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Les Espagnols dans les unités de résistance de Sinjar: entretien



Publié par Gilles Munier sur 1 Février 2021, 18:41pm

Catégories : #Irak, #Kurdistan, #Turquie

par Aymenn Jawad Al-Tamimi (revue de presse : Blog de Aymenn Al-Tamimi – 23/1/21)*

Alors que les unités de résistance de Sinjar (connus sous le nom turc de YB?) sembleraient être composées essentiellement de Yézidis irakiens, on décompte aussi des étrangers en leur sein, notamment des occidentaux. J’ai déjà écrit de façon très générale sur les contingents étrangers présents dans le YB? International lors de mon entretien au début du mois avec le porte-parole de ce dernier. Mais, je me suis penché sur la question du contingent espagnol et hispanophone présent au sein des unités de résistance du Sinjar après qu’un journaliste qui s’intéresse au Sinjar m’a fait part des rumeurs de leur existence. Je me suis dit que le meilleur moyen d’enquêter sur ces rumeurs était de m’entretenir directement avec un Espagnol qui en faisait partie. Ce qui suit est donc un résumé de l’entretien que j’ai eu ce jour avec un commandant espagnol des Unités de résistance de Sinjar. Toutes les insertions mises entre parenthèses sont de mon fait.

Q: A quel moment les Espagnols ont-ils rejoints les unités de résistance de Sinjar ? Est-ce que les Espagnols étaient membres du YPG (ndt.Yekîneyên Parastina Gel, milice kurde syrienne) avant de rejoindre les unités ?

A : Les premiers Espagnols à rejoindre le YB? l’ont fait eu début du mois de novembre 2016. Ils provenaient du YPG, ayant fait leurs classes à l’académie internationale de cette même milice. Avec le temps, et sur demande du commandement du YB?, des volontaires étrangers ont intégré directement les rangs du YB?, y recevant le même entrainement qu’avec l’YPG (idéologie, instruction militaire et autres)

Q: De quelles régions d’Espagne viennent-ils ? Viennent-ils d’autres pays hispanophones ? Combien sont-ils au total?

A: Le nombre d’Espagnols et de membres étrangers varie. L’engagement initial disparait et les volontaires vont et viennent. Parfois ils sont un ou deux, parfois une demi-douzaine. Ils viennent de différentes régions en Espagne, du nord au sud et d’est en ouest. Certains candidats viennent du Chili, de Colombie, d’Argentine et du Mexique, mais jusqu’à présent ils ne sont pas encore arrivés ici.

Q : Dans quelles batailles les Espagnols ont-ils participé et combien de martyrs décompte-t-on ?

A: Nous avons participé à la libération de la région du Sinjar en Irak, et dans certaines opérations à Raqqa, Afrin, Deir-ez-zor, Serakaniye (Ras al-Ain) en Syrie.

Deux camarades espagnols sont morts au combat. Le premier Sehid Baran Galicia à Afrin sous les bombardements turcs, et le second Sejhid Kendal lors d’un assaut contre les positions défensives de l’EI (Etat Islamique) à Deir-ez-Zor. D’autres Espagnols ont été blessés à divers degrés lors de différentes opérations.

Q: On dit que certains membres espagnols sont fascistes ou sont d’idéologie ou d’appartenance d’extrême droite. Que répondez-vous à ces rumeurs et pouvez-vous expliquer l’appartenance politique des Espagnols et leur idéologie ?

A : En tant que milice démocratique soutenant une idéologie confédéraliste démocratique, nous ne faisons aucune discrimination raciale, religieuse, ethnique, idéologique ou de citoyenneté. Toute personne qui respecte les autres camarades est la bienvenue. Nous enseignons l’idéologie de la milice qui doit être respectée. Toute personne qui présente une attitude dogmatique ou intolérante, que ce soit de gauche ou de droite, et quelle que soit sa profession, va se heurter à l’esprit et à la forme du paradigme que nous défendons. Les cliques, le séparatisme, le sectarisme ; et toutes les autres sociopathies qui sont typiquement occidentales ne sont pas les bienvenus ici.

Nous ne jugeons ni ne préjugeons de personnes pour les idées qu’on leur attribue, que nous ne questionnons ou ne discutons pas, mais nous nous en tenons à son attitude. L’intolérance et l’irrespect sont plus communs chez les gens que les idées.

Q : En général, comment qualifieriez-vous la situation au Sinjar aujourd’hui ? Sur le plan du retour des réfugiés et des personnes déplacées, les services, etc ?

A: le nombre de déplacés yézidis vivant dans les montagnes est en diminution. Ils retournent à la ville de Sinjar et dans les autres endroits peuplés. Nous assistons à un retour progressif à la normale même si l’on continue à observer les menaces d’occupation que font peser les Turcs et leurs valets, les Peshmergas du PDK (Parti démocratique du Kurdistan). Notre milice continuera à garantir la sécurité de la population et ne laissera pas de nouveau cette tache aux mains des lâches qui se sont enfuis en 2014 en laissant la voix libre au génocide auquel on s’attendait.

Q: Bien sûr, beaucoup de membres irakiens ont rejoint le groupe Hachd al-Chaabi, mais les étrangers ne le rejoindront pas, n’est-ce-pas?

A: En tant que membre du YB?, nous faisons partie des Unités populaires de protection de l’Irak, autrement dit des Hachd al-Chaabi. Notre milice appartient plus à ces forces sous le nom de Régiment 80. Ces forces populaires garantissent la sécurité et l’auto-défense, des choses que l’armée irakienne ne peut offrir. Des intérêts étrangers limitent les pouvoirs de l’armée irakienne, et sont imposés par ces mêmes forces qui ont permis la croissance de l’EI en Irak et en Syrie. Comment pouvons-nous compter de nouveau sur ceux qui ont été complices, par action ou par omission, du 74ème génocide du peuple yézidi ?

*Version originale: Blog de Aymenn Al-Tamimi

Traduction et Synthèse : Z.E

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