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Le Qatar veut torpiller la médiation Brahimi


 Par  M’hamed Khodja

Cheikh Hamad en mission commandée ?

C’est la réponse du berger à la bergère, ou le contraire, plutôt ! Le Qatar vient de réagir violement aux déclarations de l’émissaire international sur la Syrie, Lakhdar Brahimi, qui évoquait, lundi dernier depuis Moscou, la nature de la crise syrienne, la qualifiant de «guerre civile». Le propos ne plaît pas à Doha, d’où cette sortie peu diplomatique du Premier ministre et chef de la diplomatie de cette émirat du Golfe. Pour Hamad Ben Jassem Al-Thani, le conflit syrien n’est autre qu’une «guerre d’extermination». Sur le ban des accusés : le gouvernement syrien, mais aussi ses alliés russes, chinois et iraniens.

La «partie» syrienne alimente toujours les passions. La France, dernier pays admis au Conseil de sécurité, demande la réforme du droit de veto, utilisable uniquement quand il concerne les pays membres du CS, selon les propos de Fabius. Tout le savoir du «mat» russe, après la leçon libyenne, est mis sur la table pour montrer le caractère inadmissible de toute «tricherie» contre un Etat souverain. Le casse-tête chinois se décarcasse en faveur de la Syrie. Téhéran et Le Caire se sont alignés pour un règlement pacifique du conflit. Soutenir la trêve de l’Aïd et les actions d’apaisement prônées par le missionnaire de l’ONU. Pendant ce temps, le Qatar joue au trouble-fête et se lance dans les «dessous» des cartes.

«Ce qui se produit en Syrie n’est pas une guerre civile mais une guerre d’extermination contre le peuple syrien», a affirmé, lundi soir sur la chaîne satellitaire Al-Jazeera, cheikh Hamad, dont le pays avait proposé, sans succès, le déploiement d’une force arabe en Syrie. Pis, le Premier ministre du Qatar a estimé que ce conflit perdure avec la complicité de la communauté internationale. Sélectif, cheikh Hamad exonère ses propres alliés occidentaux, turcs et arabes de cette accusation. Elle est surtout dirigée contre l’Iran, accusé d’être le «parrain» régional du président syrien, mais aussi contre la Russie et la Chine, qui bloquent les résolutions occidentales au Conseil de sécurité de l’Onu. Le Premier ministre et chef de la diplomatie du Qatar réagissait à une déclaration du médiateur international Lakhdar Brahimi qui avait affirmé, lundi à Moscou, que la situation en Syrie empirait et que «si ce n’est pas une guerre civile, je ne sais pas ce que c’est». Cheikh Hamad a affirmé que cette guerre d’extermination était menée «avec un permis de tuer en premier lieu du gouvernement syrien, mais en deuxième lieu de la communauté internationale» en raison de l’attitude de Moscou et Téhéran. «Nous avons confiance en M. Brahimi (…) mais nous avons besoin qu’il donne une idée précise d’une solution devant le Conseil de sécurité, afin d’entamer la période transitoire pour un transfert de pouvoir», a encore dit cheikh Hamad. Lakhdar Brahimi avait appelé à l’instauration d’une trêve pour la fête de l’Aïd la semaine dernière, mais elle a volé en éclats à cause notamment de l’attentat terroriste qui a couté la vie à 47 personnes le jour même de l’Aïd et de l’acharnement des groupes terroristes contre les populations civiles. Le Premier ministre du Qatar, dont le pays soutient ouvertement l’opposition syrienne et arme les terroristes dans ce pays, a affirmé que la trêve était condamnée d’avance en raison de l’attitude du gouvernement syrien. «Lorsque le gouvernement a annoncé qu’il respecterait la trêve mais riposterait à toute violation, il était clair qu’il n’y aurait pas de trêve», a-t-il dit. Un non-sens, sinon cela voudrait dire que le gouvernement syrien accepte que son peuple se fasse massacrer, sans riposter, ce qui équivaudrait à de la non-assistance à personne en danger ! «Toutes les parties savent quelle est la solution et savent ce que veut le peuple syrien», a ajouté cheikh Hamad en allusion à un départ du président Bachar Al-Assad. Un leitmotiv sans cesse répété par les adversaires du chef de l’Etat syrien, qui réduisent l’équation syrienne au départ du président, omettant toute allusion à une feuille de route politique pour assurer une transition pacifique, ce qu’avait proposé il y a plusieurs mois Bachar Al-Assad lui-même et que l’opposition légaliste avait accepté. Poursuivant dans la désinformation et l’amalgame savamment entretenu, le Premier ministre du Qatar s’est offert le luxe de s’attaquer aux deux superpuissances que sont la Russie et la Chine. En effet, interrogé au sujet de la position de ces deux pays, cheikh Hamad a répondu : «Il y a peut-être un veto russo-chinois, mais il y a aussi une conscience internationale et arabe qui se réveille encore plus et qui réalise qu’on ne peut plus se taire par rapport à ce qui se passe en Syrie» «Des membres permanents du Conseil de sécurité ont agi dans plusieurs cas en Europe et dans le monde arabe sans avoir recours à cette instance. «Nous ne voulons pas parler d’une intervention militaire, mais nous estimons qu’il faut qu’il y ait une solution dans l’intérêt du peuple syrien», a-t-il ajouté. Un appel sournois à une intervention de l’Otan, à l’instar des bombardements contre l’ex-Yougoslavie en 1999 et contre la Libye en 2011. Et comme pour lever le voile sur l’hypocrisie de certaines parties, «amies» du Qatar dans la gestion de la crise syrienne, la Russie a accusé les pays occidentaux de s’adonner à la politique de «deux poids, deux mesures». Dans une déclaration du ministère russe des Affaires étrangères reprise par l’agence de presse Ria Novosti, Moscou déplore que «certains de nos partenaires occidentaux mènent ouvertement une politique de deux poids, deux mesures», en bloquant au Conseil de sécurité de l’Onu la condamnation des attentats (de Damas, le jour de l’Aïd, ndlr). La division des terroristes en «bons» et «mauvais» torpille les efforts déployés par la communauté internationale dans la lutte contre le terrorisme», selon les termes du communiqué. Selon Moscou, l’incapacité du Conseil de sécurité à condamner les attentats tels que celui perpétré vendredi 26 octobre près d’une aire de jeux pour enfants à Damas ne fait qu’encourager les terroristes à poursuivre leurs crimes. Pour rappel, suite à cet attentat commis à Daf al-Chok, un quartier résidentiel sunnite du sud de la capitale syrienne, qui a fait des morts et des blessés, dont des enfants, la délégation russe au Conseil de sécurité a préparé un bref projet de déclaration condamnant cet acte terroriste. La Grande-Bretagne a bloqué l’adoption du document, arguant un manque d’information sur la nature de l’incident et se référant au niveau général de violence en Syrie. Un détail qui a échappé au Premier ministre du Qatar ? Pas si sûr !

lejeuneindependant.net