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Al-Mouallem explique la genèse de la crise en Syrie


Washington veut déconnecter Damas de Téhéran

Pour Damas l’affaire est claire ! La Syrie paye le prix de son alliance avec l’Iran, le Hezbollah et le Hamas. Le chef de la diplomatie syrienne qui doit participer au sommet des Non-alignés demain à Téhéran a dénoncé une machination américaine, exécutée par ses alliés arabes et turcs dans la région, le tout au profit d’Israël. Autrement dit, ce qui se joue à Damas déterminera la nouvelle reconfiguration régionale pour le siècle à venir. Un nouveau Sykes-Picot ?

 

 

Par M’hamed Khodja

Walid Al-Mouallem n’est pas allé du dos de la cuillère. Dans le très sérieux quotidien britannique The Independent, le ministre syrien des Affaires étrangères s’est confié au non moins sérieux journaliste Robert Fisk, l’un des meilleurs spécialistes de la région. Dans une interview parue hier, le responsable syrien a pointé Washington du doigt. Les Etats-Unis sont «l’acteur principal» qui encourage les rebelles à combattre le gouvernement de Bachar Al-Assad.

«Nous croyons que les Etats-Unis sont l’acteur principal contre la Syrie et les autres sont des instruments», déclare Walid Al-Mouallem. Et les «instruments» en question ne sont autres que l’Arabie saoudite, le Qatar, la Jordanie, le Maroc et la Turquie.

Selon lui, les Américains utilisent la Syrie pour contrer l’influence de l’Iran au Moyen-Orient et ont exagéré les capacités nucléaires de Téhéran dans le but de vendre des armes aux pays du Golfe. D’une pierre deux coups : on déconnecte Damas de Téhéran, ce qui isole davantage l’Iran sur le plan stratégique et lui supprime une capacité de nuisance certaine contre Israël via le Hezbollah et le Hamas, et par un jeu de bascule, on fait pencher la balance des rapports de force du côté des monarchies du Golfe arabo-persique.

Et Al- Mouallem de citer une étude récente d’un cercle de réflexion américain, the Brookings Institution, qui a conclu selon lui que «si vous voulez contenir l’Iran, vous devez commencer avec Damas».

«Des émissaires occidentaux nous ont dit au début de cette crise que les relations entre la Syrie et l’Iran, la Syrie et le Hezbollah libanais, la Syrie et le Hamas palestinien sont les éléments majeurs derrière cette crise», a expliqué le ministre.

«Mais personne ne nous a dit pourquoi il est interdit pour la Syrie d’avoir des relations avec l’Iran quant la plupart, mais pas tous, des pays du Golfe ont de très importantes relations avec l’Iran», a ajouté Walid Al-Mouallem.

Le ministre syrien des Affaires étrangères a accusé aussi les Etats-Unis de soutenir l’offensive  militaire des rebelles en leur fournissant du matériel de télécommunication, ce qui signifie soutenir le terrorisme, selon lui. Le tout afin de reconfigurer la région du Proche-Orient selon les schémas tracés par les stratèges du Pentagone, autrement dit remodeler un nouveau grand Moyen-Orient en y favorisant le «chaos constructif».

Par ailleurs, Walid Al-Mouallem a rejeté les craintes d’un usage éventuel d’armes chimiques par le gouvernement syrien, affirmant que «la responsabilité du gouvernement est de protéger son peuple».

L’emploi d’armes chimiques par le régime syrien serait «une cause légitime d’intervention directe» de la communauté internationale, avait déclaré lundi le président français François Hollande. Le président américain Barack Obama avait lui aussi, la semaine dernière, averti le Damas qu’un recours aux armes chimiques ou même leur déplacement reviendrait à franchir une «ligne rouge» pour Washington et brandi la menace, le cas échéant, d’une intervention militaire. Un avertissement qui équivaut davantage à une ingérence dans les affaires intérieures d’un pays souverain !

M. K. dans le jeuneindependant