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Le temps est venu de reconnaître et soutenir la résistance irakienne


Par Claude Covassi
La résistance irakienne n’est pas terroriste
Malgré ce qu’on essaie de nous faire croire tous les jours, la résistance irakienne n’est pas terroriste.

Le président Bush peut bien mettre en garde ses concitoyens contre le danger « d’Al-Qaeda en Irak », qui formerait des cellules pour attaquer les États-Unis, malheureusement pour lui, des officiers supérieurs américains viennent d’admettre que cette organisation n’existait pas. Les généraux Casey et Kimmitt ont également reconnu qu’Al-Zarkaoui était une fabrication de leurs services de guerre psychologique et le général Bergner a déclaré que son successeur, Al-Baghdadi, était un acteur.

Il est de plus en plus clair que ces pseudo groupes terroristes sont à la solde des Etats-Unis, et qu’ils ne servent qu’à répendre des écrans de fumées afin de créer une confusion entre les attentats sanglants irrationnels et la résistance armée.

Il est aussi notoire aujourd’hui que les commandos de la mort, comme les « brigades du loup », ont été mis en place et dirigés par l’armée américaine afin de propager le chaos.

En combattant la résistance, les forces d’occupation américaines tentent de diviser une nation organique et de promouvoir des bourgeoisies locales corrompues et des chefs de guerre féodaux qui ne peuvent pas, et  refusent mème de créer un Etat de ses citoyens. La répression brutale exercée contre le peuple irakien n’est que le moyen d’assurer les conditions propices au viol, en pleine lumière, de la nation irakienne et de la confisquation de ses ressources en hydrocarbures.

La résistance irakienne lutte contre le l’impérialisme et la mondialisation par la force. Son programme est simple : que l’Irak demeure souverain sur ses richesses, son territoire et son futur.

De l’impérialisme occidental

Depuis plus de 4 000 ans, l’Irak forme une entité géopolitique, économique et sociale unie, composée d’une variété de communautés, dont, entre autres : les Arabes, les Kurdes, les Turcomans, et les Chaldo-Assyriens. Ceux-ci ont accepté de partager le poids du passé, du présent et du futur de leur nation, au risque parfois d’être annihilés. Tout au long de ces 4 000 ans, l’Irak n’a jamais connu de guerre civile. Il existe, bien entendu, des clivages au sein de la société irakienne, mais ceux-ci sont principalement politiques, plutôt qu’ethniques et confessionnels. Ils divisent la société en trois courants politiques majeurs : le courant nationaliste, le courant islamiste et le courant de gauche. Ces trois courants sont par essence anti-impérialistes.

C’est dans ce contexte que le discours médiatique dominant actuel de sectarisme doit être dénoncé comme l’arme d’une puissance coloniale et impérialiste. En effet, en accord avec la tradition d’expansion des empires – grâce au principe du diviser pour mieux régner –, les Etats-Unis ont soutenu des forces intolérantes en Irak. Ils ont organisé, à cette fin, le soi-disant « processus politique », y compris en imposant une Loi de transition administrative basée sur des principes sectaires, l’organisation d’élections d’une Assemblée constituante biaisées, la rédaction d’une Constitution qui impose une structure fédérale « permanente » à une nation précédemment unifiée.

Les forces politiques promues par l’occupation, ne s’accordent que sur un point : le partage de l’Iraq selon des lignes sectaires. Elles ne s’entendent pas sur la notion de fédéralisme.

Le mouvement Kurde espère annexer constitutionnellement la ville de Kirkouk et ses riches ressources pétrolières, afin de déclarer son indépendance dans le futur.

Les partis chiites- Al Dawa du 1er ministre Ibrahim Al Jaafari, et le Conseil Suprême de la Révolution Islamique en Iraq de Aziz Abdul Hakim – espèrent exercer un contrôle de facto du gouvernement central. Ils ont récemment parlé de leur « droit » et de la possibilité de créer une région chiite autonome au Sud du pays.

La résistance irakienne, qui est principalement soutenue par la communauté sunnite, se bat contre le sectarisme. Elle ne reconnaît pas la légitimité des représentants sunnites autoproclamés qui ont émergé des élections de décembre.

Le « Projet pour un nouveau siècle américain » (PNAC)

Au nom de la destruction de l’Irak, les crimes et atrocités commis par l’Occupation américaine et ses alliés sont un affront à la conscience, et constituent, selon le droit international, des crimes contre l’humanité.

Depuis 2003, l’identité, la société, l’Etat et la nation irakiens ont été systématiquement détruits, les ressources réquisitionnées, les sites religieux profanés, les ressources culturelles pillées et la population sauvagement réprimée. Durant les cinq derniers mois, les Etats-Unis ont intensifié leurs campagnes de bombardements massifs sur des villes et des villages entiers. Des milliers de raids aériens sont conduits tous les mois.

Les Etats-Unis ont utilisé des agents chimiques, y compris du phosphore blanc (une arme dérivée du napalm) contre des populations civiles, en particulier à Fallujah et Tel Afar.

Plusieurs villes ont été réduites en ruines, parmi lesquelles Fallujah, Al Qaim, Tel Afar, Haditha. Certains estiment que les victimes civiles seraient plus de 160 000 et soupçonnent l’appareil militaire américain et leur régime fantoche de détenir quelque 82 000 prisonniers, la majorité n’ayant pas eu de jugement.

Ce catalogue de destruction n’est pas seulement une conséquence de la guerre, mais vient d’une rationalité annoncée et développée par l’extrême droite américaine. Le PNAC (Project for the New American Century – « Projet pour le nouveau siècle américain ») peut être crédité d’une chose : sa candeur hallucinante à annoncer les plans impérialistes des Etats-Unis au Moyen Orient et dans le monde.

Le PNAC a été fondé au printemps 1997 par les néo-conservateurs Robert Kagan et William Kristol. Les signataires de son « Mission statement » comprennent Dick Cheney, Donald Rumsfeld, Jeb Bush (le frère de George W. Bush), Francis Fukuyama et Paul Wolfowitz, l’« architecte » de la guerre en l’Iraq.

Beaucoup de ses membres entretiennent d’étroites relations avec l’industrie militaire et pétrolière, mais aussi avec des groupes de pression sionistes.

Alors que le PNAC se décrit lui-même comme « une organisation à but non lucratif, éducative, qui vise à promouvoir le leadership américain mondial », sa « Déclaration de Principes » est sans équivoque :

« L’histoire du XXe siècle devrait nous avoir appris qu’il vaut mieux influencer la marche des événements avant qu’émergent les crises, et répondre aux menaces avant qu’elles n’aient des conséquences désastreuses. L’histoire de ce siècle devrait nous avoir appris à embrasser la cause du leadership américain mondial. »

C’est sur cette philosophie que la doctrine de guerre préventive a été fondée. Avec une audace qui mine plus d’un demi-siècle de coopération internationale multilatérale, le PNAC a dessiné un agenda en quatre points, qui doit lui permettre d’accomplir sa mission :

« 1°/Nous devons augmenter considérablement nos dépenses dans le domaine de la défense si nous voulons assumer aujourd’hui nous responsabilités mondiales, et moderniser nos forces armées pour l’avenir.

2°/Nous devons renforcer nos liens avec nos alliés démocratiques et remettre en question les régimes hostiles à nos intérêts et à nos valeurs.

3°/Nous devons promouvoir la cause de la liberté politique et économique à l’étranger.

4°/Il nous faut accepter la responsabilité du rôle unique de l’Amérique dans la sauvegarde et l’expansion d’un ordre international favorable à notre sécurité, à notre prospérité et à nos principes. »

En d’autres termes, la force militaire sera dorénavant utilisée de par le monde pour étendre les intérêts impérialistes américains, et pour mater et détruire tous ceux qui défendent des valeurs alternatives.

Le radicalisme du PNAC ne peut pas être sous-estimé. Il détruit toute la tradition de souveraineté établie jusque-là par le traité de Westphalie en 1648. En septembre 2000, le PNAC a publié un rapport fondamental, intitulé : « Repenser les défenses de l’Amérique : stratégies, forces et ressources pour un siècle nouveau », dans lequel les mécanismes nécessaires à la suprématie américaine et la rationalité derrière l’attaque contre l’Irak ont été énoncés :

« Pendant des décennies, les Etats-Unis ont cherché à jouer un rôle plus permanent dans la sécurité de la région du Golfe. Si le conflit non résolu avec l’Irak fournit une justification immédiate, la nécessité d’une présence américaine forte dans le Golfe passe avant le problème du régime de Saddam Hussein.»

Le rapport préconisait une modernisation à grande échelle de l’armée, et estimait qu’une enveloppe annuelle de 15 à 20 milliards de dollars serait nécessaire pour transformer les forces américaines en une sorte de « superforce impériale », qui prendrait le commandement de la « révolution des affaires militaires ». Cependant, le PNAC avait bien conscience que cet agenda rencontrerait certaines réticences :

« Le processus de transformation sera probablement long, sauf événement catastrophique déclencheur, du genre d’un nouveau Pearl Harbor. »

Les événements du 11 Septembre 2001 ont fourni un bon alibi.

La destruction de l’Irak à l’œuvre

Persister à lire la situation irakienne selon une analyse sectaire ne nous permet pas de comprendre ce qui se joue réellement, qui est impliqué, et pour quelles raisons les Irakiens résistent si férocement.

Derrière les écrans de fumée de l’idéologie des médias, la réalité est simple.

Avant la première guerre du Golfe, grâce aux pétrodollars et à une politique sociale de redistribution, l’Irak a développé une large classe moyenne éduquée, capable de gérer les revenus du pays pour l’intérêt général. L’Irak avait le meilleur système de santé et d’éducation du Moyen-Orient.

La classe moyenne sait qu’il n’est pas dans l’intérêt national de l’Irak de permettre l’entière privatisation de son économie. Seules les compagnies étrangères et quelques bourgeoisies locales corrompues en bénéficieraient. Cette classe et ses enfants sont la colonne vertébrale de la résistance irakienne. De fait, la lutte globale contre la mondialisation néo-fasciste se trouve menée physiquement en Irak.

La résistance irakienne comprend que l’occupation est la plus haute forme de dictature. Cette occupation, en philosophie et en actes, tente d’imposer son idéologie par des moyens militaires. Après treize ans de sanctions économiques génocidaires, la récente destruction de sa nation et de ses institutions, l’usurpation de ses terres, la réduction en ruines de ses villes et villages, la jeunesse irakienne a pris son destin en mains. Elle lutte afin de pousser l’occupant hors du pays, de sauver l’Irak des griffes de compagnies internationales assoiffées de profits, et d’établir les seules conditions qui peuvent garantir la démocratie : la souveraineté irakienne et son autodétermination.

La destruction de l’Irak n’est pas une discussion de café. C’est un élément de la destruction, planifiée par des forces réactionnaires néo-fascistes, des fondements de la société et de l’égalité internationale, et de la possibilité d’un contrat social entre les peuples.

Le radicalisme de cette destruction est tel qu’il n’est pas suffisant de protester contre les effets qu’elle engendre sur son premier front : tous ceux qui croient dans les fondements de la création humaine doivent s’opposer à la destruction introduite par les plans américains.

Nous devons tous reconnaître et soutenir la résistance irakienne.

Si vous entendez parler de la résistance irakienne dans les médias occidentaux, rappelez-vous, malgré la propagande rabâchée, qu’elle n’est pas terroriste et qu’elle se bat, pour le compte de tous, contre l’agenda global de l’Empire américain.

Publié par Claude Covassi

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