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Les pays occidentaux luttent-ils pour le pétrole ou contre le terrorisme ? Témoignage de Daniele Ganser


Alexandre Artamonov

Daniele Ganser, historien de renommée internationale, spécialisé dans l’histoire contemporaine, récidive avec une autre étude qu’il vient de réaliser sur le besoin d’hydrocarbures des pays développés et sur l’essor du terrorisme dont la courbe de développement semble coïncider avec la montée du besoin en pétrole et gaz naturel.

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Le nouvel ouvrage de l’historien suisse ne se construit pas sur des hypothèses, car cela n’est pas sa manière mais sur l’analyse des documents et des faits. La méthode de ce scientifique consiste en analyse des raisons sous-jacentes, latentes qui se cachent derrière les apparences et qui sont la véritable force motrice des événements. A la différence des journalistes, les historiens essaient de prouver leurs thèses. Tel un théorème mathématique, une étude spéculative doit être fondée sur des preuves inébranlables. C’est ce que Daniele Ganser a cherché à faire dans son premier ouvrage Les armées secrètes de l’OTAN. Cette fois-ci, la même méthode d’investigation est appliquée à un dossier brûlant d’actualité – c’est celui des guerres pétrolières qui auraient un drôle de facteur dénominateur en commun avec la lutte contre le terrorisme des pays développés. Voici ce qu’il nous a livré à ce propos.

Daniele Ganser : Aujourd’hui je m’intéresse au pic pétrolier. C’est le moment où la production mondiale du pétrole arrive à un maximum. C’est-à-dire un pays qui produit du pétrole, par exemple, la Norvège en Europe. Elle produit un an et ça commence. Et puis en l’an 2000 la production en Norvège atteint le maximum. Egalement en Grande Bretagne cette production a atteint le maximum et depuis dix ans la production est en déclin. Ils produisent moins. Et si on regarde tout le monde, on voit qu’à un certain moment on va avoir la production maximale un peu partout. Et c’est le pic de production pour ce qu’on appelle du pétrole facile : conventional crude. Le pic pétrolier a été atteint en 2005 avec une production de 75 Millions de barils par jour. Cela c’est pour le pétrole facile. Et maintenant je me demande quelle est cette guerre que les gens appellent la guerre contre le terrorisme. Quand il s’agit d’attraper et de tuer des terroristes, s’agit-il d’une vraie guerre ou d’une façon de contrôler le gaz et le pétrole. Ce sont mes nouvelles recherches.

La Voix de la Russie : C’est très intéressant ce que vous dites, Monsieur Ganser, parce que de toute façon cela a trait à la politique française et à ce qui se passe au Proche-Orient, ce qui s’est passé en Libye, avec Nicolas Sarkozy qui essaie de plaider sa cause ; qui l’a fait hier à la télévision française en présentant tous les dossiers liés à sa Présidence y compris le dossier libyen. Et si l’on comprend bien le dossier syrien serait plus ou moins corollaire, intrinsèquement lié à ce problème-là parce qu’avec la Syrie on a accès à l’Iran, au gaz de l’Iran, pas seulement le pétrole, enfin tout ce qui est combustible. D’après ce que j’ai compris de votre exposé, il y aurait des preuves que l’intérêt pour les terroristes serait plus ou moins lié à toute cette problématique, n’est-ce pas ?

Daniele Ganser : A ce qu’on voit, il y a sûrement un lien dans la guerre contre l’Irak. Le lien avec le pétrole est évident. Puis on voit aussi qu’à cette époque c’était la Grande Bretagne avec le premier ministre Tony Blair qui nous ont menti à propos des armes de destruction massive. Puis les Américains, eux aussi, ils ont menti sur ces armes. Ils disaient que Saddam Hussein cherchait à avoir une bombe atomique et ce n’était pas vrai. Mais ce qui est vrai, c’est aujourd’hui que l’Irak possède du pétrole. La troisième ou la deuxième réserve mondiale après l’Arabie Saoudite et l’Iran. Et puis là c’est évident que les gens aussi, des historiens comme moi, des scientifiques un peu partout dans le monde se demandent : mais pourquoi nous a-t-on menti sur le pétrole ? Et puis vous avez mentionné Kadhafi et la Libye et c’est un peu la même chose. Parce que la Libye a des réserves pétrolières qui sont importantes, les plus grandes réserves en Afrique. Et puis là aussi on nous a dit – Sarkozy l’a dit et puis Obama l’a dit, Cameron l’a dit : « On fait cette guerre pour les droits de l’homme, pour la démocratie… » Moi, je ne suis pas convaincu. Il me semble qu’on nous présente à propos des guerres pétrolières, un peu des prétextes. Vous avez mentionné la Syrie. C’est vrai que là aussi nous avons eu des explosions, des terroristes, et on ne sait pas exactement ce qui s’est passé. En Syrie la situation est toujours non-transparente. Ce qui est possible, c’est qu’on essaie de déstabiliser la Syrie pour avoir après l’accès au Moyen-Orient.

La Voix de la Russie : Tout à fait, Monsieur Ganser ! D’autant plus qu’il y a un écran opaque en Syrie. Et puis on croit comprendre ce qui se passe, on a très peu accès à ce qu’on appelle « information réelle ». Monsieur Ganser, comme vous serez bientôt à Moscou, je ne voudrais pas trop m’éterniser parce que j’ai comme une petite idée derrière ma tête – c’est celle de vous inviter à notre plateau, d’autant plus que l’on est juste en face du Kremlin. On voit les bulbes dorées du Kremlin par nos fenêtres. Je voulais dire que les hommes politiques et les scientifiques suisses jouissent d’une grande renommée. Par exemple, je me ferais un plaisir de dire sans vouloir faire de rapprochement que Dick Marty, député européen…

Daniele Ganser : Oui, je le connais…

La Voix de la Russie : Ah ! Vous voyez ? C’est un sujet contre le silence qui se fait autour du dossier yougoslave. Oskar Freysinger qui a fait voter la loi contre la construction des minarets et qui est pour le référendum en Suisse et qui est en liaison permanente avec notre radio… Et je voulais dire que les Suisses veulent vraiment aller au fond des idées, au fond des choses sans se faire démonter par les arguments du type médiatique, à grand tapage et tout cela. Donc on ne peut que saluer vos efforts, vos livres parce que vous êtes un historien. Donc c’est très sérieux. Vous plongez dans les détails. Je vous souhaite bonne chance en espérant vous accueillir sur notre plateau lors de votre passage à Moscou dans le cadre de la présentation de votre livre.

Daniele Ganser : C’est très gentil ! Merci. Bonne journée donc !

Comme on le voit après l’enquête sur les sanglantes guerres que le renseignement anglo-saxon a menées en France pour maîtriser la vie politique nationale, maintenant Daniele Ganser a crevé un autre abcès : c’est celui de la cupidité occidentale qui va de pair avec l’invention du mythe terroriste. Oui, le terrorisme existe mais très souvent il n’est que la projection de la violence générée par les Occidentaux eux-mêmes. La Tchétchénie en est une preuve. Le peuple tchétchène ne pouvait pas saluer le déferlement des mercenaires arabes à la solde américaine qui ont mis le Caucase à feu et à sang en convertissant des jeunes déboussolés et désœuvrés à leur cause. Après l’invasion occidentale de l’Afghanistan, de l’Irak et de la Libye, les révolutions programmées en Egypte et d’autres pays arabes, on pouvait automatiquement prévoir l’éclosion des groupuscules terroristes qui en sont la conséquence directe. On ne peut que saluer cet effort d’objectivité vers laquelle s’évertue Daniele Ganser, historien suisse qui cherche à redresser la justice.

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