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Des jihadistes occidentaux recrutent sur les réseaux sociaux


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Sur Twitter, sur la plate-forme de microblogage Tumblr ou encore sur le site de questions-réponses Ask.fm, de jeunes islamistes dévoilent un aspect inédit du conflit dévastateur qui ravage la Syrie depuis plus de deux ans et demi. Photo AFP

Syrie
Les islamistes venus combattre en Syrie tirent profit des nouvelles technologies de l’information pour recruter de jeunes volontaires.

OLJ/AFP

Des islamistes occidentaux combattant le régime en Syrie sont de plus en plus actifs sur les réseaux sociaux, pour partager leurs expériences dans le conflit et encourager d’autres à les rejoindre.
Sur Twitter, sur la plate-forme de microblogage Tumblr ou encore sur le site de questions-réponses Ask.fm, ces jeunes islamistes dévoilent un aspect inédit du conflit dévastateur qui ravage la Syrie depuis plus de deux ans et demi. Ils racontent leur quotidien et vantent les vertus du combat au sein de groupes jihadistes qualifiés de « terroristes » par les gouvernements occidentaux. Leurs récits apparaissent au moment où ces gouvernements mettent en garde contre le danger potentiel d’un afflux de jeunes musulmans vers la Syrie pour combattre aux côtés des rebelles. La Grande-Bretagne, la France et les Pays-Bas estiment que des centaines de leurs ressortissants combattent en Syrie et craignent qu’ils ne mènent plus tard des attaques dans leurs pays.
Ifthekar Jaman, âgé de 23 ans, est originaire de la ville britannique de Portsmouth. Actif sur les réseaux sociaux avant de quitter la Grande-Bretagne, il gérait plusieurs comptes Twitter, postait des vidéos sur Keek.com et répondait à des questions sur Ask.fm. Il discutait ouvertement de son envie d’aller en Syrie et, le 14 mai, il tweete qu’il a « posé pied » en Turquie avant de traverser la frontière. Il s’identifie comme combattant dans les rangs de l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), un groupe jihadiste affilié à el-Qaëda, tout en rejetant la description de ce groupe comme extrémiste. « Un homme quitte le confort de sa maison pour aller aider un peuple opprimé. C’est héroïque, jusqu’à ce que vous ajoutiez un homme musulman. Il devient alors un terroriste », tweete-t-il en novembre.
La plupart du temps, il raconte son quotidien et encourage ses « followers » à lui poser des questions sur sa vie, ses motivations et les possibilités de rejoindre le combat. Il affirme avoir rencontré des combattants de France, des États-Unis, du Canada, d’Australie et de Finlande. À un internaute qui s’inquiète de ne pas maîtriser assez l’arabe, Ifthekar répond d’un ton rassurant : « Je ne connaissais que quelques mots au départ. Il y en a beaucoup comme toi et tu trouveras ta place. » D’autres combattants se veulent encourageants. « Je jure devant Dieu que ceux qui restent chez eux sont en train de rater beaucoup de choses », tweete Abou Layth. Il tweete une photo montrant un sac rempli d’aliments à l’adresse de « ceux qui s’inquiètent pour la nourriture ».

(Lire aussi : Nouveau succès militaire pour Assad au 1 000e jour de la guerre)

 

Un phénomène récent
Selon Charles Lister, analyste auprès du IHS Janes’ Terrorism and Insurgency Center, cette activité très publique est un phénomène nouveau. En début d’année, « il y avait des combattants occidentaux en Syrie mais ils étaient pratiquement invisibles », affirme-t-il. « Au cours des derniers mois, ils ont commencé à devenir plus visibles », assure l’analyste, ajoutant : « Ils ne donnent pas l’impression de vouloir se cacher. C’est assez inédit comparé à d’autres conflits. » Selon M. Lister, les groupes islamistes auraient donné leur bénédiction à l’activité publique sur Internet, probablement en raison de l’intérêt au niveau du recrutement. « Il s’agit de comptes rendus personnels sur ce à quoi ressemble le combat sur le terrain, les conditions de vie, des informations précieuses pour ceux qui veulent les rejoindre », dit-il.
« La seule raison pour laquelle je tweete est pour encourager les autres à faire de même », tweete Abou Foulan al-Muhajir, originaire du Danemark et qui dit être arrivé en août en Syrie. Il tweete des photos des champs de bataille, affirme manger de la viande de cheval venue de Russie au petit déjeuner et se dit déçu d’avoir manqué un combat. « (Triste) sentiment quand on lève la main pour participer à une opération et que l’émir ne vous choisit pas. C’est le destin », tweete-t-il en novembre. L’émir est généralement un mot qui désigne le chef d’un groupe jihadiste.
Un combattant se présentant sous le nom de « Chechclear » assure sur Ask.fm qu’il ne s’inquiète pas des conséquences de ses commentaires publics. Lors d’une session de questions-réponses où se mêlent l’anglais, le hollandais et le turc, il compare son entraînement de jihadiste à celui qu’il a reçu comme soldat de l’OTAN, selon ses dires. « OTAN : entraînement, entraînement, entraînement. Jihad : entraînement, puis combat, puis encore combat », dit-il. Sur Tumblr, Chechclear partage le 26 novembre une photo montrant un couteau, un revolver et un Smartphone avec pour légende : « La moitié du jihad, c’est du médiatique. »

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