (libanaise) au sud du (fleuve) Litani pour empêcher que des roquettes Katioucha puissent être tirées depuis cette région. Et au même moment, durant ces mêmes heures, l’aviation israélienne devait frapper toutes les maisons des cadres et responsables et tous les centres et organismes du Hezbollah, ainsi que l’infrastructure (du Liban). Cela était censé entrainer une paralysie complète des mouvements de la Résistance et du pays, et bien sûr soulever les Libanais contre la Résistance, et priver la Résistance de toute capacité de reprendre l’initiative (dans les combats), et donc lui porter un coup si violent qu’elle ne puisse plus jamais s’en relever. Voilà ce qui se préparait.

Certains nous demanderont peut-être : « Pourquoi donc avec-vous capturé deux prisonniers ? » Si nous n’avions pas effectué cette opération, ce projet aurait été infailliblement lancé en septembre ou en octobre. Lorsque nous avons effectué l’opération de capture de prisonniers, et je vais parler en toute franchise et en toute clarté… On nous demande toujours si, en capturant ces deux soldats, nous nous attendions ou pas à une réponse et à une réaction d’une telle ampleur. Mais laissez-moi vous dire autre chose : lorsqu’elle a capturé ces deux soldats israéliens, la Résistance, sans le savoir –je ne prétends pas qu’on le savait, on ne le savait pas–, a neutralisé le plus dangereux projet et le pire scénario de guerre contre le Liban, contre la Résistance au Liban et contre le peuple libanais. Voilà la vérité. Telle est la conclusion à laquelle nous sommes parvenus aujourd’hui. Du fait de la capture de ses deux soldats, l’ennemi israélien s’est retrouvé dans une situation difficile et humiliante, ne pouvant pas supporter un tel coup, et il a donc accéléré la guerre qu’il s’apprêtait à lancer en septembre ou en octobre.

L’importance de cette accélération réside en premier lieu dans le fait que l’ennemi a perdu l’élément de surprise. Le scénario que je viens de décrire se basait avant tout sur l’élément de surprise. Ils supposaient qu’en septembre ou octobre, nous serions négligents, endormis, inattentifs, et qu’en un seul coup, le sud du Litani serait occupé, que nos maisons, nos centres et nos organisations seraient frappés, que nous perdrions notre direction, notre contrôle (sur la Résistance), nos moyens de communication et notre capacité de mouvement, et que par conséquent, la Résistance serait complètement paralysée, avec le moins de pertes possibles pour l’ennemi.

Ce qui s’est passé avec cette capture de deux soldats israéliens est que la réaction excessive de l’ennemi a neutralisé le premier scénario et leur a fait perdre l’élément de surprise, qui était le point le plus dangereux sur lequel comptait l’ennemi israélien dans ce scénario. J’ajoute que l’ennemi israélien a été contraint de lancer cette opération avant son heure, et avant d’avoir réuni toutes les données et informations et effectué les préparatifs nécessaires pour cette opération, et qui pouvaient aider à son succès. Telle est donc la guerre qu’ils ont désignée comme une guerre ouverte, et dans laquelle nous nous sommes également engagés, car nous n’avions pas d’autre choix.

Plus que jamais, ô mes frères et sœurs, ô cher peuple libanais, et ô peuples du monde qui nous suivez et dont les cœurs battent pour nous, nous avons commencé à prendre conscience de manière claire et indéniable l’arrière-plan de cette guerre et ses objectifs. Et par conséquent, tous les débats qui ont eu lieu durant ces derniers jours pour savoir si les prévisions de la Résistance s’étaient révélées fausses, si elle avait donné un prétexte à l’ennemi pour lancer cette guerre (sont vains). L’ennemi s’apprêtait à lancer cette guerre sous deux mois. Et ce qu’a réalisé la Résistance, a cet égard, est peut-être une manifestation de la bonté divine, dans notre manière de voir les choses.

Quoi qu’il en soit, la guerre a commencé, et nous étions prêts du fait de l’opération de capture des prisonniers et notre attente à des réponses violentes. Et la confrontation s’est poursuivie et se poursuit jusqu’à présent. O mes frères, le projet qui est le fondement et la cause de la guerre qui est lancée aujourd’hui est de ramener le Liban dans la sphère de l’emprise et de l’hégémonie américano-israéliennes, soit quelque chose de pire que l’invasion de 1982, et pire que l’accord (de paix israélo-libanais qui perpétuait l’occupation) du 17 mai (1983). Ce qui est requis, c’est que tout le Liban soit arraché à son histoire, à ses engagements, à sa culture et à son identité véritable pour devenir américano-sioniste, dirigé par les Etats-Unis et par Israël par le biais de parties libanaises (collaboratrices) obéissantes, fidèles et sans aucune force ou pouvoir (réels).

Oui, notre destin, à nouveau, aux côtés de tous les véritables patriotes et dignes (Libanais), est de faire face à ce projet malfaisant, de faire en sorte que les objectifs de cette guerre échouent et de mener la bataille de Libération de ce qui reste de territoire occupé et de nos prisonniers, et de mener la bataille de la souveraineté et et de l’indépendance authentiques. Et c’est ce que nous avons confirmé durant les derniers jours.

O mes frères et sœurs, aujourd’hui, après votre forte et grande résistance, les mouvements politiques et diplomatiques ont commencé, et ont donné à l’ennemi l’occasion requise (par plusieurs vétos américain à l’ONU bloquant des résolutions de cessez-le-feu). Et ils lui donneront des occasions supplémentaires, comme je l’expliquerai dans un instant. Avant Condoleeza Rice, une délégation est venue, puis Condoleeza Rice elle-même, et tous ceux qui sont venus jusqu’à présent sont venus pour imposer les conditions américano-sionistes, sans proposer de solution ou d’issue à la crise et aux combats actuels.

Quoi qu’il en soit, je ne discuterai pas maintenant des propositions et des conditions (de cessez-le-feu), car nous préférons laisser cela entre les mains de ceux sur qui nous comptons et pour les réunions internes, surtout qu’en vérité, ce dossier, tant dans sa teneur d’ensemble que dans ses détails, est géré par la personne de confiance (dont j’ai parlé dans mon précédent discours, Nabih Berri), mais je souhaite seulement faire un bref commentaire pour que ce soit clair pour vous et pour tout le monde : j’affirme catégoriquement que nous refuserons toute condition humiliante pour notre pays, pour notre peuple ou pour notre Résistance, ou toute formule qui soit aux dépens des intérêts nationaux, de la souveraineté et de l’indépendance du Liban, surtout après tous ces sacrifices. Quelles que soient la durée de la confrontation et l’étendue des sacrifices, notre slogan véritable et fondamental est avant tout la dignité. Les maisons détruites seront reconstruites par la Grâce de Dieu, de même que l’infrastructure qui a été frappée, mais quant à notre dignité, nous ne permettrons jamais qu’elle soit souillée par quiconque. Il est impossible que nous acceptions la moindre condition humiliante. Nous sommes ouverts à la résolution et au débat politiques, et nous nous comportons de manière responsable et flexible, mais il y a une ligne rouge : nos intérêts nationaux, notre souveraineté et notre indépendance.

Après que Condoleeza Rice soit venue au Liban et soit repartie en Palestine occupée, elle a donné à l’ennemi israélien une occasion supplémentaire. En toute certitude –il s’agit d’une semaine ou de dix jours (de délai supplémentaire accordé à Israël)–, et comme le disent les Israéliens eux-mêmes, ce seront des jours décisifs pour l’avenir. Davantage de persévérance, d’endurance, de cohésion interne et de patience sont requis. Comme cela est connu depuis le début de la bataille, ils comptent sur le fait qu’on sera les premiers à crier grâce. Mais nous continuerons à combattre, et je souhaite enfin déclarer, avant d’aborder la situation sur le terrain, qu’après tout ce temps et l’ampleur des frappes de l’ennemi israélien contre le Liban, de même que j’avais annoncé précédemment que nous étions à l’étape Haïfa (point le plus éloigné frappé par les roquettes et missiles du Hezbollah), j’annonce que nous entrons maintenant dans l’étape au-delà de Haïfa. Et par conséquent, c’est une nouvelle étape de la confrontation et du combat que nous impose l’ennemi, et c’est un choix inévitable. Oui, dans cette nouvelle étape, nos frappes ne s’arrêteront pas à Haïfa, quelles qu’aient pu être les réactions des forces de l’ennemi au bombardement de Haïfa, nous allons passer à l’étape au-delà de Haïfa, et si les choses continuent, nous choisirons le moment où nous irons au-delà de ce qu’il y a au-delà de Haïfa (jusqu’au sud d’Israël). Voilà pour le premier point.

Deuxièmement, en ce qui concerne les combats terrestres. Jusqu’à présent, les combattants de la Résistance ont réalisé de très grands exploits, et l’ennemi sioniste a subi d’importantes pertes au niveau de ses officiers, de ses soldats, de son aviation et de ses tanks. Aujourd’hui, nous combattons à Bint Jbeil, et nous combattrons comme nous l’avons fait à Maroun al-Ras, et comme nous le ferons dans toute ville, tout village, toute position et tout point.

Bien sûr, comme je l’ai dit il y a quelques jours, nous ne sommes pas une armée classique, et nous ne formons pas une ligne de défense classique. Nous combattons selon la guerre de guérilla, et tout le monde connait la manière et les moyens de cette lutte. Et par conséquent, l’important dans la bataille terrestre est l’ampleur des pertes que nous infligeons à l’ennemi israélien. Et je vous confirme que quelle que soit l’ampleur de l’incursion terrestre que parviendra à réaliser l’ennemi israélien, qui possède une grande puissance à cet égard, l’objectif de cette incursion, à savoir empêcher le bombardement des colonies au nord de la Palestine occupée, ne sera pas réalisé. Ces frappes se poursuivront quelle que soit l’ampleur de l’incursion terrestre et de la nouvelle occupation qu’essaie de réaliser l’ennemi sioniste.

L’occupation du moindre pouce de notre territoire libanais constituera une cause et une incitation supplémentaire pour perpétuer et amplifier la résistance. L’arrivée de l’armée sioniste sur notre territoire nous permettra de tuer davantage de ses soldats et de ses officiers et de détruire ses tanks, et nous donnera une occasion plus grande et plus vaste de combattre directement et de saigner les forces de l’ennemi, au lieu qu’il reste terré dans ses casernes à la frontière internationalement reconnue et qu’il se contente de son aviation puissante pour frapper et détruire les villes et les villages et tuer les femmes, les enfants et les civils. Par conséquent, dans la confrontation terrestre, nous aurons l’avantage. Le critère dans cette lutte est l’ampleur des pertes que nous infligerons à l’ennemi et non la quantité de territoire qui restera entre nos mains ou échappera à notre contrôle, car nous ne combattons pas comme un Etat. Tout territoire occupé par l’ennemi, nous le récupèrerons assurément après avoir fait subir à l’ennemi toutes les pertes (possibles).

Nous sommes donc tout à fait prêts à la confrontation terrestre, et nous continuerons à faire face aux agresseurs avec la Grâce de Dieu, et nos espoirs et notre confiance sont placés en Dieu le Très-Haut et l’Exalté et en les bras puissants, les cœurs emplis de foi, les esprits pleins de connaissance et les âmes avides de rencontrer Dieu le Très-Haut et l’Exalté (dans l’au-delà) de nos combattants, pour qui le monde et tout ce qu’il contient n’ont absolument aucune valeur, et dont les pieds sont fermement enracinés sur le champ de bataille.

En ce qui concerne la confrontation terrestre, je souhaite souligner la nature de la guerre psychologique que mène l’ennemi, et face à laquelle la Résistance et le peuple doivent être vigilants. Je vous assure que nous sommes francs et véridiques avec vous, comme vous le savez. Nous ne dissimulons pas nos martyrs. Si l’un de nos commandants ou cadres est tué, qui qu’il soit, nous l’annoncerons publiquement et nous nous en enorgueillirons. Si nous avons un grand nombre de martyrs, nous en serons fiers et nous nous en enorgueillirons. Si des blessés tombent entre les mains de l’ennemi ou qu’il capture des prisonniers parmi nos combattants, nous ne le nierons pas. C’est ce que nous avons toujours fait.

Même durant les combats à Maroun al-Ras, nous avons annoncé que des combats s’y déroulaient. Et lorsque nos derniers combattants ont quitté Maroun al-Ras, nous avons déclaré que nous n’y combattions plus (et que cette ville était entre les mains de l’ennemi). Nous n’avons pas caché cette vérité. C’est pourquoi vous devez nous écouter nous plutôt que la guerre psychologique menée par l’ennemi israélien. L’ennemi israélien affirme depuis deux jours qu’il s’est emparé de la ville de Bint Jbeil. Et malheureusement, il est aidé par plusieurs médias libanais et arabes qui propagent (ses mensonges). Mais l’ennemi ne s’est pas emparé de Bint Jbeil, qui reste entièrement entre les mains des combattants jusqu’à l’enregistrement de ce discours, et ils combattent, affrontent et résistent avec succès.

L’ennemi israélien parle de centaines de martyrs du Hezbollah. Où sont ces centaines (de martyrs) ? Depuis quelque temps, il parle de 20 prisonniers. Où sont ces 20 prisonniers ? Il y a quelques jours, il a évoqué deux prisonniers à Maroun al-Ras, mais il les a relâchés aujourd’hui car ce sont des civils qui n’ont aucun lien avec la Résistance ou avec les combats qui s’y déroulaient.

Ainsi, l’ennemi israélien se vantera d’occuper des villes et de villages, d’avoir tué un grand nombre de combattants et fait un grand nombre de prisonniers, afin de briser le moral des combattants et du peuple. Je vous invite à ne pas croire ces mensonges et à nous faire confiance. Lorsque nous aurons des martyrs, nous les annoncerons. Lorsque nous quitterons un village après y avoir combattu héroïquement, nous annoncerons que nous en sommes sortis.

Nous ne mentons pas à notre peuple, mais ce sont eux qui mentent à leur peuple. Ce sont eux qui imposent une (stricte) censure militaire et mentent à leur peuple et au monde entier, et c’est une preuve de leur faiblesse et de leur détresse, tandis que notre franchise et notre clarté sont une preuve de notre force et de notre volonté.

Quoi qu’il en soit, lorsque nous avons choisi la voie de la Résistance (en 1982), nous savions que nous choisissions une voie des plus ardues, la voie du martyre et des sacrifices qui façonnent la victoire. Nous n’avons rien à cacher. Nous sommes déterminés à tenir bon, à résister, à préserver notre dignité, notre souveraineté, notre liberté et celle de notre patrie. Nous devons seulement résister, être endurants et continuer, et ainsi, les choses ne resteront pas telles qu’elles sont. Par la Grâce de Dieu, la victoire nous est promise, et nous l’emporterons dans cette bataille comme nous l’avons emporté dans les précédentes.

Notre résistance transformera la réalité qui nous entoure, la situation régionale et internationale. L’ennemi n’aura pas beaucoup de temps, quelle que soit la couverture qu’accorde l’administration américaine à cet ennemi : en fin de compte, l’épanchement du sang pur des femmes, des enfants et des civils opprimés, et des martyrs et combattants qui résistent, que ce soit ceux du Hezbollah, de l’armée libanaise ou de toute position de sacrifice aujourd’hui, ce sang triomphera inévitablement de l’épée [allusion au martyre de l’Imam Hussein qui a causé la chute de Yazid et des Omeyyades, ses assassins]. Telle est la loi divine (régissant ce monde).

Que la paix soit sur vous, ainsi que la Miséricorde de Dieu et Sa Bénédiction.

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