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Le terrorisme, une nouvelle arme de gouvernance sans frontière ?


Françoise Compoint
22/01/2015

Le terrorisme, une nouvelle arme de gouvernance sans frontière ?

© www.avocats-viguier.com

Par La Voix de la Russie | Il est bien commode de réduire les tragédies qui début janvier ont affecté la France à une série d’évènements accidentels dont les raisons sont à chercher dans le taux de chômage chez les jeunes en France et le pouvoir croissant des réseaux islamistes dits par abus de langage « terroristes » dans les cités. Si même il s’agit d’une conjonction de causes superficielles, celles-ci ne sont que motrices. La réalité est à chercher de l’autre côté de ce miroir que l’on a affublé d’un voile opaque nommé « terrorisme ».

Qu’on se le dise : on ne fait pas la guerre à l’obscurantisme religieux et de surcroît au terrorisme en multipliant des caricatures irrévérencieuses quitte à en faire payer de lourdes conséquences à des boucs émissaires dispersés aux quatre coins du monde. On ne combat pas les agents dormants d’un intégrisme islamiste hautement martial en se mettant à poursuivre des artistes comme Dieudonné pour un humour en effet parfois gras mais qui pourtant, si contestable puisse-t-il paraître sur un plan moral, ne constitue certainement pas un délit.

En revanche, il serait intéressant d’apprécier à leur juste valeur les accolades de certains hauts dignitaires français avec l’Emir du Qatar, de revoir le double discours tenu par le Quai d’Orsay selon qu’il s’agisse de la Syrie ou de la France, de redéfinir sa position vis-à-vis des projets impérialistes des States dans un Moyen-Orient qu’ils souhaitent « élargi ». Cette démarche qui sans doute ne sera jamais faite mais dont l’efficacité, dans le cas contraire, n’aurait pas été à démontrer, devrait conduire à une révision multilatérale de la notion même de « terrorisme » en partant de l’EI – un Etat terriblement dangereux en gestation régi par des lois rigoristes et non point une organisation terroriste – et en passant par la redéfinition du crime de guerre dans le cadre du dossier ukrainien. On se souviendra que Vichy à l’instar des forces d’occupation allemande cataloguaient les résistants de « terroristes » surfant déjà à l’époque sur l’ambiguïté du terme. On se souviendra aussi, par lointaine analogie, que le Hamas avait longtemps été classé comme organisation terroriste avant d’être retiré de la liste en décembre 2014 par la Cour Européenne de Justice. A force de jouer avec des notions lourdes de sens, d’armer et de narguer des idéologies complexes qu’il ne faut surtout pas éveiller, on finit par sacrifier des peuples entiers aux besoins criminels d’une minorité de privilégiés.

Ces considérations faites, je donne la parole à Maître Damien Viguier, avocat au barreau de l’Ain et de Genève et docteur en droit.

La Voix de la Russie. « Dans l’un de vos récents articles, vous remettez en cause l’usage déplacé car assez souvent abstrait et presque toujours opportuniste que l’on fait du terme « terrorisme ». Pourriez-vous en dire plus SVP?

Me Damien Viguier. Le temps n’est plus à l’indignation mais à la réflexion.

« Terrorisme » est mot vague, il y a un terrorisme de l’Etat (1792), du peuple, souvent contrôlé par un Etat étranger, ou même un terrorisme mafieux.

Normalement l’Etat ne parle pas de terrorisme ou de guerre. POur les exactions commises par l’armée, il parle de crime de guerre. Lorsque les exactions sont le fait de civils, contre l’armée ou contre d’autres civils, il parle de crime de droit commun, quand bien même ne seraient-elles pas purement crapuleuses mais à mobile politique.

Le fait que l’on assiste à ce vocabulaire nouveau est le signe que l’on veut sortir définitivement du cadre de l’Etat souverain pour entrer dans un configuration internationale qui voit un Gouvernement mondial affronter une menace terroriste planétaire. Un Gouvernement qui trouve sa raison d’être dans ce terrorisme qu’en réalité il suscite, comme en Syrie, en Ukraine, etc. Et en France.

La VdlR. Une dictature antiterroriste pourrait s’imposer sous peu à la France. Même s’il est vrai que les extrêmes sont détestables, pourrait-on envisager une solution plus efficace au défi que constitue le terrorisme islamiste pour l’Europe?

Me Damien Viguier. L’islam n’est pas un danger en soi, il représente même plutôt un espoir.

Les pouvoirs publics veulent une société coupée en deux. D’un côté les Français de souche terrorisés, de l’autre une population issue de l’immigration opprimée et terrorisée elle aussi. On voudrait susciter le danger terroriste que l’on ne s’y prendrait pas autrement.

La configuration que l’on cherche à obtenir rappelle fortement la configuration coloniale, telle qu’en Algérie, par exemple, dans les années 50. Cela fait penser également à la Palestine actuelle.

Et comme par hasard ceux qui tels Dieudonné et Alain Soral s’opposent par la pensée à cette configuration coloniale en France sont persécutés.

La VdlR. Vous dites que l’on a plus tendance à sanctionner les idées que les actes. Mais les idées, ne motivent-elles pas en définitive les actes? Ne devrait-on pas sanctionner certaines idées à titre préventif ?

Me Damien Viguier. Il faut rappeler qu’en droit pénal c’est l’acte matériel, la commission de l’infraction qui vaut des poursuites et une répression. Il faut revenir aux bases. Cela explique qu’il faille incriminer l’acte du complice d’une infraction pour celui qui n’a pas commis directement l’infraction mais qui n’a fait qu’aider l’auteur principal. Seulement la répression de la complicité dépend de l’attitude de l’auteur. S’il agit, le complice est puni, s’il n’agit pas, le complice n’est pas punissable. C’est pour cela que l’on a érigé en infractions spéciales certaines provocations à commettre des infractions. Mais c’est une brèche dans laquelle se sont engouffrées quantité de nouvelles incriminations, depuis la provocation à la haine jusqu’à l’apologie de terrorisme en passant par la contestation de la réalité de certains crimes alors qu’il ne s’agit jamais que de l’expression de pensées dont il n’est pas démontré qu’elles risquent de susciter des vocations criminelles. Elles sont condamnées désormais comme telles, en tant que pensées, quand bien même ce seraient des pensées pacifiques et pacifistes ».
Terrorisme, France, Radio
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