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Lettre à François Hollande


Monsieur François HOLLANDE

Président de la République

Palais de l’Elysée

55, Faubourg Saint Honoré

75008 PARIS

21 mars 2013

Monsieur le Président,

Je vous ai déjà adressé deux lettres, restée sans réponse, mais cela ne m’étonne pas, puisque je ne suis que le

citoyen lambda, sans importance. Cela ne m’empêche pas de vous écrire une troisième fois.

Votre annonce, ainsi que l’annonce de votre ministre des Affaires Etrangères, concernant l’armement des

rebelles syriens m’interpelle. Il s’agit d’une décision grave consistant à alimenter et encourager les hostilités,

prolonger la crise, faire plus de morts et de blessés, dévaster encore plus la Syrie. Livrer des armes à la rébellion

syrienne revient tout simplement à armer les islamistes djihadistes. La France se trouverait complètement en

dehors de la légalité internationale. Partout où l’Occident est intervenu, il n’a strictement rien apporté au pays

sur le long terme. Au contraire, c’était catastrophique. (Exemples : Irak, Yougoslavie, Afghanistan, Libye,

etc…).

En tant que citoyen français d’origine syrienne, je ne peux pas, ne pas réagir.

La guerre en Syrie n’est pas une guerre pour la démocratie ou la liberté, mais plutôt une guerre pour des intérêts

géopolitiques. La majorité des rebelles sont des salafistes-wahabites soutenus par le Qatar et l’Arabie Saoudite.

Ces rebelles veulent tout simplement instaurer un Emirat islamique dans lequel il n’y aura pas de place pour tous

ceux qui n’adhérent pas à leur idéologie. Si par malheur, ces rebelles, arrivent à conquérir le pouvoir en Syrie, il

y aura des massacres et une épuration ethnique immense contre les chrétiens, les alaouites, les druzes, et même

contre la majorité des musulmans (car l’islam syrien est un islam très tolérant et n’a rien à avoir avec le

salafisme), etc.., et votre responsabilité sera engagée. Armer ces islamistes restera à jamais la plus grave erreur,

dont les conséquences sont sous-estimées pour l’équilibre déjà fragile de la région. Ne rajoutez pas de la

violence à la violence.

La Syrie était en ce qui concerne les droits de l’homme, la liberté et la laïcité mille fois mieux que la situation

dans les royaumes, émirats et sultanats du golfe arabe qui sont connus pour leur despotisme absolu, leur racisme,

leur système social discriminatoire et leur mépris pour toute valeur humaine. Certes, le régime actuel n’est pas

parfait, mais les syriens vivaient en paix et en sécurité.

Votre annonce m’interpelle et je souhaiterais vous poser les questions suivantes :

1. Comment expliquez-vous cette contradiction : la France part au Mali combattre les islamistes, et en

même temps la France s’apprête à armer les islamistes en Syrie. Cherchez l’erreur !

2. Une autre contradiction inexplicable : Pourquoi Bercy prévoirait une baisse de 11 % du budget de la

défense, si vous avez les moyens pour armer des islamistes ?

2

3. La France critique la Russie qui parle à tout le monde en Syrie, alors que la France ne parle qu’avec une

partie. La France veut imposer à la Syrie les gouvernants de demain, alors que la Russie veut que les

syriens choisissent eux-mêmes leurs gouvernants, ce qui est plus logique et plus démocratique. La France

ferait mieux de s’aligner sur la position russe.

4. La France a appelé, un jour, à une solution négociée, en disqualifiant d’emblée une des parties sommée

de ne pas se présenter à la table des discussions. Que reste-t-il alors à négocier ?

5. Selon Monsieur Fabius, à défaut d’unanimité européenne sur la question de l’embargo, la France

décidera à titre personnel de livrer des armes aux rebelles car la France est une nation souveraine.

D’après Monsieur Georges Malbrunot, dans son livre « Qatar : Les secrets du coffre fort », chapitre « Le

Qatar en guerre », un militaire du Ministère de la Défense lui a déclaré « on ne peut rien refuser au

Qatar ». Est-ce que désormais, la politique de la France est soumise au Qatar ?

6. Monsieur Fabius avait déclaré : « Assad ne mérite pas d’être sur la terre ». Il s’agit d’un appel à la haine

et au meurtre, indigne d’un ministre français. Je ne vous ai pas entendu condamner cette déclaration !

7. Le principe de la laïcité est de séparer la société civile de la société religieuse. Aujourd’hui, j’ai

l’impression que la laïcité est synonyme de l’athéisme, et par conséquent le combat contre les valeurs

chrétiennes. Quelle laïcité défendez-vous en armant les islamistes en Syrie ?

8. Armer les rebelles, est-ce le message de PAIX de la France ?

9. Accepteriez-vous qu’un pays étranger vienne armer des groupes hostiles en France ?

Il n’y a pas de solution militaire à la crise syrienne. La seule voie pour la régler est le dialogue entre les syriens.

Il faut absolument que toutes les forces syriennes, sympathisantes et opposantes, participent ensemble à la vie

politique de ce pays. Soyez courageux et poussez les syriens au dialogue. Promouvoir le dialogue est un devoir

pour tous ceux qui aiment vraiment la Syrie.

Favoriser l’arrivée des islamistes radicaux au pouvoir en Syrie, c’est l’effondrement des libertés individuelles, la

ruine du statut des femmes, le nettoyage ethnique et l’application de la charïa.

Ne répétez pas l’erreur commise en Lybie. La Syrie est une mosaïque de religions et d’ethnies. La grande

majorité des syriens veulent vivre ensemble dans un pays où chacun à sa place, qu’il soit musulman, chrétien,

alaouite, druze, kurde, arabe, etc… car ils sont TOUS tout simplement SYRIENS. Tous les syriens devront être

égaux, et non une partie soumise à l’autre. La Syrie devra rester laïque et multiconfessionnelle.

Le Patriarche maronite d’Antioche, le Cardinal RAÏ, a déclaré le 10 février 2013 : « La vie humaine est une

valeur qui n’a pas de prix, tout ce qu’on appelle réformes, droits de l’homme et démocratie ne valent pas le sang

d’un seul homme innocent ».

J’ose espérer que la France revienne à ses valeurs initiales de « Liberté, Egalité et Fraternité », aux valeurs du

Général de Gaulle, et redevienne un messager de paix au Proche Orient, et essentiellement en Syrie, pour aider

tous les syriens, opposants et gouvernants, à comprendre qu’il n’y a qu’eux, et eux seuls, qui puissent mener leur

pays vers une solution possible afin d’éloigner le spectre de cette guerre fratricide.

Je vous prie d’agréer, Monsieur le Président, l’assurance de mes salutations respectueuses.

Michel TRABOULSY