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Les Frères tels qu’ils sont par Ahmed Halfaoui


La confrérie ne se retient plus, elle caracole en tête des favoris de la presse bien pensante.

Hier ennemie jurée des gouvernements nationalistes, elle savoure, aujourd’hui, leur chute ou leur affaiblissement.

Les Frères musulmans, arrivés au pouvoir en Tunisie et en Egypte, s’empressent de se défaire de ce qui fut leur fonds de commerce, l’animosité contre Israël en particulier et l’Occident en général.

Ils abattent leurs cartes. Les Frères égyptiens ont donné des garanties aux Etats-Unis sur le respect du traité de paix conclu en 1979 entre l’Egypte et Israël. Parallèlement, Rached Ghannouchi, le Tunisien, a assuré Washington et l’AIPAC, par l’intermédiaire du Washington Institute for Near East Policy (WINEP), qu’il ne s’interdisait pas des relations avec l’Etat sioniste.

Il l’a déclaré sans sourciller, alors que le projet de Constitution de son pays en faisait une ligne rouge à ne pas franchir. Ce qui vient confirmer ses «rencontres discrètes avec des dirigeants israéliens» révélées par «The Economist». Sur quoi, l’ancien ambassadeur d’Israël en Egypte, Yitzhak Levanon, a cru nous apprendre des choses en déclarant que la nouvelle politique islamiste serait «plus réaliste». Comprendre : trouver sa concrétisation dans l’abandon de la résistance à la volonté hégémonique du grand capital et des Etats-Unis.

En récompense, le leader d’Ennahda a été désigné, lors d’une cérémonie organisée par le magazine «Foreign Policy», comme l’un «des plus grands intellectuels de l’année 2011». Que ses partisans ne s’emballent pas, leur chef n’a pas eu droit à un quelconque examen pour juger de ses capacités cérébrales. Comme d’ailleurs ses co-lauréats, tels Dick Cheney, Condoleezza Rice, Hillary and Bill Clinton et quelques Arabes bien choisis.

Ainsi, le nationalisme en projet d’être définitivement hors course, les Frères sunnites vont servir dans la deuxième grande bataille, contre l’ennemi chiite : l’Iran et ses alliés dans une région qui regorge de pétrole et de gaz. Le calcul souffre, quand même et heureusement, de grandes zones d’incertitudes.

Les rapports de force internationaux, la montée au créneau de la Russie appuyée par la puissance chinoise, les doutes sur les capacités des Etats-Unis à réduire l’Iran, quand ils ont dû se retirer de l’Irak et qu’ils ne sont pas loin de céder devant la résistance des Talibans, autant de facteurs qui empêchent les certitudes sur la concrétisation du projet de Grand Moyen-Orient, initié par Georges W.Bush et poursuivi par Barak Obama et son égérie Mme Clinton. Ceci sans préjudice de la dynamique propre des peuples qui, là où les Frères ont eu le bonheur des urnes, ne sont pas en phase avec les desseins cachés de leurs élus, même si les votes ont été massifs comme en Egypte.

Ainsi, l’Islam «modéré», cet euphémisme concocté dans des laboratoires de la communication, a fini, enfin, par se manifester au grand jour, mettant fin à tous les débats scabreux sur l’entêtement des Occidentaux à insister sur la nécessité de le promouvoir, depuis la chute des bureaucraties de l’Est. Aujourd’hui, on sait de quoi il retourne.  

Par Ahmed Halfaoui