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Les enfants syriens meurent de froid, les Gazaouis sont submergés, et les pays riches regardent ailleurs…


mardi 17 décembre 2013 – 14h:40

Abdel Bari Atwan

Dans les camps de réfugiés à travers la Jordanie et la Turquie, les enfants syriens meurent de froid et leurs pairs dans la bande de Gaza sont noyés sous les eaux alors que les riches pays arabes et occidentaux, persistent à fermer les yeux sur leur sort.

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Camp de réfugiés syriens en Turquie – On s’attend à ce que les réfugiés syriens subissent un des hivers les plus froids de ces dernières décennies…

La bande de Gaza manque terriblement d’électricité depuis plusieurs mois maintenant, et la vie est complètement paralysée à cause du suffocant siège israélo-arabe, imposé à près de deux millions d’innocents alors que les tempêtes et les inondations hivernales de cette année ont aggravé la situation.

Le gouvernement de Gaza, dirigé par le Hamas, n’a ni l’expertise, ni les fonds ni les capacités nécessaires pour faire face à cette crise. Il a fallu recourir à de vieux bateaux de pêche pour sauver les habitants de Gaza transformés en sans-abri, qui avaient grimpé sur les toits de leurs maisons inondées et imploraient une aide.

Il y a près de 150 États membres dans le ainsi-nommé groupe des Amis du peuple syrien, la plupart des riches pays européens et arabes, alors que plus de quatre millions de réfugiés syriens souffrent à l’intérieur et à l’extérieur de la Syrie de la faim, de maladies, de la peur et de l’absence d’une solution rassurante dans un avenir proche .

Des milliards de dollars des pays arabes sont investis dans  » l’ industrie de la mort  » en Syrie pour financer les factions combattantes qui veulent renverser le régime  syrien, et des milliards sont dépensés pour leur acheter les équipements militaires dernier cri. Mais lorsque ce sont les enfants qui pleurent dans les camps de réfugiés et qui gèlent à mort, les riches et leurs gouvernements sont alors introuvables.

Les fonds sont alloués uniquement pour assassiner, pas pour sauver des vies. Logiquement ceux qui parviennent à livrer des armes aux combattants ne devraient pas manquer de moyens de fournir une aide médicale, de la nourriture et des couvertures pour les enfants d’Alep, d’Homs, de Rastan, de Ruqqa,d’ Idlib et de toutes les autres villes syriennes. En supposant que cette mission humanitaire soit impossible, ils pourraient au moins être en mesure de livrer du matériel de secours et des équipements de chauffage pour les Syriens dans des camps de réfugiés en Jordanie et en Turquie, où il n’y a pas d’affrontements militaires ni d’attentats.

Hier La Coalition Nationale pour les forces révolutionnaires et de l’opposition syrienne a appelé le monde à « élever le niveau de l’aide d’urgence et de nourriture pour les Syriens dans le besoin, que ce soit à l’intérieur de la Syrie ou à l’étranger, afin d’empêcher les enfants et les personnes âgées de mourir dans le froid », tandis qu’étaient diffusées les images du cadavre d’un enfant avec ses bras tendus en l’air, probablement gelé. Mais nous n’avons pas entendu une seule réponse.

Le peuple syrien est assassiné  en Syrie et il est insulté et humilié par ses frères arabes, qui réaffirment que la destruction de ce pays et l’humiliation de son peuple a toujours été leur objectif premier.

Dans un communiqué publié vendredi , Amnesty International a critiqué l’échec de l’UE à jouer un rôle concret pour accueillir plus de réfugiés syriens. L’organisation a également critiqué en les qualifiant de « honteuses », les mesures prises aux frontières afin de réduire le nombre de réfugiés syriens qui tentent de s’infiltrer dans les territoires de l’Union.

La position d’Amnesty International est « honorable » en critiquant les pays occidentaux « infidèles » , mais qu’en est-il des pays arabes et « musulmans », principalement ceux qui disent vouloir instaurer la démocratie et les droits humains en Syrie ? Nous leur demandons : combien de réfugiés syriens avez-vous hébergés ? Et comment vos gardes-frontières traitent-ils les Syriens fuyant la mort ? Ce sont pourtant ces mêmes États qui accueillent des millions de travailleurs étrangers provenant de plus de 180 nationalités non-arabes.

Les pays du Golfe font don de milliards de dollars en subventions pétrolières à l’Égypte pour résoudre la crise de carburant. Mais pourquoi ces États ne demandent-ils pas aux autorités égyptiennes, pour raison humanitaire, le libre passage de certaines quantités  de carburant pour alimenter la seule centrale électrique de Gaza, et pour éclairer les maisons des deux millions de personnes qui y vivent ?

La bande de Gaza est submergée par les ténèbres et les inondations, tandis que les enfants et les vieillards de Syrie meurent de froid, ce qui est le fait le plus honteux dans l’histoire de cette nation. Ceux qui ne répondent pas aux appels aux secours alors qu’ils le pourraient, ne seront jamais en mesure de libérer leur patrie ou de faire respecter un minimum les droits de l’homme dans leur pays ou dans tout autre pays.

* Abdel Bari Atwan est palestinien et rédacteur en chef du quotidien al-Quds al-Arabi,