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L’Iran perd du terrain en Iraq


Publié par Gilles Munier sur 21 Octobre 2021, 08:56am

Catégories : #Irak, #Iran

Par Hicham Mourad (revue de presse : Al Ahram hebdo – 20/10/21)*

L’Iran est le plus grand perdant des législatives iraqiennes du 10 octobre. Les résultats le montrent à deux niveaux. Premièrement, le principal vainqueur de l’élection est le bloc du chef religieux chiite Moqtada Al-Sadr, un populiste qui s’est positionné comme un farouche adversaire de l’ingérence iranienne et américaine dans les affaires intérieures de l’Iraq.

Le bloc sadriste avait été déjà le vainqueur des dernières législatives de 2018, avec 54 sièges sur les 329 que compte le parlement. Il creuse son avance avec 73 sièges. N’ayant pas obtenu la majorité absolue pour pouvoir gouverner seul, Al-Sadr fait cependant figure de « faiseur de rois » dans la formation de la future coalition gouvernementale.

Deuxièmement, les formations chiites alliées à l’Iran se sont vu leur popularité s’effondrer comme un château de cartes. Leur groupe parlementaire, l’Alliance Fatah dirigée par le chef paramilitaire Hadi Al-Amiri, qui était le deuxième bloc le plus important à l’Assemblée sortante, n’a obtenu que 14 sièges contre 48 en 2018. Les pertes les plus importantes ont été subies par les partis liés aux groupes armés qui composent le réseau paramilitaire connu sous le nom de Hachd Al-Chaabi (forces de mobilisation populaire). Formées en 2014 pour combattre le groupe terroriste sunnite de l’Etat islamique, ces forces ont intégré l’appareil de sécurité de l’Etat iraqien après la défaite de Daech en 2017, et de nombreux législateurs qui leur sont liés ont été élus pour la première fois au parlement en 2018. Il n’est donc pas étonnant que les dirigeants des partis pro-iraniens ont rejeté les résultats de l’élection, les qualifiant de « manipulation » et d’« escroquerie », alors que des commandants de milices pro-iraniennes ont menacé de recourir à la violence si nécessaire pour s’assurer qu’ils ne perdent pas leur influence après ce qu’ils considèrent comme une élection frauduleuse.

Cette désaffection populaire à l’égard des formations pro-iraniennes est apparue au grand jour lorsque des centaines de milliers d’Iraqiens, principalement des jeunes, sont descendus dans la rue au sud de l’Iraq, puis à Bagdad, en octobre 2019, pour réclamer des emplois, des services publics et la fin d’un système politique corrompu. Les manifestations ont été rapidement associées à des protestations contre l’ingérence de l’Iran et des Etats-Unis dans les affaires de l’Iraq et des manifestants en colère ont attaqué les consulats iraniens à Karbala et Najaf (centre). Le premier ministre de l’époque, Adel Abdel-Mahdi, un proche de l’Iran, a été contraint de démissionner le 1er décembre 2019. Les milices pro-iraniennes ont alors orchestré une campagne d’assassinats ciblés qui a touché des dizaines de militants, ce qui a aliéné de nombreux Iraqiens, y compris dans le sud du pays, le fief de l’influence iranienne. Ces derniers désapprouvaient, entre autres, que les milices pro-iraniennes entraînent l’Iraq dans une confrontation avec les Etats-Unis et les considéraient comme faisant partie du système corrompu.

Malgré le revers subi par les alliés de la République islamique aux législatives, Téhéran garde en Iraq divers courroies de transmission de son influence. A commencer par la troisième place remportée, à la surprise générale, par la « Coalition pour l’Etat de droit » que dirige le parti Al-Dawa de l’ancien premier ministre chiite Nouri Al-Maliki, un ami de Téhéran. Celle-ci a remporté 37 sièges — contre 25 en 2018 — juste derrière la coalition sunnite Taqaddoum (progrès), 38 sièges. Al-Maliki a fait campagne en tant que champion de la loi et de l’ordre, soulignant sa propre image de leader fort. L’une des raisons de la piètre performance de l’Alliance chiite Fatah était que ses partisans ont déplacé leurs votes vers Al-Maliki, le considérant comme un rempart plus efficace contre Al-Sadr. Al-Maliki, alors qu’il était premier ministre de 2006 à 2014, a mené en 2008 une campagne militaire qui a réussi à arracher aux milices d’Al-Sadr les villes du sud, dont son chef-lieu Bassora, et des quartiers de Bagdad.

Al-Sadr est, en effet, loin de représenter la majorité chiite de l’Iraq (65 % de la population). La majorité de l’establishment politique chiite lui reste méfiante ou même hostile, y compris les commandants des forces de sécurité qui ont combattu ses milices dans le passé, comme ce fut le cas en 2008. Mais depuis, ses partisans ont discrètement gagné le contrôle de ministères et d’industries dans des gouvernements dirigés par d’autres factions chiites, la plupart ayant des liens avec Téhéran.

Les relations économiques étroites qu’entretient Bagdad avec Téhéran sont un autre levier d’influence dont dispose la République islamique. Celle-ci est l’un des principaux partenaires commerciaux de l’Iraq qui lui assure une part importante de son approvisionnement en produits et services de base, notamment la nourriture et l’électricité. Elle est également une source majeure d’importation de produits divers, dont les textiles, les meubles et les voitures.

*Source : Al Ahram hebdo

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