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Erdogan hausse le ton, et joue les Atatürk…


Par Louis Denghien, le 24 juin 2012 

 
 
 

Ahmet Davutoglu, compère d’Erdogan, veut porter l’affaire à l’OTAN, tandis que son patron tente une opération de politique intérieure de type « Union nationale »

Le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, a haussé le ton dimanche matin, en déclarant que l’avion F4 turc abattu vendredi au large des côtes syriennes par la DCA syrienne volait finalement dans l’espace aérien international, était isolé et non armé, effectuant une mission de routine de vérifications d’installations de radars au sol. Et face à ce qu’il définit donc comme une agression délibérée de Damas, la Turquie consulterait cette semaine – mardi 26 juin – ses partenaires de l’OTAN. Rappelant au passage que l’article 4 de la charte du pacte atlantique prévoyait qu’un membre agressé ou menacé pouvait réclamer une convocation du conseil supérieur de l’OTAN. De son côté, Recep Tayyep Erdogan a annoncé qu’il s’exprimerait sur cette affaire devant le parlement turc mardi prochain.

Une opération de politique intérieure ?

Le gouvernement turc joue donc l’escalade. C’était à vrai dire prévisible vu ce qu’on connait du caractère de M. Erdogan et des orientations de sa politique régionale. Cette affaire, qui a tout de même, quelle qu’en soit la genèse, constitué un camouflet à son orgueil, peut aussi être un moyen de ressouder autour celui une majorité de l’opinion turque sur le thème, toujours payant, du nationalisme. Ce alors que toute l’opposition parlementaire a toujours vertement critiqué la ligne syrienne d’Erdogan. Qui a d’ailleurs annoncé des consultations ce dimanche avec les chefs de cette opposition

On voit bien qu’Erdogan joue une carte de politique intérieure autant qu’internationale autour de cet avion abattu, alors que le gouvernement syrien, contrairement à ce qu’avait d’abord annoncé le chef du gouvernement turc, n’a pas présenté d’excuses, estimant qu’il avait été confronté à une provocation et à une violation caractérisée de son espace aérien. Cette opération de type « union nationale face à la Syrie » peut-elle marcher ? On verra. Cela dépend aussi du sort des deux pilotes turcs, dont on est toujours sans nouvelles, malgré de recherches conjointes des marines turque et syrienne. S’ils sont morts, il y a aura évidemment une sérieuse pomme de discorde entre les deux pays, et l’on peut compter sur Erdogan pour envenimer les choses.

On verra aussi ce que dit l’OTAN. Mais quand à ce qu’il pourrait faire, c’est à notre avis tout vu : que M. Erdogan roule des mécaniques à longueur de communiqués, abrite le CNS, l’ASL et les « Amis de la Syrie » sur son territoire, c’est une chose. Se lancer dans une guerre aux conséquences incalculables, alors que la Turquie est confrontée à un regain de la guérilla kurde, que l’Irak est en conflit latent avec Ankara, et que la Russie et l’Iran sont vigilants, c’en est une autre, et les pontes de l’OTAN en sont bien conscients, en dépit de leur jactance anti-Bachar.

Et puis, il faut quand même rappeler que depuis au moins un an, le gouvernement turc mène contre son voisin une guerre non déclarée, en hébergeant, encadrant et laissant armer les bandes qui vont semer la mort et la désolation en Syrie. Qui aurait eu, de ce point de vue, mille raisons de déclarer la guerre à son voisin ! Alors cet avion perdu ne représente pas le centième des dommages et torts faits par Erdogan aux Syriens.

La tension entre la Syrie et la Turquie connait un nouveau pic, c’est incontestable. Mais les deux pays ont un égal intérêt à calmer le jeu, en principe.

 

Il ne faudrait pas qu’un avion turc fasse oublier le fond des choses : l’hébergement, l’encadrement et l’arment des bandes ASL par la Turquie depuis un an.