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Lorsque 15% des électeurs décident pour tout le monde


 

Soraya Hélou

Aux dernières estimations le président Barack Obama aurait repris du poil de la bête et devancerait son rival Mitt Romney de plusieurs points. Certes, d’autres sondages donnent encore des résultats serrés et montrent que dans l’élection présidentielle américaine qui doit se tenir le 4 novembre, rien n’est encore définitivement joué. Pour la plupart des spécialistes, l’issue finale du scrutin devrait dépendre du troisième débat télévisé entre les deux candidats rivaux qui doit se tenir la semaine prochaine en Floride. Le premier a tourné à l’avantage de Romney qui s’est montré plus agressif, attaquant Obama sur son bilan interne, alors que l’occupant actuel de la Maison Blanche aurait été jugé terne et manquant de flamme par les téléspectateurs. Mais le second face-à-face télévisé a au contraire été plus avantageux pour Obama qui est passé à l’attaque. Il faudra donc attendre le troisième débat pour connaître l’identité du futur président de la première puissance du monde. Quand on pense que le sort de la planète dépend d’un programme de télévision, on mesure l’ampleur de la place prise par les moyens de télécommunication dans les décisions politiques, même les plus importantes. C’est un constat particulièrement inquiétant qui montre surtout les dérives de la démocratie à l’occidentale. Les électeurs ne choisissent pas leurs candidats selon des programmes ou des idées mais sur leur façon de parler et sur leur attitude devant les caméras. Quand on pense aussi que face à ce phénomène, le plus important budget d’une campagne présidentielle occidentale est consacré désormais aux conseillers en communication et non aux économistes ou aux spécialistes de stratégie… Les conseillers en communication veillent aux moindres détails de toute apparition, télévisée ou non, de leur client : comment il s’habille, les gestes qu’il doit accomplir, la mèche qui tombe, le sourire, l’attitude…Rien n’est laissé au hasard. Même une boutade qui paraît naturelle a été en fait soigneusement trouvée par un humoriste et apprise par le candidat. C’est donc sur ces détails que va porter le choix des électeurs américains. Selon les dernières estimations, la plupart d’entre eux aurait déjà fait leur choix et il ne resterait plus que 15% qui hésitent encore. Mais ces 15% sont eux qui choisiront le président américain et l’homme le plus puissant du monde.

La question qui se pose est donc la suivante : dans quelle dérive sommes-nous aujourd’hui, puisque le sort du monde est décidé par 15% des électeurs américains, qui font leur choix, non pas sur les idées et les programmes, mais sur l’attitude, la télégénie et ce qu’on appelle désormais le look du candidat? On est bien loin de l’ère des grands hommes et des grandes idées. Aujourd’hui, nous sommes à l’époque de la communication et c’est le meilleur communiquant qui l’emporte. Au siècle de l’image, où les dirigeants du monde occidental ont un œil sur la caméra et l’autre sur les sondages, on ne doit plus s’étonner que le monde soit en crise. On doit juste se demander jusqu’où ira cette crise… Aux partisans d’Obama et de Romney d’en tirer les conséquences et aux 15% des électeurs encore hésitants d’assumer leur responsabilité face à la planète entière !