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L’ODSH truquait bien ses bilans !


Par Guy Delorme, le 14 juin 2012 

 
 
 

Ces rebelles sont armés mais sans uniformes. ce qui leur vaudra, en cas de décès au combat, d’étoffer les bilans OSDH des victimes « civiles » de la répression bachariste : simple mais il fallait y penser !

Alors qu’il signale des « combats » du côté de Deir Ezzor, dans l’est du pays, l’Observatoire syrien des droits de l’homme, l’officine londonienne de l’opposition installée à Londres et qui a imposé depuis le début des événements ses bilans et infos sur celle-ci à l’ensemble des rédactions occidentales, l’OSDH donc publie un nouveau bilan de 17 mois de violence en Syrie.

Macabre « artifice comptable »

Son inamovible – et invisible – président Rami Abdel Rahmane a donné ce jeudi 14 juin le chiffre de 14 475 personnes tuées depuis mars 2011. Cette précision – un rien suspecte – se retrouve dans le décompte par catégories de victimes :

– 10 117 civils ;

– 3 552 soldats et policiers ;

– 807 déserteurs.

On note très vite que Rahmane donne un chiffre de militaires et policiers  tués nettement supérieur à ceux avancés récemment par le gouvernement – entre 2 000 et 2 500. Si l’on ose dire, c’est de « bonne guerre » psychologique.

Bien sûr la disproportion entre pertes des forces de l’ordre et pertes des groupe armés – qui correspondent dans le décompte OSDH à la catégorie « déserteurs« , l’ASL étant longtemps censée ne recruter que des transfuges de l’armée- cette disproportion suscite le scepticisme : quatre  pour un environ en faveur de l’ASL, pourtant réputée moins bien équipée et armée que les troupes gouvernementales. Il y a donc une arnaque, ou une habileté comptable dans le bilan de M. Rahmane.

Eh bien, ce n’est pas compliqué, et l »AFP le reconnait incidemment dans son article du 14 juin : comme nous l’avons toujours écrit ici, l’OSDH « classe comme « civils » les combattants rebelles civils qui ont pris les armes contre le régime, parallèlement aux déserteurs« . Cela allait sans dire pour nous, qui avons toujours ajouté des guillemets au mot « civil » à chaque fois qu’il apparaissait dans un bilan OSDH, mais ça va mieux quand l’AFP et Le Point le précisent enfin !

Ceci précisé et reconnu, reste à savoir combien sont les « vrais » civils parmi les 10 117 comptabilisés par Rahmane : certainement, l’armée a infligé, en dépit de la tactique d’embuscades, d’attentats à l’explosif et d’assassinat ciblés utilisés contre elle par la rébellion, des pertes au moins égales à celles qu’elle a subies, soit au moins 3 000. Resteraient 7 000 morts (vraiment) civils. Et là se pose la question du nombre de partisans réels ou supposés du régime, ou des simples passants, qui ont été assassinés, et qui le sont toujours à un rythme quasi-quotidien par les groupes armés d’opposition, soit par balles, soit dans des attentats à la voiture piégée : « des centaines » a dit Poutine à Hollande lors de leur conférence de presse commun à Paris.

À raison d’une moyenne de trois ou quatre victimes quotidiennes – depuis des mois – de commandos armés dont Sana donne à chaque fois les noms, en ajoutant les centaines de « suspects » exécutés à Homs par les sections spéciales de l’ASL entre l’été 2011 et la chute de Bab Amr début mars, en comptant aussi les victimes des principaux attentats à la voiture piégée ayant fait depuis Noël dernier entre 200 et 250 morts à Damas, Alep, Idleb et Deir Ezzor, en prenant en compte le fait que la tuerie de Houla fin mai, et qui a fait une centaine de victimes, est attribuable, en  fonction de l’identité politique de certaines victimes, plutôt à l’opposition qu’au régime, on peut parier sur un minimum de 1 500 à 2 000 victimes civiles des terroristes.

Ce qui laisserait un minimum de 5 000 vraies victimes civiles du pouvoir depuis la mi-mars 2011. Sauf que rien n’étaye vraiment, en dépit de la prétention au sérieux de l’OSDH, ce chiffre : l’opposition n’a à notre connaissance jamais fourni de liste nominative et référencée de ces décès. Pas à la grande presse en tous cas. Si l’ONU détient une telle liste, qu’attend-elle pour la communiquer ?

L’OSDH affirme aussi que 2 302 personnes sont mortes au cours du seul mois dernier (du 13 mai au 13 juin) soit :

– 1 455 « civils« ;

– 96 déserteurs ;

– 751 soldats et policiers.

Il est incontestable qu’il n’y a jamais eu – sauf peut-être au temps de la reconquête de Bab Amr, en février – autant de victimes de la violence que depuis « l’entrée en vigueur » du cessez-le-feu voulu par le plan Annan le 12 avril. Maintenant, en ce qui concerne les pertes militaires sur cette période, nous avons, en collationnant les échos de Sana sur les obsèques militaires, décompté un peu plus de 400 victimes militaires et policières. Peut-être avons nous « manqué » deux ou trois cérémonies entre le 13 mai et le 13 juin, mais c’est le bout du monde. On constate donc une évaluation qui passe presque du simple au double – 411 à 751 – entre Sana et l’OSDH. Et là, désolés, mais nous pensons que Sana est plus fiable : l’agence syrienne donne à chaque fois le nom, le grade, la ville d’origine du militaire tué et aussi, de façon plus floue, le lieu où il a été mortellement touché. Alors que l’OSDH se base sur les vantardises guerrières de ses « correspondants locaux ».

Pour les civils, à raison de trois ou quatre victimes des groupes armés par jour, de l’ouvrier d’usine au chef tribal en passant par le professeur ou le représentant du Baas, et sans prendre en compte les massacres signalés au cours de la même période, on a bien un minimum d’une centaine de victimes des bandes armés. Est-ce à dire que l’armée est donc responsable de la mort de 1 300 civils en un mois ? Non car il faut défalquer là encore des centaines de faux civils et vrais insurgés armés tombés au combat. Et aussi les tueries de  Houla et d’al-Qoubeir, attribuées généreusement au pouvoir par l’OSDH, et dont la responsabilité n’est toujours pas établie. Reste quand même des centaines de civils. Sauf que, là encore, on doit croire l’OSDH et les militants à portable sur parole, en l’absence de toute indication nominative. Nous ne nions pas que les forces de l’ordre aient commis ça et là, dans un contexte de guerre anti-terroriste, des bavures, des crimes. Mais nous ne croyons pas à leur banalisation, nous ne croyons pas aux bilans qu’on nous assène.

Il y a encore un « poste » dont l’officine de Rami Abdel Rahmane ne dit rien, et pour cause, c’est celui des volontaires étrangers morts : et il y en a des dizaines (au minimum), le gouvernement syrien annonçant régulièrement que des Libyens, Tunisiens, Algériens, ressortissants du Golfe ont été tués (c’était notamment le cas à Bab Amr). Se pose alors la question de savoir où l’OSDH « range » ces cadavres-là. Dans la catégorie « touristes » ?

L’agence syrienne Sana rend compte de façon exhaustive des obsèques de soldats et de policiers tombés en service commandé : il y en a beaucoup depuis 17 mois, trop, mais nettement moins que ce que prétend l’OSDH à des fins de propagande et de démoralisation de l’armée…