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Le salvateur et dangereux jeu des alliances


Comment les guerres deviennent-elles mondiales ? Par le jeu des alliances. Un pays en attaque un autre, di-sons voisin, lequel est lié à un autre, ou à plusieurs autres, voisins ou plus lointains, par des accords de défense mutuelle, secrets ou déclarés, qui les obligent à se porter à son secours, c’est-à-dire à faire la guerre à l’agresseur. Or celui-ci a ses propres alliés, qui ne manquent pas de prendre fait et cause pour lui dans le conflit qui éclate. En règle générale d’ailleurs, ce n’est qu’après s’être assuré de la solidité de ses amitiés, qu’après les avoir renouvelées autrement dit, qu’un pays ouvre les hostilités, sachant que le pays auquel il a l’intention de s’attaquer, dans son esprit pour les meilleures raisons du monde, a lui aussi des alliés qui vont lui prêter main forte. C’est cette logique des alliances qui a entraîné la Première Guerre mondiale, puis la Deuxième. Mais des guerres méritant d’être qualifiées de mondiales, il n’en a guère manqué dans l’histoire à vrai dire. Il y en a eu à peu près à toutes les époques. Dès lors que deux pays se préparent à s’affronter militairement, il existe déjà la possibilité que d’autres Etats s’en mêlent, soit pour éviter de faire les frais du dé-séquilibre susceptible d’être engendré par la victoire de l’un des belligérants, soit pour pousser un avantage, consolider leur position. Pour autant, il arrive qu’un pays, ou un régime, se retrouve complètement isolé, bien que cela soit rare. Si pour son malheur ce pays est dépourvu de l’arme de la dissuasion, la seule qui compte, la bombe nucléaire, alors il n’a qu’à bien se tenir, car le pire peut bel et bien lui arriver. Le pire est arrivé à Kaddafi et son régime, et c’est bien parce qu’il s’est trouvé isolé dans la région comme à l’échelle mondiale. Il règnerait encore en maître sur la Libye si la Russie et la Chine avaient joué en sa faveur de leurs vetos comme ils l’ont fait plus tard au profit de la Syrie. Ni la Russie ni la Chine n’ont estimé devoir lui apporter le même soutien qu’à un allié véritable. Il fut un temps, toutefois, où son isolement n’aurait pas signé automatiquement sa perte. En ce temps-là, le conflit est-ouest se renouvelait partout où un conflit se faisait jour. La rébellion libyenne, pour autant qu’elle eût été concevable à cette époque, se serait probablement rangée dans un camp, et le régime de Kaddafi dans un autre. Et comme il y aurait eu alors menace d’extension du conflit, par le jeu des alliances justement, les chances de Kaddafi de s’en sortir auraient été alors importantes, en tout cas au moins aussi grandes que celles de ses opposants de le renverser. Pour le régime de Bachar Al Assad par contre, tout se passe comme si le conflit est-ouest était encore une réalité. Bien entendu, cela ne tient pas au précédent libyen. Si Russes et Chinois restent fermes sur leur position, ce n’est pas seulement pour éviter que la même arnaque, le même détournement de la légalité internationale se reproduise dans le cas de la Syrie. C’est sans doute pour des motifs autrement essentiels pour eux, en vertu de considérations valant pour elles-mêmes. En un mot comme en cent : le régime syrien est un allié, et on ne lâche pas un allié sans se nuire grandement à soi-même.      

Par Mohamed Habili

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